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pourquoi la baisse des crédits du pass Culture inquiète les théâtres

by Amélie Bernard

Publié le 21 décembre 2023. La politique culturelle menée par le pass Culture est confrontée à des difficultés financières qui menacent les sorties scolaires et le travail des artistes, alors que les budgets alloués s’avèrent insuffisants face à une demande croissante.

  • Les théâtres et scènes nationales ont subi une baisse significative de leurs recettes liées aux réservations scolaires via le pass Culture.
  • Le mécanisme de financement des sorties culturelles, initialement conçu pour favoriser l’accès à la culture, est victime de son propre succès et doit faire face à des restrictions budgétaires.
  • Des projets d’éducation artistique et culturelle (EAC) sont déjà annulés, suscitant des inquiétudes quant aux inégalités d’accès à la culture.

La Comédie de Caen, établissement normand engagé dans un partenariat régulier avec les collèges et lycées de la région, a vu disparaître 400 réservations scolaires entre septembre et décembre. Une situation qualifiée de « catastrophe » par Virginie Pencole, secrétaire générale du théâtre, car elle risque de compromettre la diffusion des spectacles et de réduire les opportunités de travail pour les artistes. « Ça veut dire des spectacles qui ne peuvent pas rayonner sur le territoire et du travail en moins pour les artistes », regrette-t-elle.

Depuis 2022, les sorties scolaires – théâtre, cinéma, musées – sont en grande partie financées par la part « collective » du pass Culture, une allocation demandée par les établissements via l’application Adage pour les élèves de la sixième à la terminale. Selon un rapport du ministère de la Culture publié lundi, l’utilisation de ce dispositif a explosé : 98 % des collèges et 95 % des lycées l’ont employé en 2023-2024, entraînant une forte augmentation des dépenses.

L’enveloppe budgétaire allouée pour cette année était plafonnée à 72 millions d’euros (environ 77 millions de dollars américains). Face à une affluence massive de demandes via Adage, le ministère a dû suspendre les réservations dès février pour éviter un dépassement similaire à celui de l’année précédente (35 millions d’euros). À la rentrée de septembre, il ne restait plus que 15 millions d’euros disponibles, une déception pour les acteurs de l’éducation et de la culture.

Les conséquences se font déjà sentir sur le terrain. À Cergy-Pontoise, près de Paris, Fériel Bakouri, directrice du théâtre Points Communs, indique que « 1 300 places scolaires ont été annulées, sur 10 000 » cette année. Des pièces de théâtre, des ateliers artistiques, des rencontres avec des comédiens… autant de projets d’éducation artistique et culturelle (EAC) qui ont dû être déprogrammés.

Le gel du pass Culture a entraîné une baisse de « un quart de billetterie » pour les 78 scènes nationales entre septembre et décembre, selon Claire Guièze, co-présidente du Syndeac (syndicat des entreprises artistiques et culturelles, premier du secteur public). Cette estimation est basée sur les retours de 33 scènes qui ont dû annuler 17 000 billets.

Une compagnie nancéienne a été contrainte d’annuler des représentations prévues en décembre devant 150 lycéens, et d’autres discussions avec des établissements scolaires ont été interrompues faute de financement. Margot Millotte, chargée de production de la compagnie En verre et contre tout, témoigne d’une « baisse de 25 % du budget annuel réservé à la production et à la diffusion de spectacles ».

Les professionnels du secteur craignent également que les sorties culturelles ne deviennent plus dépendantes des moyens financiers des familles, ce qui creuserait les inégalités sociales et territoriales. Fériel Bakouri souligne que la mise en place du pass Culture a eu « un effet pervers : le désengagement financier des collectivités territoriales ».

L’avenir s’annonce sombre. Le budget de l’État pour le pass Culture devrait encore diminuer de 10 millions d’euros en 2026, atteignant 61,8 millions d’euros. De plus, un décret publié récemment au Journal officiel supprime la règle de répartition des crédits qui prévalait jusqu’alors, à savoir un montant forfaitaire par élève (25 euros pour les élèves de la sixième à la troisième, 20 euros en première et terminale, 30 euros en seconde).

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