Home AffairesPourquoi les licornes en Thaïlande sont-elles encore si rares ?

Pourquoi les licornes en Thaïlande sont-elles encore si rares ?

by Amélie Bernard

La Thaïlande peine à voir émerger des licornes – ces jeunes entreprises privées valorisées à plus d’un milliard de dollars – dans le secteur de la fintech, malgré les efforts du gouvernement et l’intérêt croissant pour l’innovation financière. Un manque de financement extérieur et la domination des grandes banques traditionnelles freinent le développement d’un écosystème plus dynamique.

L’accès limité au capital-risque constitue un obstacle majeur. Le pays compte peu de sociétés de capital-risque (VC) étrangères, et le financement est principalement assuré par des sociétés de capital-risque d’entreprise (CVC) liées aux grandes banques thaïlandaises. Cette situation limite l’indépendance des fintechs, qui sont souvent conçues pour répondre aux besoins spécifiques de ces banques plutôt que de viser une croissance autonome et rapide.

La taille relativement modeste du marché thaïlandais et des transactions proposées décourage également les investisseurs étrangers, car les coûts liés aux vérifications préalables ne sont pas toujours justifiés. « Le marché intérieur, avec ses 70 millions d’habitants, limite le potentiel de croissance », explique l’analyse, soulignant la nécessité pour les startups de se tourner vers l’expansion régionale ou mondiale.

La domination des six principales banques thaïlandaises – Bangkok Bank, Kasikorn, Krungthai, Siam Commercial Bank (SCB), Krungsri et TMBThanachart – représente un autre défi. Ces institutions financières contrôlent 82 % des prêts et des dépôts bancaires commerciaux et ont massivement investi dans la numérisation, saturant le marché de services similaires. Cette concentration réduit la valeur ajoutée des nouvelles startups fintech.

L’attribution prochaine de licences de banque virtuelle, prévue pour 2024, ne devrait pas changer la donne. Les autorisations devraient être accordées à des consortiums dirigés par ces mêmes grandes banques ou des entités liées à de grands conglomérats, ce qui risque de renforcer leur position dominante plutôt que de favoriser l’émergence de nouveaux acteurs disruptifs.

Si quelques entreprises comme Ascend Money, Bitkub et LINE MAN Wongnai ont réussi à atteindre le statut de licorne dans des secteurs tels que la fintech et la livraison, le nombre reste faible. L’écosystème thaïlandais, malgré les initiatives gouvernementales de l’Agence nationale pour l’innovation (programmes de financement et incitations fiscales), reste moins développé que ceux de pays voisins comme Singapour et l’Indonésie, qui ont déjà vu plusieurs de leurs startups franchir le cap du milliard de dollars.

À ce stade, l’écosystème des startups thaïlandaises est confronté à des difficultés d’évolutivité et d’innovation, ce qui entrave sa capacité à produire davantage de licornes.

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