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Pourquoi les tumeurs se développent-elles si vite ?

by Sophie Martin

Publié le 17 octobre 2025 01:24:00. Une nouvelle étude du Centre de régulation génomique (CRG) révèle que les cellules cancéreuses ne se contentent pas de réactiver des gènes embryonnaires pour accélérer leur croissance, mais manipulent également les mécanismes de lecture de ces gènes, ouvrant de nouvelles pistes pour le diagnostic et le traitement.

  • Les cellules cancéreuses modifient les protéines, appelées facteurs d’épissage, qui contrôlent la manière dont les gènes sont lus.
  • Cette manipulation imite les processus observés dans les cellules embryonnaires, favorisant une croissance rapide et incontrôlée.
  • La recherche suggère que cibler ces facteurs d’épissage pourrait être une nouvelle stratégie thérapeutique prometteuse.

Le cancer, une maladie caractérisée par une croissance cellulaire anormale et rapide, semble exploiter des mécanismes ancestraux pour progresser. Des chercheurs du CRG ont découvert que les cellules cancéreuses ne se contentent pas de réactiver des gènes normalement silencieux chez l’adulte, mais qu’elles modifient également la manière dont ces gènes sont interprétés par la cellule. Ces modifications, qui affectent les facteurs d’épissage, permettent aux cellules cancéreuses de s’adapter rapidement et efficacement à leur environnement.

Les cellules embryonnaires, en pleine croissance et différenciation, nécessitent une grande flexibilité génétique. Elles utilisent des programmes génétiques spécifiques qui leur permettent de se transformer en différents types de tissus. Ces programmes, une fois la maturation achevée, sont généralement désactivés. Le cancer, en revanche, parvient à les réactiver, conférant à la maladie un potentiel de croissance comparable à celui d’un embryon en développement.

L’étude met en évidence que les cellules cancéreuses modifient également leurs outils d’édition génétique, les facteurs d’épissage, pour les faire ressembler à ceux présents dans les embryons. Ces protéines jouent un rôle crucial dans la modification de l’ARN après sa copie à partir de l’ADN, permettant de réorganiser les segments de la séquence et de modifier ainsi le message d’un gène. Normalement, les facteurs d’épissage aident les cellules à s’adapter à des changements environnementaux en produisant différentes protéines à partir d’un même gène.

Les chercheurs ont observé que les cellules cancéreuses activent des facteurs d’épissage qui ne sont habituellement actifs que durant les premiers stades du développement, contribuant ainsi à stimuler la croissance tumorale. Selon le Dr Miquel Anglada-Girotto, auteur principal de l’étude,

« Nous avons découvert que le cancer n’invente pas de nouveaux mécanismes. Il réutilise plutôt d’anciens programmes que les cellules utilisent habituellement au début du développement, lorsque la croissance rapide est nécessaire. »

L’étude révèle également comment le cancer prend le contrôle des éditeurs de gènes de la cellule. L’activation de déclencheurs du cancer, notamment l’oncogène MYC, perturbe l’équilibre des facteurs d’épissage. Ce réseau est si interconnecté qu’une simple modification peut provoquer un effet domino dans l’ensemble du système. L’activation de MYC ou d’autres voies de croissance initiatrices du cancer modifie le comportement de certains facteurs d’épissage, déclenchant une réaction en chaîne qui stimule la croissance cellulaire tout en inhibant les facteurs de protection qui maintiennent la croissance sous contrôle.

« Combinée à d’autres défauts qui s’accumulent dans la cellule, cette réinitialisation généralisée des facteurs d’épissage fait pencher la balance entre une croissance saine et la transition de l’ensemble du système en mode cancer »,

explique le Dr Anglada-Girotto.

Ces découvertes pourraient avoir des implications importantes pour le diagnostic et le traitement du cancer. Si les médecins pouvaient détecter les changements précoces dans les facteurs d’épissage, il serait possible de diagnostiquer les cancers à un stade plus précoce. De plus, le ciblage d’un seul facteur d’épissage pourrait avoir un effet sur l’ensemble du réseau, ralentissant ou arrêtant la croissance tumorale.

La recherche a été rendue possible grâce à l’utilisation d’un modèle d’intelligence artificielle permettant d’interpréter l’activité génétique globale des cellules et de déduire le rôle des facteurs d’épissage. Cette approche a considérablement simplifié l’analyse, qui nécessitait auparavant l’étude minutieuse de chaque modification de chaque molécule d’ARN.

Les auteurs de l’étude estiment que cet outil permettra désormais d’analyser des milliers d’ensembles de données existants pour mieux comprendre le comportement des facteurs d’épissage et identifier les vulnérabilités cachées du cancer.

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