Publié le 29 août 2024. Face au vieillissement démographique et à la diminution des effectifs dans la recherche, le Japon voit son infrastructure scientifique menacée. La bourse de recherche pour jeunes scientifiques (JSPS), autrefois une opportunité incontournable, peine désormais à attirer et retenir les talents, exacerbant les inégalités et l’incertitude quant à l’avenir des doctorants.
- Le taux d’acceptation des bourses doctorales de la JSPS a chuté, passant de 20 % à environ 15 %, voire moins dans certaines disciplines.
- Le nombre d’inscriptions en doctorat diminue régulièrement depuis le début des années 2000, reflétant un désintérêt croissant et des perspectives d’emploi incertaines.
- De nouveaux programmes de financement, comme SPRING, tentent de compléter le soutien de la JSPS, mais leur efficacité et leur pérennité restent à démontrer.
La bourse de recherche pour jeunes scientifiques de la Société japonaise pour la promotion de la science (JSPS), connue sous le nom de Gakushin (avec les catégories DC1, DC2 et PD), a longtemps été considérée comme un tremplin essentiel pour les jeunes chercheurs japonais. Les lauréats bénéficient d’une allocation mensuelle d’environ 200 000 yens (environ 1 300 USD) et d’une subvention de recherche annuelle pouvant atteindre 1,5 million de yens (environ 10 000 USD). Dans un contexte où les universités japonaises offrent rarement des salaires à leurs doctorants, cette bourse représente une source de financement stable et une étape cruciale dans la carrière académique.
Cependant, la compétition pour ces bourses limitées est féroce, et le taux d’acceptation a considérablement baissé ces dernières années. En sociologie, par exemple, le taux d’acceptation des candidatures DC1 est tombé à moins de 9 %. Cette situation crée un fossé grandissant entre ceux qui obtiennent la bourse et ceux qui sont rejetés, renforçant le sentiment que poursuivre un doctorat au Japon est un pari risqué. Pour beaucoup d’étudiants, l’issue de leur candidature à la JSPS détermine désormais leur avenir professionnel.
Cette précarité est liée à des tendances structurelles profondes. Les inscriptions annuelles en doctorat, qui avaient culminé à plus de 18 000 au début des années 2000, sont tombées à environ 15 000. Cette baisse s’explique en partie par la conviction que l’obtention d’un doctorat ne garantit plus un emploi stable. Une étude récente du Yomiuri Shimbun confirme cette tendance, soulignant les difficultés rencontrées par les jeunes docteurs sur le marché du travail.
« Obtenir un doctorat signifie souvent s’engager dans un cheminement de carrière défini davantage par l’incertitude que par l’opportunité. »
Le marché du travail postdoctorat ne facilite pas les choses. Bien que la JSPS propose également des bourses pour les chercheurs postdoctoraux, les taux d’acceptation sont encore plus faibles. De nombreux bénéficiaires peinent à obtenir un poste permanent après la fin de leur bourse, contraints d’accepter des contrats à durée déterminée ou de cumuler des emplois précaires dans plusieurs universités. La fusion ou la réduction des effectifs des universités, conséquence du déclin démographique, aggrave encore la situation, réduisant à la fois les opportunités de recherche et d’enseignement.
Pour pallier ces difficultés, le ministère de l’Éducation a lancé en 2021 le programme SPRING (Support for Pioneering Research Initiated by the Next Generation). Ce programme offre une aide financière d’environ 2 millions de yens par an (environ 13 000 USD) et propose des activités de développement de carrière, telles que des collaborations avec l’industrie et des opportunités de reconversion professionnelle. Contrairement à la JSPS, SPRING alloue des fonds directement aux universités, ce qui permet de toucher un public plus large.
SPRING a contribué à atténuer le caractère « tout ou rien » du financement de la JSPS, mais son orientation vers l’employabilité et la transition de carrière, plutôt que vers le soutien pur à la recherche, suscite des interrogations. Sa viabilité budgétaire à long terme reste également incertaine, et sa mise en œuvre varie considérablement d’une université à l’autre. De plus, la réforme proposée visant à limiter l’accès aux bourses SPRING aux ressortissants japonais a été critiquée pour son potentiel à décourager les étudiants internationaux, notamment chinois, et à nuire aux objectifs d’internationalisation du Japon.
Bien que d’autres bourses soient proposées par des fondations privées ou des universités, elles sont généralement de moindre envergure et ne peuvent pas remplacer la JSPS en tant que principal pilier du financement doctoral. Pour la plupart des doctorants, l’obtention d’une de ces bourses limitées reste donc un facteur déterminant dans la poursuite de leurs études.
Comparé à d’autres pays, comme les États-Unis ou l’Allemagne, où les doctorants sont généralement employés par les universités ou les projets de recherche et perçoivent un salaire, le système japonais se distingue par sa fragilité financière et ses perspectives de carrière incertaines. Le ministère de l’Éducation japonais reconnaît que les doctorants doivent être considérés non seulement comme des étudiants, mais aussi comme des membres à part entière du personnel de recherche.
Au Japon, les doctorants sont encore souvent traités comme des étudiants, dépendants de bourses compétitives plutôt que de salaires. Sans un tel financement, poursuivre un programme de doctorat peut être financièrement impossible. Les frais de scolarité constituent également un obstacle, car les dispenses sont souvent conditionnées par le revenu, excluant ainsi les étudiants issus de la classe moyenne – le « milieu manquant » – de la plupart des formes d’aide.
Dans ce contexte, la bourse JSPS incarne à la fois l’espoir et la fragilité du système universitaire japonais. Elle offre une indépendance et une liberté de recherche rares à ceux qui la reçoivent, mais constitue un revers majeur pour ceux qui sont rejetés, pouvant mettre un terme à leurs aspirations en matière de recherche. Les programmes plus récents, comme SPRING, représentent des avancées importantes, mais n’ont pas encore établi une base stable et équitable pour la formation doctorale.
Tant que poursuivre un doctorat au Japon continuera d’être perçu comme un pari personnel plutôt qu’un investissement de carrière viable, la base de recherche du pays restera sur un terrain instable. La JSPS est donc à la fois un phare d’aspiration et un miroir reflétant les vulnérabilités structurelles du monde universitaire japonais.
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