Publié le 23 octobre 2025 17:29:00. Des cheveux gris pourraient ne pas être qu’un signe de vieillissement, mais un mécanisme de défense biologique contre certains cancers de la peau, selon une nouvelle étude de l’Université de Tokyo.
- Une étude sur des souris révèle un lien entre la perte de pigmentation des cheveux et une réponse cellulaire aux dommages à l’ADN.
- Les cellules souches mélanocytaires (McSC) réagissent différemment aux dommages à l’ADN selon la nature du stress : elles se différencient et disparaissent, ou elles continuent à se multiplier.
- La différenciation des McSC, qui entraîne les cheveux gris, pourrait être une protection contre le développement du mélanome.
Les cheveux gris, souvent perçus comme un simple indicateur du temps qui passe, pourraient en réalité jouer un rôle protecteur contre le cancer. Une recherche récente menée par des scientifiques de l’Université de Tokyo suggère que le processus de dépigmentation capillaire est lié à une réponse biologique qui limite le risque de mélanome, une forme agressive de cancer de la peau.
Notre organisme est constamment exposé à des facteurs internes et externes susceptibles d’endommager l’ADN de nos cellules. Ces dommages sont impliqués à la fois dans le processus de vieillissement et dans le développement de cancers. Jusqu’à présent, les scientifiques peinaient à comprendre précisément l’impact à long terme de ces dommages sur les cellules souches et, par conséquent, sur la santé des tissus.
Les cellules souches ont la capacité unique de s’auto-renouveler – c’est-à-dire de se multiplier – et de se différencier, c’est-à-dire de se transformer en d’autres types de cellules spécialisées. L’équipe de recherche s’est concentrée sur les cellules souches mélanocytaires (McSC), responsables de la production des mélanocytes, les cellules qui fabriquent la mélanine, le pigment qui donne sa couleur à la peau et aux cheveux. Chez les mammifères, ces McSC résident dans les follicules pileux sous forme de méloblastes immatures, assurant ainsi le maintien de la pigmentation.
Les chercheurs ont découvert que lorsque les McSC subissent des dommages à leur ADN, elles ont tendance à se différencier de manière permanente, puis à disparaître. Ce processus, appelé différenciation sinusoïdale, est associé au vieillissement. Cependant, si les McSC sont exposées à des agents cancérigènes, elles conservent leur capacité à s’auto-renouveler et à se multiplier, empêchant ainsi la différenciation sinusoïdale. Selon l’Université de Tokyo, cela conduit les McSC à adopter un « destin sujet aux tumeurs ».
« Les résultats révèlent que la même population de cellules souches peut suivre des destins antagonistes – s’épuiser ou se multiplier – en fonction du type de stress et des signaux microenvironnementaux »,
Emi Nishimura, biologiste à l’Université de Tokyo
En d’autres termes, la manière dont les McSC réagissent aux dommages à l’ADN détermine leur devenir : soit elles se différencient et quittent le système (ce qui se manifeste par l’apparition des cheveux gris), soit elles continuent à se diviser, et la persistance de McSC endommagées pourrait favoriser le développement d’une tumeur.
L’étude ne démontre pas que les cheveux gris préviennent directement le cancer, mais elle suggère que la différenciation des McSC pourrait être un mécanisme de protection déclenché par le stress, éliminant ainsi les cellules potentiellement dangereuses.
« Le suivi du parcours des McSC chez la souris a révélé que les McSC subissent une sénescence cellulaire associée à une différenciation (différenciation sinusoïdale) en réponse à des dommages à l’ADN, et que cela entraîne leur déclin et leur vieillissement, protégeant ainsi efficacement contre le mélanome »,
Chercheurs de l’Université de Tokyo
La prochaine fois que vous remarquerez l’apparition de cheveux gris, rappelez-vous qu’il pourrait s’agir d’un signe que votre organisme se protège naturellement contre le cancer.
Cet article a été traduit de Gizmodo US par Lucas Handley. La version originale est disponible ici.
