Publié le 13 décembre 2025 à 17h42. Le dollar américain connaît une baisse notable au Pérou depuis le début de l’année, une évolution qui interroge entreprises, ménages et experts, et qui est principalement due à un afflux important de devises dans l’économie nationale.
- Le taux de change nominal du dollar a diminué d’environ 10 % depuis le 1er janvier.
- Les exportations, notamment minières, et les envois de fonds des Péruviens à l’étranger sont les principaux moteurs de cette baisse.
- La Banque centrale de réserve (BCR) se concentre sur le contrôle de l’inflation plutôt que sur la fixation d’un niveau précis pour le dollar.
La dépréciation du dollar péruvien est un phénomène notable observé depuis le début de l’année 2025. Cette tendance, qui a vu le taux de change nominal diminuer d’environ 10 % entre le 1er janvier et aujourd’hui, suscite l’attention des acteurs économiques et des observateurs du marché.
Selon l’économiste et professeur à l’Universidad del Pacífico, Jorge González Izquierdo, cette évolution s’explique par une dynamique simple d’offre et de demande.
« Lorsqu’un prix augmente de façon persistante, c’est parce qu’il y a un excès de demande. Lorsqu’il baisse, c’est parce qu’il y a un excès d’offre. »
Jorge González Izquierdo, économiste et professeur à l’Universidad del Pacífico
Dans le cas présent, le Pérou connaît une offre excédentaire de dollars sur son marché.
L’économiste estime que la pression à la baisse sur le taux de change en 2025 équivaut à environ 2,5 % du produit intérieur brut (PIB). L’année précédente, cette pression était de l’ordre de 2 % du PIB. « C’est comme une force qui saisit le prix du dollar et le fait baisser », illustre-t-il.
D’où proviennent ces dollars ?
Une première explication réside dans les performances à l’exportation du Pérou. Le pays réalise d’importantes ventes à l’étranger, notamment de minéraux tels que l’or, le cuivre, l’argent et le zinc, dont les prix sur les marchés internationaux restent élevés. Chaque exportation génère des entrées de dollars, augmentant ainsi l’offre de devises.
Cependant, Jorge González Izquierdo souligne qu’une analyse se limitant à la balance commerciale serait incomplète. Il est nécessaire de soustraire les importations des revenus d’exportation, ainsi que le déficit du commerce des services, où le Pérou affiche un solde négatif important. De plus, il faut tenir compte des sorties de capitaux liées aux transferts de bénéfices réalisés par les entreprises multinationales vers leurs sièges.
Après cette « compensation », l’économiste identifie un facteur clé qui continue d’exercer une pression à la baisse sur le dollar : les envois de fonds des Péruviens vivant à l’étranger. Ces transferts s’élèvent actuellement à environ 5 milliards de dollars par an, un montant significatif qui contribue directement à l’excédent de l’offre de dollars.

Qu’est-ce qui explique la chute du dollar, comment agit la BCR et pourquoi l’inflation continue d’être au centre de l’attention ? Photo : Andine.
Le rôle de l’exploitation minière illégale et des flux non enregistrés
Un autre élément pertinent apparaît dans les statistiques sous la rubrique « erreurs et omissions », également appelées écarts statistiques de la balance des paiements. Ces écarts reflètent l’existence de flux monétaires qui ne transitent pas par les canaux formels, notamment ceux liés à des activités illégales telles que l’exploitation illégale de l’or et le trafic de drogue.
Pour cette année, Jorge González Izquierdo souligne que ces « erreurs et omissions » sont « très élevées », se chiffrant à plusieurs milliards de dollars.
Le dollar baisse, mais la BCR reste concentrée sur l’inflation : pourquoi ?
Face à cette situation, le président de la Banque centrale de réserve (BCR), Julio Velarde, a réaffirmé que sa priorité absolue reste le contrôle de l’inflation, et non le niveau du taux de change. Cette position est conforme au mandat de la BCR, selon Jorge González Izquierdo.
« La raison d’être d’une banque centrale au Pérou, comme dans de nombreux pays, est la stabilité des prix », explique-t-il. Contrairement aux États-Unis, où la Réserve fédérale a également pour objectif le plein emploi, au Pérou – comme en Europe ou au Japon – la priorité est de maîtriser l’inflation et non de fixer un niveau spécifique pour le dollar.
L’économiste précise que même si la Banque centrale ne cherche pas activement à défendre un certain prix du dollar, elle intervient pour atténuer les mouvements brusques à court terme. Des baisses trop rapides pourraient créer un sentiment de panique parmi les acteurs économiques et les inciter à prendre des décisions précipitées.
