Publié le 6 janvier 2024 à 01:48:00. L’arrestation surprise de Nicolás Maduro par les États-Unis a plongé le Venezuela dans une incertitude politique profonde, suscitant des réactions contrastées à travers le monde et soulevant des questions sur l’avenir de la nation sud-américaine et de ses vastes ressources pétrolières.
- L’arrestation de Nicolás Maduro par les États-Unis a provoqué des réactions internationales allant de l’euphorie à la condamnation.
- Washington envisage une « administration » temporaire du Venezuela, suscitant des inquiétudes quant à une ingérence économique et politique.
- Malgré l’arrestation de Maduro, le chavisme conserve une influence significative, notamment via des accords négociés avec Delcy Rodríguez.
L’opération américaine, qui a conduit à la capture de Nicolás Maduro, a déclenché une onde de choc diplomatique. Si certains observateurs y voient une opportunité de restaurer la démocratie au Venezuela, d’autres dénoncent une violation flagrante de la souveraineté vénézuélienne et du droit international. Les réactions sont loin d’être unanimes, reflétant les enjeux géopolitiques et économiques considérables en jeu.
Anja Dargatz, directrice du bureau vénézuélien de la Fondation Friedrich Ebert (FES), proche du Parti social-démocrate allemand (SPD), a déclaré :
« L’attaque est clairement contraire au droit international. Cela a été confirmé par tous les experts en droit international. Cela ne fait aucun doute. »
Anja Dargatz, directrice du bureau vénézuélien de la Fondation Friedrich Ebert (FES)
Evelyn Hartig, directrice du bureau de Bogotá de la Fondation Heinrich Böll (HBS), liée aux Verts, met en garde contre les conséquences régionales de cette intervention :
« C’est une menace directe non seulement pour le Venezuela, mais aussi pour les pays voisins comme la Colombie. »
Evelyn Hartig, directrice du bureau de Bogotá de la Fondation Heinrich Böll (HBS)
Elle souligne que cette action pourrait être perçue comme une tentative de domination sur les ressources naturelles de la région.
Après l’arrestation de Maduro, l’administration de Donald Trump a annoncé son intention d’« administrer » le Venezuela le temps nécessaire pour encourager les investissements américains dans le secteur pétrolier et moderniser les infrastructures du pays. Cette annonce a suscité des craintes quant à une exploitation des ressources vénézuéliennes au profit des intérêts américains.
Evelyn Hartig craint que cette « administration » ne conduise à une polarisation accrue, à une éventuelle résistance armée et à une aggravation de la crise humanitaire déjà sévère. Elle met en évidence les motivations économiques sous-jacentes à cette intervention :
« Trump a ouvertement exprimé ses intérêts économiques dans ce pays riche en pétrole. En bref, il ne cherche pas une solution démocratique, mais plutôt à provoquer l’effondrement du régime et à s’approprier les ressources vénézuéliennes qu’ils considèrent comme les leurs. Aujourd’hui, c’est le Venezuela, demain cela pourrait être la Colombie, le Mexique ou n’importe quel autre pays de la région. »
Evelyn Hartig, directrice du bureau de Bogotá de la Fondation Heinrich Böll (HBS)
Parallèlement, Anja Dargatz souligne le paradoxe de cette intervention :
« Si les États-Unis « veulent administrer le Venezuela, ils devraient d’abord expliquer comment, car ces dernières années, ils ont systématiquement démantelé tout ce qui doit maintenant être reconstruit. »
Anja Dargatz, directrice du bureau vénézuélien de la Fondation Friedrich Ebert (FES)
Elle rappelle l’absence d’ambassade américaine et de programmes de coopération au développement, ainsi que la dépendance actuelle de l’extraction pétrolière vis-à-vis de la société américaine Chevron.
L’arrestation de Maduro ne signifie pas pour autant la fin du chavisme. Des révélations récentes indiquent que l’administration Trump a conclu un accord avec Delcy Rodríguez, désormais présidente par intérim, pour collaborer avec les États-Unis. Washington aurait exigé un accès total au pétrole vénézuélien en échange de cette coopération. Cette stratégie soulève des interrogations sur la sincérité des intentions américaines et sur la pérennité d’une transition démocratique.
Diana Luna, conseillère pour l’Amérique latine à la Fondation Friedrich Naumann pour la liberté, liée au Parti libéral-démocrate (FDP), estime que :
« Les Etats-Unis ne contrôlent pas l’ensemble du pays pour l’instant. Et ils doivent veiller à ce qu’il n’y ait pas de vide de pouvoir. C’est l’argument le plus fort. »
Diana Luna, conseillère pour l’Amérique latine à la Fondation Friedrich Naumann pour la liberté
Elle juge que le mandat de Rodríguez ne dépassera pas trois mois, soulignant le caractère transitoire de cette situation.
L’avenir de l’opposition vénézuélienne, notamment celui de María Corina Machado, reste incertain. Bien que l’attention se porte désormais sur Delcy Rodríguez, Diana Luna ne pense pas que l’opposition ait perdu son influence :
« Je pense que ce que l’on pensait, c’était que la transition allait être plus rapide, ce que croyaient tant les Américains que l’opposition vénézuélienne. »
Diana Luna, conseillère pour l’Amérique latine à la Fondation Friedrich Naumann pour la liberté
Pour l’heure, la vie quotidienne des Vénézuéliens a peu changé. Les pénuries de médicaments, de nourriture et d’essence persistent, et les libertés individuelles restent limitées. Le mécontentement populaire demeure, mais les perspectives d’amélioration immédiate sont incertaines. Anja Dargatz conclut :
« Le même groupe continue de gouverner avec deux personnes de moins. Ce sont ces personnes qui sont responsables de la situation que le pays a connue ces dernières années. Et, pour l’instant, rien n’indique que cela va changer. »
Anja Dargatz, directrice du bureau vénézuélien de la Fondation Friedrich Ebert (FES)
(chp)