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Première réclamation ICSID du Royaume-Uni | Philipp Kurek

by Clara Dubois

Publié le 7 octobre 2025 à 09h20. Le Royaume-Uni est pour la première fois défendeur dans une procédure d’arbitrage devant le Centre international pour le règlement des litiges d’investissement (CIRDI), une affaire intentée par des investisseurs suite à l’annulation d’un projet minier controversé dans le Cumbria. Cette première instance pourrait ouvrir la voie à davantage de contestations des décisions gouvernementales britanniques par des investisseurs étrangers.

  • Le Royaume-Uni est confronté à sa première réclamation devant le CIRDI, déposée par Woodhouse Investment Pte Ltd et West Cumbria Mining (Holdings) Ltd.
  • L’affaire découle de l’annulation d’un permis de construire pour une mine de charbon à coke dans le Cumbria, initialement approuvé puis invalidé par la justice.
  • Cette situation s’inscrit dans un mouvement plus large de contestations des politiques gouvernementales par des investisseurs, même dans les pays dotés d’un État de droit solide.

Une réclamation importante a été enregistrée le 8 août 2025 auprès du CIRDI. L’affaire, portant le numéro ARB/25/37, oppose Woodhouse Investment Pte Ltd et West Cumbria Mining (Holdings) Ltd au Royaume-Uni. Il s’agit du premier arbitrage contre le Royaume-Uni en vertu de la convention du CIRDI. Bien que le Royaume-Uni ait déjà été impliqué dans d’autres procédures d’investissement en dehors du CIRDI, ce dépôt marque une étape significative dans l’engagement du pays avec l’arbitrage des traités d’investissement.

Le litige est lié au traité d’investissement bilatéral Royaume-Uni-Singapour de 1975 et concerne le projet de mine de charbon de Woodhouse Colliery, une mine de charbon à coke profonde proposée près de Whitehaven, dans le Cumbria. Le permis de construire avait été accordé en décembre 2022 par le secrétaire d’État à l’époque, Michael Gove. Cependant, cette approbation a été annulée en septembre 2024 par la Haute Cour en raison d’une erreur juridique, et West Cumbria Mining a ensuite retiré sa demande en avril 2025.

West Cumbria Mining et sa société mère singapourienne, Woodhouse Investment Pte Ltd, poursuivent désormais le gouvernement britannique pour obtenir une compensation pour le projet annulé. Les détails précis de la réclamation n’ont pas été rendus publics, mais elle repose probablement sur des violations des normes prévues par les traités, telles que le traitement équitable et équitable et la protection contre l’expropriation indirecte.

Au-delà des spécificités de l’affaire Woodhouse, cette situation illustre une tendance plus large. L’arbitrage entre investisseurs et États, traditionnellement associé aux marchés émergents, s’étend désormais aux juridictions matures où les mesures réglementaires sensibles sur le plan politique et social sont de plus en plus contestées devant les tribunaux internationaux. Dans ce contexte, la première affaire du Royaume-Uni devant le CIRDI n’est pas un cas isolé, mais plutôt un exemple de l’évolution générale qui voit les États développés régulièrement cités en tant que défendeurs.

Le projet Woodhouse Colliery, également connu sous le nom de mine de charbon de Whitehaven, devait être la première nouvelle mine de charbon profonde à être ouverte en Grande-Bretagne depuis plus de 30 ans. Il était prévu qu’elle produise jusqu’à trois millions de tonnes de charbon par an, avec des opérations envisagées jusqu’en 2049. Le projet, proposé par West Cumbria Mining (dont 80 % détenus par Woodhouse Investment Pte Ltd, basée à Singapour, et dont la société mère ultime serait la société de capital-investissement EMR Capital), visait à fournir du charbon métallurgique pour la production d’acier.

