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Pourquoi les scientifiques captent la respiration des baleines… avec des drones

by Sophie Martin

Publié le 26 mai 2024 à 08h05. Des scientifiques ont mis au point une méthode innovante pour évaluer la santé des baleines à bosse : l’analyse de leur souffle grâce à des drones, une approche moins invasive que les techniques traditionnelles.

  • L’utilisation de drones permet de collecter des échantillons de souffle de baleines sauvages sans les stresser ni les blesser.
  • Les analyses de ces échantillons révèlent la présence de virus potentiellement dangereux pour les baleines, comme le morbillivirus des cétacés et le virus de l’herpès.
  • Cette nouvelle méthode pourrait aider à mieux comprendre la propagation des maladies au sein des populations de baleines et à mettre en place des mesures de protection plus efficaces.

L’étude de la santé des cétacés, animaux marins majestueux mais vulnérables, représente un défi majeur pour les scientifiques. Traditionnellement, la collecte d’échantillons biologiques auprès de baleines sauvages nécessitait une approche intrusive : s’approcher en bateau et tirer une fléchette pour prélever un morceau de peau. Une équipe de chercheurs a désormais développé une alternative prometteuse, exploitant la technologie des drones pour capturer les exhalations des baleines.

« Les drones ont véritablement révolutionné notre capacité à prélever un échantillon biologique d’une baleine sauvage », explique Amy Apprill, écologiste microbien marin à la Woods Hole Oceanographic Institution. Cette méthode non invasive permet d’éviter le stress et les risques associés aux techniques traditionnelles.

Le principe est simple : un drone est piloté au-dessus d’une baleine à la surface de l’eau, au moment où elle s’apprête à expirer par son évent – l’équivalent de nos narines. Grâce à des images en direct, les chercheurs positionnent le drone de manière à capturer l’exhalation sur des boîtes de Pétri fixées à l’appareil.

« Bien sûr, sur le moment, c’est comme si beaucoup de gens criaient simplement “Volez plus bas” ou “Va à droite” et “La baleine arrive”. C’est donc beaucoup de chaos sur le bateau. Mais bien sûr, une fois que vous regardez en arrière et que vous voyez les résultats et que vous voyez à quel point la méthode fonctionne, c’est très amusant », raconte Hélène Costa, principale auteure de l’étude.

Les échantillons de souffle collectés entre 2022 et 2025 dans les eaux arctiques autour de la Norvège et de l’Islande ont révélé la présence du morbillivirus des cétacés chez certains groupes de baleines. Ce virus peut affaiblir le système immunitaire des cétacés (baleines, dauphins et marsouins) et provoquer des épidémies mortelles. Les chercheurs ont également détecté le virus de l’herpès, souvent asymptomatique mais potentiellement dangereux pour les animaux immunodéprimés.

En revanche, l’équipe n’a pas détecté de virus de la grippe aviaire ni de bactérie Brucella, deux agents pathogènes susceptibles d’infecter également les humains.

Au-delà de la détection des virus, les scientifiques espèrent que l’analyse à long terme des échantillons de souffle permettra de mieux comprendre la dynamique de propagation des maladies au sein des populations de baleines et l’impact de facteurs de stress tels que la pollution et le changement climatique. « Évidemment, quatre années de données sont intéressantes, mais si nous disposons de 30 années de données, nous pouvons mieux comprendre la dynamique de la circulation de ces agents pathogènes… comment certains facteurs de stress, par exemple, les polluants ou le changement climatique, affectent la dynamique de ces maladies », précise Hélène Costa.

Les informations recueillies pourraient également aider les gestionnaires à prendre des mesures de protection plus efficaces, comme la modification temporaire des routes maritimes pour éviter de stresser les baleines malades ou la limitation des interactions entre les baleines et les humains en cas de risque de transmission de maladies.

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Cet épisode a été produit par Rachel Carlson et Kai McNamee. Il a été monté par Patrick Jarenwattananon. Tyler Jones a vérifié les faits. Les ingénieurs du son étaient Maggie Luthar et Peter Ellena.

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