Home SantéPourquoi les téléconsultations ne fonctionnent-elles pas dans les centres de santé ?

Pourquoi les téléconsultations ne fonctionnent-elles pas dans les centres de santé ?

by Sophie Martin

Publié le 24 octobre 2024. Promues comme une révolution dans l’accès aux soins, les téléconsultations peinent à s’imposer durablement dans le système de santé espagnol, se limitant souvent à des tâches administratives et ne répondant pas aux espoirs initiaux.

  • Les téléconsultations représentent actuellement seulement 15 % du temps de travail des médecins généralistes.
  • Leur utilisation se concentre principalement sur le renouvellement d’ordonnances et la gestion de situations mineures.
  • Un manque de protocoles et de développement technologique adéquat freine leur potentiel.

Alors que la pandémie de Covid-19 avait propulsé l’essor des téléconsultations, perçues comme une solution d’avenir pour désengorger les cabinets médicaux et faciliter l’accès aux soins, la réalité s’avère plus nuancée. Elles étaient même devenues un argument de vente majeur pour les assurances maladie cherchant à attirer de nouveaux clients. Aujourd’hui, leur utilisation effective dans les soins primaires reste marginale, se limitant à un quart du temps de travail des médecins.

Selon Lorenzo Armenteros, porte-parole de la Société espagnole des médecins généraux et de famille (SEMG), les téléconsultations ont une capacité de résolution « très limitée » et se cantonnent à des problèmes « très mineurs ». Au-delà du renouvellement d’ordonnances, elles servent principalement à répondre à des questions sur les effets secondaires ou à apporter des clarifications.

« Pour les recettes, des formules alternatives pourraient être recherchées avec lesquelles le patient n’aurait même pas besoin d’être appelé s’il s’agit d’un traitement de continuité. Ils devraient articuler un système qui transforme cette tâche en une bureaucratie simple. »

Lorenzo Armenteros, porte-parole de la SEMG

De nombreux patients, bien que pouvant être pris en charge par téléphone, préfèrent un contact direct avec leur médecin. Ce type de rendez-vous représente 15 % du temps de travail du médecin, la principale raison étant, dans neuf cas sur dix, le renouvellement d’une ordonnance (dépenses publiques en prescriptions médicales en hausse de 4,9 %).

Les patients qui recourent le plus souvent aux téléconsultations sont ceux atteints de maladies chroniques et suivant plusieurs traitements médicamenteux. Le Dr Armenteros estime que le temps consacré à ces tâches administratives s’apparente à une « consultation bureaucratique qui a failli se transformer en un mauvais appel de téléconsultation », jugeant excessif de qualifier ces échanges de consultations à proprement parler, puisqu’il s’agit essentiellement de démarches administratives par téléphone.

Les raisons de cet échec

Le spécialiste en médecine familiale et communautaire explique que le principal obstacle réside dans un manque de préparation et de concertation.

« Nous n’avons pas parlé avec des médecins ou d’autres professionnels de santé pour pouvoir concevoir ce modèle de requête pour classer les maladies ou protocoliser certaines pathologies afin que nous puissions avoir des paramètres que le patient peut mesurer. »

Lorenzo Armenteros, porte-parole de la SEMG

Il pointe également du doigt un « handicap technologique », soulignant que, bien que le développement des téléconsultations ait été rapide pendant la crise sanitaire de la Covid-19, leur évolution s’est ensuite bloquée, soulevant des questions éthiques concernant la transmission des données. L’objectif initial des téléconsultations s’est estompé avec le temps, et leur application se limite en pratique aux appels téléphoniques, faute d’intérêt pour développer d’autres fonctionnalités, telles que les consultations partagées avec les hôpitaux et en présence du patient.

Une solution envisagée pour l’avenir serait d’utiliser les applications des services de santé pour planifier des appels vidéo sous forme d’interconsultations ou de requêtes partagées entre différents spécialistes.

« Imaginez dans le futur que nous puissions avoir une consultation à trois avec l’endocrinologue, le médecin de famille et le patient. À un moment donné, nous résoudrions deux consultations : pour lui ce serait beaucoup plus enrichissant et pour nous la gestion du temps serait bien plus utile. »

Lorenzo Armenteros, porte-parole de la SEMG

Les téléconsultations pourraient également être utiles pour le suivi des patients atteints de maladies chroniques, notamment pour vérifier la tension artérielle ou le poids et détecter une éventuelle rétention d’eau. Elles pourraient également servir à évaluer l’état général du patient, à suivre l’évolution d’une maladie chronique ou à vérifier l’efficacité d’un traitement contre la douleur chez les patients alités.

Enfin, le Dr Armenteros souligne que les téléconsultations pourraient être utiles pour évaluer visuellement l’état du patient lors d’un appel vidéo, afin d’assurer le suivi de la chronicité ou de vérifier l’efficacité d’un traitement antalgique chez les patients immobilisés.

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