Dès le départ, le projet a suscité la controverse, malgré ses avantages économiques potentiels, notamment la création d’emplois dans la région. Les opposants ont souligné les émissions de CO2 qu’il engendrerait. Après plusieurs années de consultations, l’approbation finale a été accordée par le gouvernement britannique en 2022, avant d’être annulée deux ans plus tard par la Haute Cour dans l’affaire Friends of the Earth Ltd c. Secrétaire d’État pour le nivellement, le logement et les communautés. La Haute Cour a annulé l’approbation en estimant que le gouvernement britannique avait commis une « erreur juridique » en supposant que la mine n’augmenterait pas les émissions de gaz à effet de serre. En avril 2025, West Cumbria Mining a retiré sa demande de permis de construire.

Les investisseurs ont ensuite engagé une procédure d’arbitrage en vertu du traité bilatéral Royaume-Uni-Singapour en août 2025. Bien que les détails de la réclamation n’aient pas été divulgués, il est généralement admis qu’elle concerne le projet de mine de charbon de Woodhouse et qu’elle soulève probablement des protections standard prévues par les traités, notamment le traitement équitable et équitable et la protection contre l’expropriation indirecte.

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large, celui d’une augmentation des réclamations portées contre les démocraties développées, notamment dans le secteur de l’énergie. Les Pays-Bas, l’Espagne et d’autres pays ont été confrontés à diverses réclamations dans le cadre du Traité de la Charte de l’énergie de 1994, en raison de modifications fondamentales des subventions aux énergies renouvelables et des politiques climatiques.

Le manque de consensus sur la modernisation du Traité de la Charte de l’énergie, combiné à la protection continue des investissements dans les combustibles fossiles, a conduit plusieurs États à envisager de se retirer du traité. Le retrait du Royaume-Uni du Traité de la Charte de l’énergie est entré en vigueur le 27 avril 2025, suivi par l’UE et Euratom le 28 juin 2025. Plusieurs États membres de l’UE ont également retiré ou annoncé leur intention de se retirer.

L’Allemagne et les États-Unis ont également été impliqués dans des litiges énergétiques importants. Dans l’affaire Vattenfall c. Allemagne, des investisseurs ont contesté la décision du gouvernement d’abandonner l’énergie nucléaire ; l’affaire a finalement été réglée en 2021. Dans l’affaire TC Energy c. États-Unis, résultant de l’annulation du projet de pipeline Keystone XL, le tribunal a rejeté la réclamation en juillet 2024.

Ces affaires montrent que l’arbitrage des investissements ne se limite plus aux juridictions en développement ou à haut risque. Les investisseurs sont prêts à contester les mesures prises dans les économies avancées lorsque les changements de politique remettent en question leurs attentes. La réclamation de Woodhouse s’inscrit dans cette tendance, soulignant que même les États dotés d’un système juridique solide ne sont pas à l’abri des contraintes liées à leurs engagements en matière de traités.

La demande de Woodhouse se situe à l’intersection de la transition énergétique et de la protection des investissements. Dans les secteurs politiquement sensibles tels que l’énergie, les projets – qu’ils soient liés aux combustibles fossiles ou aux énergies renouvelables – peuvent être soumis à des changements de politique rapides : une approbation accordée un jour peut être retirée le lendemain, que ce soit par une action législative, exécutive ou judiciaire. Cette volatilité crée un risque juridique et commercial important pour les investisseurs internationaux. Dans les secteurs particulièrement scrutés par le public, les gouvernements peuvent subir une forte pression pour annuler leurs décisions antérieures, notamment lorsque des questions environnementales, de droits de l’homme ou de politique sociale suscitent un large consensus.

La protection offerte par les traités d’investissement peut être maximisée bien avant qu’un différend potentiel ne survienne. Une structuration minutieuse d’un investissement – sa nationalité, sa chaîne de propriété et sa couverture par un traité – peut aider à déterminer si les investisseurs auront une base légale solide pour engager une réclamation. Même lorsque l’État hôte dispose d’un système juridique mature, l’affaire Woodhouse illustre qu’une planification préalable rigoureuse peut faire la différence entre une réclamation de traité viable et une réclamation infructueuse.

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