Publié le 19 décembre 2025 18h48. L’arrivée du cabotégravir injectable à action prolongée (Apretude) offre une nouvelle option de prévention du VIH pour les femmes, mais son adoption est freinée par des perceptions erronées des risques et un manque de formation des professionnels de santé, souligne une spécialiste.
- Le faible niveau de risque perçu du VIH par les patientes constitue un obstacle majeur à l’utilisation de la PrEP injectable.
- Les médecins généralistes jouent un rôle crucial dans l’information et la sensibilisation à la PrEP, mais leur formation est souvent insuffisante.
- La flexibilité des cliniques, notamment en matière de rendez-vous et d’horaires, est essentielle pour garantir l’observance thérapeutique.
Le cabotégravir injectable à action prolongée, commercialisé sous le nom d’Apretude, représente une avancée significative dans la prévention du VIH, en particulier pour les femmes qui peuvent ainsi éviter la prise quotidienne de la prophylaxie pré-exposition orale (PrEP). Cependant, la mise en œuvre de cette nouvelle méthode se heurte à des défis concrets, liés à la perception du risque, à la formation des professionnels de santé et à l’organisation des soins.
Pour mieux comprendre ces difficultés, Contagion a interrogé la docteure Zandraetta Tims-Cook, MD, MPH, AAHIVS, spécialiste des maladies infectieuses et interniste basée à Atlanta, en Géorgie. Son travail se concentre sur les inégalités en matière de santé liées au VIH et sur l’accès des femmes à la prévention et aux soins. Elle combine une activité clinique en cabinet privé avec des actions de sensibilisation et de soutien communautaire.
« L’un des principaux obstacles, et c’est parfois surprenant, est la sous-estimation du risque de transmission du VIH », explique la docteure Tims-Cook.
« Les personnes ayant un faible risque perçu sont moins susceptibles d’envisager la PrEP injectable. »
Zandraetta Tims-Cook, MD, MPH, AAHIVS, spécialiste des maladies infectieuses
Elle souligne également la complexité des dynamiques relationnelles dans l’évaluation du risque. « Il est parfois difficile pour les gens d’accepter l’idée qu’ils peuvent avoir une relation épanouie et aimante avec une personne qui les aime en retour, et que cette même personne peut avoir des relations sexuelles en dehors de ce cadre. » Reconnaître cette réalité est essentiel pour une prévention efficace.
« Deux choses peuvent être vraies en même temps. Il est donc important d’amener les gens à prendre conscience de cette possibilité, puis à adopter des comportements et à utiliser des outils qui peuvent réduire le risque de transmission du VIH », insiste-t-elle.
Des lacunes dans l’information sur la PrEP en soins primaires
Au-delà de la perception des risques par les patientes, la docteure Tims-Cook met en évidence un manque d’information sur la PrEP au niveau des professionnels de santé. « Le deuxième obstacle, selon moi, est que les patients ne sont pas suffisamment informés sur les options de PrEP, en particulier par leurs médecins généralistes », affirme-t-elle. « Il y a un flou quant à savoir qui est responsable d’informer les patients sur la PrEP. »
Elle explique que les opportunités de prévention sont souvent manquées avant que les patients ne soient orientés vers des spécialistes. « Au moment où quelqu’un consulte un spécialiste comme moi, il est généralement déjà informé ou a déjà été exposé au risque de VIH, ce qui explique sa consultation. »
C’est pourquoi elle insiste sur l’importance de l’implication des médecins généralistes. « Mais je pense que les médecins généralistes sont les mieux placés pour informer les patients et les sensibiliser à la PrEP. »
Ce qu’il faut retenir
La sous-estimation du risque de VIH et les lacunes dans l’information sur la PrEP dispensée en soins primaires constituent des obstacles majeurs à l’adoption de la PrEP injectable à action prolongée chez les femmes.
Des conseils précis sur le calendrier des injections, la durée d’action du médicament et les considérations liées à la grossesse sont essentiels avant de commencer la PrEP au cabotégravir.
Des organisations cliniques flexibles, avec des systèmes de rappel et des horaires élargis, peuvent améliorer l’observance thérapeutique et l’accès à la PrEP à action prolongée.
