La culture de la médecine encourage souvent les professionnels de la santé à constamment différer leurs propres besoins, un schéma qui peut mener à l’épuisement et à un sentiment de désillusion profonde. Une ancienne pédiatre témoigne d’un système qui valorise la patience et le sacrifice personnel au détriment du bien-être des médecins.
Dès le début de leur formation, les médecins sont conditionnés à accepter l’attente comme une vertu. Retarder le sommeil, les repas, les vacances, et même les émotions est présenté comme un signe de professionnalisme et de dévouement. « On nous apprend à retarder la joie, le repos, l’accomplissement, les relations, les enfants », explique la Dre Jessie Mahoney, ancienne pédiatre.
Cette attente ne s’arrête pas à la fin de la formation. Les médecins se retrouvent souvent à attendre une compensation équitable, un soutien administratif adéquat, et des conditions de travail gérables. Ils espèrent que le système reconnaîtra et corrigera les causes profondes de l’épuisement professionnel, mais cette attente peut s’avérer vaine.
La Dre Mahoney, qui a exercé pendant près de deux décennies, a elle-même tenté de changer les choses de l’intérieur, en occupant des postes de leadership. Elle pensait qu’en s’investissant suffisamment, elle pourrait améliorer le système pour tous. Cependant, elle a fini par réaliser que l’attente est intrinsèque au fonctionnement même du système actuel. « Cela dépend de la patience, du silence et du sacrifice des médecins », affirme-t-elle.
Cette résignation silencieuse, cette attente constante, peut être perçue comme de la loyauté, mais elle finit par éroder le bien-être des médecins. Ils observent leurs collègues s’épuiser ou quitter la profession, tout en se persuadant qu’ils sont assez forts pour tenir bon. Jusqu’à ce qu’ils ne le soient plus.
La peur est un facteur clé qui maintient ce cycle. Les médecins craignent d’être perçus comme égoïstes, ingrats ou remplaçables s’ils osent remettre en question le système ou prioriser leurs propres besoins. Ils redoutent les conséquences d’un choix personnel.
La Dre Mahoney a finalement pris la décision de démissionner de son poste après 18 ans d’exercice. « C’était l’une des choses les plus difficiles que j’aie jamais faites », confie-t-elle. Mais cette décision lui a permis de se recentrer sur ses propres valeurs et de découvrir de nouvelles opportunités. Elle a constaté qu’une fois qu’elle a privilégié l’alignement avec ses convictions plutôt que la conformité, des portes se sont ouvertes.
L’attente a un coût élevé, tant sur le plan personnel que professionnel. Elle épuise l’énergie, éloigne les médecins de leurs familles et diminue leur joie de vivre. Elle érode lentement leur identité. À l’inverse, une ancienne patiente de la Dre Mahoney a décidé de ne plus attendre, de ne plus remettre sa vie à plus tard. En moins d’un an, elle s’est mariée, a acheté une maison, est tombée enceinte et a changé de carrière.
La Dre Mahoney invite les professionnels de la santé à s’interroger : « Où attendez-vous encore ? Quel est le coût de cette attente ? Qu’est-ce qui pourrait changer si vous arrêtiez d’attendre ? »
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