Home MondePrésident d’Itochu Corporation : des opportunités existent encore en Chine Nikkei Chinese

Président d’Itochu Corporation : des opportunités existent encore en Chine Nikkei Chinese

by Clara Dubois

Publié le 31 décembre 2025 à 02h17. Dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes et de ralentissement économique chinois, Masahiro Okafuji, PDG d’Itochu Corporation, appelle les entreprises japonaises à la prudence et à l’adaptation, tout en soulignant des opportunités persistantes sur le marché chinois.

  • Le marché immobilier chinois reste fragile et pèsera sur la croissance économique du pays jusqu’en 2026, selon le PDG d’Itochu.
  • Malgré les tensions sino-japonaises, des opportunités demeurent en Chine, notamment dans les secteurs de la restauration et du sport.
  • Itochu prévoit de maintenir sa position de leader en termes de bénéfices nets pour les exercices 2025 et 2026, avec un objectif de 900 milliards de yens (environ 5,7 milliards d’euros).

Les récentes déclarations du Premier ministre japonais Sanae Takaichi concernant Taïwan ont exacerbé les tensions avec la Chine. Face à cette situation délicate, conjuguée à la crise immobilière chinoise et à la rivalité sino-américaine, comment les entreprises japonaises doivent-elles naviguer ? Le Nihon Keizai Shimbun s’est entretenu avec Masahiro Okafuji, président-directeur général d’Itochu Corporation, un acteur majeur du commerce international particulièrement bien informé des réalités économiques chinoises.

Selon M. Okafuji, l’ajustement du marché immobilier chinois est loin d’être terminé et continuera d’affecter l’économie du pays au moins jusqu’en 2026. Il observe une diminution des perspectives de gains liés à l’investissement immobilier et une baisse de la consommation intérieure. Bien que le gouvernement chinois tente de stimuler la croissance en investissant dans les infrastructures et les technologies de pointe, telles que l’intelligence artificielle (IA), ces efforts ne suffisent pas à compenser les difficultés. « Le rôle normal de l’économie de marché ne semble pas jouer pleinement son rôle », a-t-il déclaré.

Le ralentissement de la croissance chinoise rend également plus visibles les risques économiques, ce qui conduit à un renforcement du contrôle des agences de sécurité nationale. Cette situation pourrait accélérer le désengagement des entreprises japonaises de Chine. M. Okafuji relève que la pause temporaire dans la guerre commerciale sino-américaine, notamment sur la question des droits de douane, s’accompagne d’une attitude plus ferme de la Chine à l’égard du Japon.

Interrogé sur la stratégie à adopter par les entreprises japonaises, M. Okafuji insiste sur la nécessité d’une gestion rigoureuse des risques, tout en soulignant que des opportunités subsistent. Il cite l’exemple des chaînes de restauration qui, en adaptant leurs prix et leur offre de qualité au marché japonais, ont réussi à s’implanter en Chine, un pays où les signes de déflation se multiplient. « Même si la confrontation entre le Japon et la Chine constitue un facteur négatif, les biens et services prisés par les consommateurs chinois ont encore un potentiel de croissance », a-t-il affirmé.

Itochu entend notamment développer ses ventes de vêtements de sport via sa filiale DESCENTE, profitant de l’engouement chinois pour le sport. De plus, CITIC, la société dans laquelle Itochu a investi, affiche de bons résultats et augmente ses dividendes.

M. Okafuji attire également l’attention sur le potentiel des entreprises et des produits chinois. Il met en avant l’excellence scientifique et technique de la Chine, citant l’exemple de son robot humanoïde qui a établi un record mondial de distance parcourue. « Ces robots pourraient être utiles au Japon, confronté à une pénurie de main-d’œuvre, non seulement dans la logistique, la restauration et les supérettes, mais aussi dans des domaines tels que la lutte contre les incendies », a-t-il précisé. Il souligne également la compétitivité des véhicules électriques (VE) de BYD et des montres intelligentes de Huawei, qui offrent un bon rapport qualité-prix.

Cependant, il met en garde contre les préjugés des consommateurs japonais à l’égard des produits chinois, notamment en matière de gestion et de sécurité des données. Il estime que les sociétés de commerce général, comme Itochu, peuvent jouer un rôle clé en facilitant l’accès au marché chinois et en rassurant les consommateurs. Il tempère toutefois son optimisme en ce qui concerne les technologies de pointe sensibles pour les États-Unis (semi-conducteurs, etc.), qu’il juge risquées.

Concernant les perspectives d’Itochu, M. Okafuji se montre confiant. Il prévoit que le bénéfice net consolidé pour l’exercice 2025 (se terminant en mars 2026) permettra à l’entreprise de conserver la première place parmi les sociétés de commerce général, et qu’elle maintiendra cette position pour l’exercice 2026 (se terminant en mars 2027), avec un objectif de 900 milliards de yens (environ 5,7 milliards d’euros). « Je continuerai à travailler d’arrache-pied tant que ma force physique et mon énergie me le permettront », a-t-il déclaré, précisant qu’il y a actuellement cinq candidats potentiels pour lui succéder.

Shin Watanabe, correspondant du Nihon Keizai Shimbun (édition chinoise : site web chinois Nikkei)

Masahiro Okafuji : Après avoir obtenu un diplôme en économie de l’Université de Tokyo en 1974, il rejoint Itochu Corporation. Il a été impliqué de longue date dans le secteur textile et a occupé les fonctions de directeur exécutif et de vice-président. Il est président depuis 2010 et président-directeur général depuis 2018. Né dans la préfecture d’Osaka, il a 76 ans.

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