Les facteurs qui favorisent l’adoption
Malgré ces défis, la docteure Tims-Cook souligne plusieurs éléments qui contribuent à une meilleure sensibilisation et à un intérêt croissant pour la PrEP à action prolongée. « Ce qui a permis de faire avancer les choses, c’est à la fois le soutien des pairs et l’influence des personnes informées, que ce soit sur les réseaux sociaux ou à travers les publicités que l’on voit à la télévision, qui suscitent des questions et incitent à s’informer », explique-t-elle.
Elle souligne également l’importance des échanges ouverts entre médecins et patients. « Et je pense qu’un contenu comme celui-ci, qui permet aux gens d’entendre une conversation sur des outils comme Apretude, est très utile. »
Conseils sur les doses oubliées, la durée d’action et la grossesse
L’utilisation efficace du cabotégravir à action prolongée nécessite un accompagnement attentif des patients, notamment en ce qui concerne les injections manquées et la « longue traîne » pharmacologique, c’est-à-dire la diminution progressive des taux de médicament dans l’organisme. « Il est important d’aborder ces questions dès le départ, afin que les patients sachent à quoi s’attendre en termes de respect du calendrier des injections », précise la docteure Tims-Cook.
Elle insiste sur l’importance de l’autonomie du patient. « Les gens choisissent des outils comme Apretude pour mieux contrôler la prévention du VIH. » Le maintien de niveaux thérapeutiques de médicament est une responsabilité partagée, explique-t-elle. « J’insiste sur le fait qu’il est de leur responsabilité de se présenter à temps pour que les niveaux restent thérapeutiques et qu’ils soient correctement protégés tout en vivant leur vie et en profitant de leurs expériences sexuelles. »
La prise en charge de la grossesse et du post-partum nécessite une attention particulière. « Pour les patientes enceintes, des ajustements de dosage peuvent être nécessaires », précise-t-elle. « Parfois, l’ajout de nouveaux médicaments peut entraîner une diminution des taux thérapeutiques. Des ajustements posologiques peuvent alors être nécessaires. »
Définir clairement les attentes dès le début favorise une prise de décision éclairée. « Nous abordons toutes ces questions dès le départ et fixons ces attentes avant que les patients ne s’engagent dans ce type de PrEP. »
Des organisations cliniques flexibles pour faciliter l’accès
Pour les cliniques qui souhaitent développer des programmes de PrEP injectable à action prolongée destinés aux femmes, la docteure Tims-Cook souligne l’importance de la flexibilité organisationnelle. « Pour passer à l’échelle, je pense que la flexibilité est l’un des éléments les plus essentiels », affirme-t-elle. « Apretude offre une certaine flexibilité de dosage, car il existe une fenêtre de deux semaines pendant laquelle les injections peuvent encore être administrées dans les délais. »
Elle souligne que des contraintes pratiques peuvent souvent perturber les plannings rigides. « Au-delà de cela, les gens ont une vie : des imprévus se produisent. Il y a des embouteillages, des urgences, des problèmes familiaux. Les gens peuvent simplement avoir besoin de se rendre au bureau quand ils le peuvent. »
Des adaptations au niveau clinique peuvent faire une différence significative. « Il est donc très important de créer de la flexibilité au sein de la clinique pour accueillir les patients », explique-t-elle. « Les rappels peuvent aider. Parfois, même l’accès en dehors des heures d’ouverture traditionnelles, comme le soir ou le samedi, s’est avéré utile pour garantir que les patients ont un accès constant à la PrEP. »
En conclusion, la docteure Tims-Cook souligne le rôle des professionnels de santé de toutes spécialités dans l’expansion de la prévention du VIH. « J’encourage toujours les médecins généralistes à se tenir informés et à rester proactifs en proposant la PrEP ou en rappelant aux patients les différentes options disponibles », conclut-elle.
Elle insiste sur l’importance d’une approche personnalisée. « Il n’existe pas de solution universelle et il existe aujourd’hui de nombreuses options différentes. » Elle encourage enfin un engagement plus large au-delà des soins spécialisés liés au VIH. « J’encourage ceux d’entre nous qui dispensent des soins en dehors d’une spécialité donnée à envisager d’informer leurs patients sur la PrEP. »
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