Home MondePour les enfants, un téléphone est une “arme”, avertit la mère d’un Australien harcelé en ligne

Pour les enfants, un téléphone est une “arme”, avertit la mère d’un Australien harcelé en ligne

by Clara Dubois

À partir du 10 décembre, l’Australie interdit l’accès aux réseaux sociaux comme TikTok, Instagram et Snapchat aux moins de 16 ans, une mesure sans précédent visant à protéger les jeunes des dangers en ligne. Cette loi, adoptée suite à la tragédie vécue par une famille, pourrait entraîner des amendes allant jusqu’à 32 millions de dollars australiens (environ 20,7 millions d’euros) pour les plateformes défaillantes.

La décision fait suite au suicide d’Ollie Hughes, un adolescent de 14 ans harcelé et exposé à des contenus promouvant l’anorexie sur les réseaux sociaux. Sa mère, Mia Bannister, est devenue une fervente militante pour la sécurité en ligne des enfants. « Si cette loi avait existé il y a un an, elle aurait peut-être sauvé la vie d’Ollie », a-t-elle déclaré à l’AFP, dénonçant le rôle des plateformes et de leurs contenus non filtrés.

Selon une étude de l’association Mission Australia, 97 % des adolescents australiens consultent les réseaux sociaux quotidiennement, et près de la moitié y consacrent au moins trois heures par jour. Les jeunes qui limitent leur temps d’écran à moins de trois heures se disent généralement plus épanouis et entretiennent de meilleures relations sociales, selon cette enquête menée auprès de plus de 10 000 personnes âgées de 15 à 19 ans.

Le gouvernement australien espère ainsi modifier les habitudes des jeunes sur internet, même si les modalités d’application de la loi par les plateformes restent floues. Les entreprises technologiques ont d’ailleurs critiqué le texte, le jugeant trop vague. À ce stade, Discord, Pinterest, Roblox, Lego Play et WhatsApp sont exemptés de cette mesure, mais les autorités se réservent le droit d’étendre l’interdiction à toutes les plateformes.

Certains experts mettent en garde contre l’efficacité de cette loi, craignant que les jeunes ne se tournent vers des plateformes moins connues et potentiellement plus dangereuses. « On sait souvent que les interdictions généralisées ne fonctionnent pas », explique Catherine Page Jeffery, spécialiste des médias et de la communication à l’Université de Sydney. « Plutôt que d’exclure les jeunes, je préférerais voir des obligations de sécurité plus strictes imposées aux plateformes, car beaucoup de ces sites n’ont pas été conçus pour les enfants. »

Parallèlement, l’impact de cette loi sur les jeunes influenceurs est déjà palpable. Ava Chanel Jones, 12 ans, qui cumule plus de 11 400 abonnés sur Instagram et gagne un revenu mensuel grâce à la plateforme Meta, pourrait perdre l’accès à son compte. Sa mère, Zoe Jones, s’inquiète de cette situation, mais souligne que sa fille développe des compétences précieuses grâce aux réseaux sociaux. « C’est ma responsabilité de la protéger du mieux que je peux lorsqu’elle est en ligne », affirme-t-elle.

La commissaire australienne à la sécurité en ligne, Julie Inman Grant, se montre convaincue que cette interdiction est une « solution vraiment puissante » pour lutter contre le harcèlement en ligne, tout en reconnaissant qu’il n’existe pas de remède miracle.

Mia Bannister, de son côté, a fondé une association pour sensibiliser au danger des réseaux sociaux et partager l’histoire de son fils Ollie. « Je le fais pour lui et je le fais pour tous les autres enfants : les enfants disparus et ceux que nous tous allons sauver », conclut-elle.

À retenir

  • L’Australie interdit l’accès aux principaux réseaux sociaux aux moins de 16 ans.
  • Cette mesure fait suite au suicide d’un adolescent exposé à des contenus nocifs en ligne.
  • Des experts s’interrogent sur l’efficacité de cette interdiction et préconisent des mesures de sécurité plus strictes pour les plateformes.

Contexte

La question de la sécurité des enfants sur internet est un sujet de préoccupation croissant en Australie et dans le monde entier. Le harcèlement en ligne, l’exposition à des contenus inappropriés et les risques liés à la protection de la vie privée sont autant de défis auxquels les familles et les autorités sont confrontées.

Ce qui change

La loi entrera en vigueur le 10 décembre et obligera les plateformes à vérifier l’âge de leurs utilisateurs et à bloquer l’accès aux moins de 16 ans. Les entreprises qui ne respecteraient pas cette règle s’exposeraient à de lourdes amendes.

Prochaines étapes

Il reste à voir comment les plateformes mettront en œuvre cette loi et si elle permettra réellement de protéger les jeunes des dangers en ligne. Le débat sur la régulation des réseaux sociaux est loin d’être clos.

Chiffres clés

  • 97 % : Pourcentage d’adolescents australiens qui consultent les réseaux sociaux quotidiennement.
  • 3 heures : Temps quotidien moyen passé sur les réseaux sociaux par près de la moitié des adolescents.
  • 32 millions de dollars australiens (environ 20,7 millions d’euros) : Montant maximal de l’amende pour les plateformes défaillantes.

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