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Pourquoi une nuit au laboratoire du sommeil ne suffit souvent pas

by Sophie Martin

Publié le 2025-11-11 11:40:00. Le diagnostic de l’apnée obstructive du sommeil (AOS) est plus complexe qu’il n’y paraît, avec une variabilité importante des symptômes d’une nuit à l’autre, remettant en question les méthodes actuelles de dépistage et de traitement.

  • Les seuils fixes utilisés pour diagnostiquer l’AOS et prescrire une ventilation en pression positive continue (VPPc) pourraient être inadaptés en raison de la fluctuation quotidienne de la sévérité de la maladie.
  • Des facteurs environnementaux, comme la température, et comportementaux, comme la consommation d’alcool et de tabac le week-end, influencent l’AOS.
  • Le réchauffement climatique pourrait aggraver le fardeau mondial de l’AOS d’ici la fin du siècle.

L’apnée obstructive du sommeil, caractérisée par des interruptions répétées de la respiration pendant le sommeil, affecte des millions de personnes. Si l’on s’appuie généralement sur l’indice d’apnée-hypopnée (IAH) – le nombre d’arrêts respiratoires ou de diminutions significatives de la respiration par heure de sommeil – pour établir un diagnostic et déterminer la nécessité d’une VPPc, de nouvelles études suggèrent que cette approche pourrait être trop simpliste.

Selon le professeur Jean-Louis Pépin, du département de physiologie clinique de l’Université alpine de Grenoble, la variabilité de l’AOS est souvent sous-estimée. Il souligne l’importance de distinguer les différents “endotypes” de la maladie, c’est-à-dire les profils spécifiques de patients, qui peuvent évoluer au cours de la vie en fonction de facteurs tels que la prise de poids, l’apparition de troubles cardiaques ou les changements hormonaux liés à la ménopause. Il précise que l’endotype d’un patient peut varier d’une nuit à l’autre. D’après ses estimations, le diagnostic basé sur une seule nuit de surveillance en laboratoire du sommeil pourrait être erroné chez 20 à 50 % des patients. Les données indiquent qu’environ 11 % des personnes examinées reçoivent un diagnostic incorrect après une polysomnographie (PSG) nocturne, tandis que 18 % des cas d’AOS sont manqués.

Au-delà des facteurs individuels, l’environnement joue également un rôle. Une étude récente, utilisant des capteurs sans contact placés dans le lit des patients, a révélé une corrélation entre la saison et la sévérité de l’AOS. Dans l’hémisphère nord, l’IAH serait en moyenne 5 % plus élevé en été et en hiver qu’au printemps et en automne. Une augmentation de la température ambiante de plus de 6 % est associée à une augmentation de l’IAH. Les chercheurs estiment que le réchauffement climatique, avec une augmentation de plus de 1,8 °C des températures par rapport aux niveaux préindustriels, pourrait multiplier par 1,2 à 3 le nombre de personnes atteintes d’AOS d’ici la fin du siècle. Source : Lechat B et al. Commun Med (Lond) 2025; 5: 314.

Les habitudes de vie ont également un impact significatif. Une étude a mis en évidence une augmentation de la sévérité de l’AOS les samedis, en particulier chez les hommes et les jeunes adultes, un phénomène qualifié d'”apnée sociale”. Cette augmentation serait due à la fois à une privation de sommeil accumulée pendant la semaine et à une consommation accrue de tabac et d’alcool le week-end. Source : Pinilla L et al. Am J Respir Crit Care Med 2025.

La professeure Silke Ryan, de l’hôpital privé St. Vincent de Dublin, estime qu’il est naïf de se fier uniquement à une seule PSG en laboratoire du sommeil pour diagnostiquer l’AOS. Elle critique également les valeurs seuils d’IAH actuellement recommandées, qui ne tiennent pas compte de la variabilité de la maladie. La Classification internationale des troubles du sommeil, qui sert de base aux recommandations allemandes S3, définit des critères précis pour le diagnostic d’AOS :

  • IAH ≥ 15/heure de temps de sommeil (événements ≥ 10 secondes chacun)
  • IAH ≥ 5/heure de temps de sommeil en association avec des symptômes cliniques typiques (somnolence diurne, ronflements rapportés par le partenaire, comorbidités pertinentes)

Ces valeurs sont utilisées mondialement pour le diagnostic et la prescription d’une VPPc. La professeure Ryan souligne qu’une décision thérapeutique basée uniquement sur l’IAH est insuffisante et plaide pour une approche personnalisée, tenant compte de la probabilité pré-test, des comorbidités, du profil de risque du patient et de ses préférences. Elle espère que les progrès technologiques, notamment les dispositifs de mesure sans contact, permettront de mieux évaluer la variabilité de l’AOS et d’améliorer le diagnostic. Source : Lechat B et al. Nat Commun 2025; 16: 5100.

Pour l’heure, la professeure Ryan suggère que les patients peu susceptibles de souffrir d’AOS ou présentant des résultats de PSG discordants avec leur tableau clinique devraient bénéficier de plusieurs nuits de PSG.

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