Publié le 8 décembre 2025 à 17h05. La résistance aux antimicrobiens (RAM), un phénomène naturel accéléré par l’usage excessif de médicaments, représente une menace croissante pour la santé publique mondiale. Au Brésil, elle est déjà responsable de milliers de décès chaque année et compromet l’efficacité des traitements médicaux essentiels.
- D’ici 2023, une infection bactérienne sur six présentera une résistance aux antimicrobiens disponibles.
- La RAM est responsable d’environ 34 000 décès annuels au Brésil et aggrave 138 000 autres pathologies.
- L’Asie du Sud-Est et la Méditerranée orientale sont les régions les plus touchées, avec une infection sur trois résistante aux traitements classiques.
La résistance aux antimicrobiens (RAM) – la capacité des bactéries, virus, champignons et parasites à ne plus répondre aux médicaments conçus pour les combattre – continue de progresser à un rythme alarmant. Ce processus, bien qu’étant une conséquence naturelle de l’évolution, est considérablement accéléré par une utilisation inappropriée des antimicrobiens. Selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publié en octobre 2023, basé sur les données du Système mondial de surveillance de la résistance aux antimicrobiens (Glass), plus de 40 % des infections bactériennes présentent désormais un certain niveau de tolérance aux médicaments disponibles, une augmentation significative par rapport à 2018.
Les régions les plus préoccupantes se situent en Asie du Sud-Est et en Méditerranée orientale, où un tiers des infections ne répondent plus aux traitements conventionnels. Sur le continent américain, la situation est moins critique, mais reste inquiétante : une infection sur sept est causée par des micro-organismes résistants. Au Brésil, les chiffres sont particulièrement préoccupants. Les données du ministère de la Santé indiquent que la RAM est directement responsable d’environ 34 000 décès chaque année et contribue à l’aggravation de 138 000 autres pathologies, réduisant ainsi les chances de guérison. Le pays enregistre également 221 000 décès annuels dus à des infections bactériennes et 400 000 cas de septicémie (infection généralisée), soulignant la gravité de la situation.
Les mécanismes biologiques de la résistance
La résistance des micro-organismes aux antimicrobiens n’est pas un phénomène nouveau. Elle existait déjà dans la nature avant l’introduction de ces médicaments dans la pratique clinique au milieu du XXe siècle. Cependant, l’utilisation massive d’antimicrobiens a favorisé la sélection de souches résistantes, capables de survivre et de se multiplier malgré les traitements. Plusieurs mécanismes biologiques permettent aux micro-organismes d’échapper à l’action des médicaments modernes. Parmi eux, des modifications de la perméabilité de leur enveloppe cellulaire, rendant plus difficile l’entrée des médicaments, et des mutations génétiques qui altèrent les cibles des antibiotiques, les empêchant de se lier efficacement.
« Certaines bactéries produisent des enzymes capables de dégrader complètement les médicaments, tandis que d’autres activent des pompes à efflux qui expulsent rapidement les composés thérapeutiques de leur intérieur. »
Pedro Eduardo Almeida da Silva, biochimiste pharmaceutique, professeur à Furg (Université fédérale de Rio Grande)
Ces mécanismes, combinés à des stratégies de partage de gènes entre les bactéries (transfert horizontal de gènes) et à la formation de biofilms (structures protectrices), rendent les traitements moins efficaces et favorisent la persistance des infections.
Les obstacles à la lutte contre la RAM
L’augmentation de la résistance aux antimicrobiens est liée à plusieurs facteurs, notamment la croissance démographique mondiale et les inégalités sociales. L’infectiologue Moacyr Silva Junior, de l’hôpital Einstein Israelita, souligne que « une mauvaise hygiène personnelle, un assainissement de base précaire et une faible observance des campagnes de vaccination sont des problèmes qui rendent la région particulièrement vulnérable face à ce défi ».
Un diagnostic rapide et précis de l’infection est crucial pour assurer un traitement efficace et éviter l’utilisation inappropriée d’antimicrobiens. Bien que les méthodes microbiologiques traditionnelles soient fiables, leurs résultats prennent généralement 48 à 72 heures. En attendant, les cliniciens sont souvent contraints de prescrire un traitement empirique, basé sur des estimations, qui peut ne pas être optimal. Des plateformes de diagnostic rapide, capables d’identifier l’agent pathogène et son profil de résistance en quelques heures, existent, mais leur accès est limité au Brésil, car elles sont presque entièrement importées et réservées aux grands laboratoires et aux centres de santé spécialisés.
L’automédication constitue également un problème majeur. De nombreuses personnes continuent à prendre des antibiotiques plus longtemps que prescrit, ou réutilisent des médicaments restants pour d’autres infections, sans consulter un médecin.
La résistance aux antimicrobiens complexifie la prise en charge des maladies, prolonge les hospitalisations et augmente les coûts des traitements. À long terme, l’absence d’antimicrobiens efficaces pourrait compromettre des procédures médicales essentielles telles que les transplantations d’organes, la chimiothérapie, le contrôle du diabète et les interventions chirurgicales.
« Nous ne sommes pas face à un scénario de catastrophe, mais les données indiquent que les médecins et la population doivent être plus conscients de la prescription et de l’utilisation des antimicrobiens. »
Moacyr Silva Junior, infectiologue, hôpital Einstein Israelita
Des changements urgents et nécessaires
Repenser la manière dont les antimicrobiens sont utilisés est devenu une priorité. « Tout comme nous l’avons fait avec les ressources naturelles pour minimiser les impacts sur l’environnement, la rationalisation de l’utilisation des médicaments permet de ralentir la propagation de la résistance aux antimicrobiens », explique le docteur de l’hôpital Einstein.
Le Brésil a déjà mis en place plusieurs initiatives pour promouvoir une utilisation plus responsable des antimicrobiens. Parmi elles, la Ligne directrice nationale pour la mise en œuvre d’un programme de gestion des antimicrobiens dans les services de néonatalogie et de pédiatrie, lancée en mai 2025 par l’Anvisa (Agence nationale de surveillance de la santé). Cette directive encourage la mise en place de programmes de gestion des antimicrobiens (PGA) visant à améliorer la prescription, à optimiser les doses et à assurer une surveillance multidisciplinaire.
Au niveau individuel, la vaccination reste la mesure préventive la plus efficace. Se faire vacciner contre une maladie bactérienne ou virale réduit l’impact de l’infection et diminue ainsi le besoin d’antimicrobiens. Se laver soigneusement les mains, utiliser un préservatif lors des rapports sexuels et porter un masque en cas de rhume ou de grippe sont également des gestes simples qui peuvent contribuer à limiter la propagation des agents pathogènes.
« La prévention est essentielle pour lutter contre la propagation du problème », conclut l’infectiologue. « C’est pourquoi un suivi régulier auprès des médecins généralistes et des médecins de famille est également recommandé. »
