Les vantardises de Donald Trump concernant sa capacité à instaurer la paix dans le monde sont remises en question, alors que plusieurs accords négociés sous sa présidence semblent fragiles voire déjà rompus. Des affrontements récents et le maintien de conflits majeurs jettent un doute sur l’efficacité de sa diplomatie.
Le président américain, qui a reçu la semaine dernière un Prix Fifa pour la paix largement critiqué, s’est souvent attribué le mérite d’avoir mis fin à divers conflits durant ses mandats. Il a notamment cité les accords entre Israël et les Palestiniens, Israël et l’Iran, le Pakistan et l’Inde, le Rwanda et la République démocratique du Congo, la Thaïlande et le Cambodge, l’Arménie et l’Azerbaïdjan, l’Égypte et l’Éthiopie, ainsi que la Serbie et le Kosovo. Cependant, une analyse plus approfondie révèle une réalité plus nuancée.
La situation au Cambodge et en Thaïlande illustre cette fragilité. Après la signature d’un accord de paix à Kuala Lumpur en octobre, les affrontements frontaliers ont repris en début de semaine, entraînant le déplacement de centaines de milliers de personnes et faisant au moins 10 morts. Le ministère thaïlandais de la Défense a justifié ces attaques comme une « dernière option », tandis que le Cambodge accuse la Thaïlande d’« attaques militaires agressives ». Le Premier ministre thaïlandais, Anutin Charnvirakul, a confirmé l’absence de cessez-le-feu et a révélé avoir discuté de la situation avec Donald Trump, qui lui aurait demandé de revenir au cessez-le-feu de juillet.
En outre, les tensions persistent entre Israël et le Liban, malgré un accord de cessez-le-feu initialement négocié sous l’administration Biden. Israël a lancé une nouvelle vague d’attaques contre le Liban la semaine dernière, ciblant des sites du Hezbollah. L’accord négocié par l’administration Trump entre Israël et le Hamas, qui prévoyait la fin de la campagne militaire israélienne à Gaza et le retour de tous les otages, n’a pas non plus empêché la poursuite des violences. Les autorités de Gaza affirment que près de 400 personnes, dont des enfants, ont été tuées par des tirs israéliens depuis l’instauration du cessez-le-feu.
L’accord de normalisation économique entre la Serbie et le Kosovo, salué par Trump, peine également à produire des résultats concrets. Bien qu’il ait permis d’éviter une escalade des tensions, il n’a pas résolu la question fondamentale du refus de la Serbie de reconnaître formellement le Kosovo. La mise en œuvre des dispositions économiques prévues est limitée, et les progrès sur des projets comme l’« Autoroute de la paix » reliant Belgrade et Pristina sont lents, le financement provenant principalement d’investissements européens.
Enfin, la guerre en Ukraine représente un échec majeur pour la diplomatie de Trump. Malgré ses promesses d’y mettre fin rapidement – il affirmait pouvoir le faire « en 24 heures » – le conflit se poursuit. Les États-Unis intensifient leurs efforts pour encourager Moscou et Kiev à négocier, mais le statut du territoire reste un obstacle majeur. Vladimir Poutine semble peu disposé à signer un accord de paix sans la restitution de l’ensemble du Donbass. Trump a exprimé son impatience envers Volodymyr Zelensky, affirmant qu’il « n’était pas prêt » pour la paix et lui aurait demandé d’accepter un accord avant Noël.
Selon le Dr Melanie Garson, professeure agrégée de sciences politiques à l’University College London (UCL), les accords négociés par l’administration Trump, bien qu’ils aient le mérite d’avoir été initiés, sont « sujets à l’échec » en raison de l’absence de « voies claires, de garanties et d’une surveillance des prochaines étapes ». Elle souligne que ces accords ne font que « mettre sur pause » les conflits, sans s’attaquer à leurs causes profondes.
Le Dr Jonathan Monten, expert en politique étrangère américaine à l’UCL, explique que cette « mauvaise qualité » des accords est due à la réticence de Trump à s’entourer de « vrais experts » qui pourraient contester son autorité. « Il veut être perçu comme étant au centre, comme le maître des affaires, et non comme quelqu’un qui s’appuie sur l’expertise de diplomates de carrière », a-t-il déclaré. Il ajoute que la préparation, l’expertise et la qualité des négociations diplomatiques sont donc « extrêmement faibles ».
