Home AffairesProjet de centre de données Microsoft : l’enquête publique a débuté, les opposants s’organisent à Petit-Landau

Projet de centre de données Microsoft : l’enquête publique a débuté, les opposants s’organisent à Petit-Landau

by Amélie Bernard
Un investissement de 2 milliards d'euros et un calendrier serré

L’enquête publique sur le projet de centre de données de Microsoft à Petit-Landau et Hombourg a débuté le 1er juin 2026. Ce site, doté d’un investissement de 2 milliards d’euros, suscite une vive opposition locale centrée sur sa consommation énergétique massive et l’artificialisation de terrains agricoles sensibles dans le Haut-Rhin.

Un investissement de 2 milliards d’euros et un calendrier serré

Un investissement de 2 milliards d'euros et un calendrier serré
Photo: ici.fr
Le projet porté par le géant américain ne se limite pas à un simple bâtiment, mais s’inscrit dans une stratégie d’expansion massive de l’intelligence artificielle générative. Selon ici.fr, Microsoft prévoit d’injecter 2 milliards d’euros dans le Sud Alsace, un montant qui représente la moitié d’un investissement global de 4 milliards d’euros annoncé pour la France en mai 2024. Le calendrier est ambitieux. Le chantier devrait être lancé au début de l’année 2027. Un premier bâtiment entrerait en service en 2030, pour une mise en exploitation totale du site prévue en 2032. Cette accélération intervient alors que la course à l’IA s’intensifie, comme en témoigne l’annonce concomitante de SoftBank d’investir 75 milliards d’euros dans les infrastructures d’IA en France.

La bataille de l’électricité : 1 750 GWh en jeu

La bataille de l'électricité : 1 750 GWh en jeu
Photo: Rue89 Strasbourg
Le point de friction majeur reste l’appétit énergétique du futur centre. La Mission régionale d’autorité environnementale (MRAe) du Grand Est a déjà pointé une consommation dépassant les 1 500 GWh. Toutefois, les calculs de l’association Alter Alsace Énergies, relayés par Rue89 Strasbourg, sont plus alarmants : la consommation annuelle pourrait atteindre 1 750 GWh. Pour donner une échelle concrète, ce mastodonte consommerait l’équivalent de 80 % de l’électricité utilisée par les ménages du Haut-Rhin. L’inquiétude principale porte sur l’origine de cette énergie. Les opposants craignent que la production de la centrale hydroélectrique d’Ottmarsheim ne soit accaparée par Microsoft, privant la population locale d’une électricité bas carbone et à moindre coût. “en principe, il la cherche en proximité du secteur concerné. On peut supposer que les centrales hydrauliques sur le Rhin, plutôt que de servir à la population locale, vont servir à Microsoft” Michèle Grosjean, présidente d’Alsace Nature, via ici.fr

L’artificialisation de 40 hectares de terres sensibles

Centre de données Microsoft YBQ 06, Charny, QC
Le choix du site, situé entre Petit-Landau et Hombourg, fragilise des zones écologiques critiques. Les sources divergent légèrement sur la surface exacte : L’Alterpresse68 mentionne 36 hectares, tandis que d’autres estimations parlent de 40 hectares. Dans tous les cas, le projet grignote des terres agricoles, dont 10 hectares sont cultivés en agriculture biologique. L’implantation se fait dans l’ancien lit majeur du Rhin, une zone particulièrement vulnérable. Le site se trouve à proximité immédiate de :
  • Des zones classées Natura 2000.
  • Des périmètres Ramsar (zones humides d’importance internationale).
  • Des zones ZNIEFF (zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique).
Pour les militants, ajouter un kilomètre d’urbanisation linéaire dans un espace déjà saturé par les infrastructures rhénanes est une erreur stratégique et écologique.

Le risque thermique et le “dôme de chaleur”

Le risque thermique et le "dôme de chaleur"
Photo: L'Alterpresse68
Au-delà de l’énergie consommée, c’est l’énergie rejetée qui inquiète. Le refroidissement des serveurs génère une chaleur massive qui, selon les opposants, ne sera pas récupérée pour chauffer des industries ou des collectivités voisines. L’Alsace rapporte que cette dissipation thermique pourrait modifier le microclimat local. “cette consommation de chaleur va partir dans les airs et créera une différence de température, à la fois pour les habitants du territoire mais aussi pour la forêt, puisqu’il y aura vraiment un dôme de chaleur complémentaire de 2 à 3 degrés” Michèle Grosjean, présidente d’Alsace Nature, via ici.fr L’impact environnemental s’étend également à la gestion de l’eau. Les documents du projet évoquent une consommation annuelle d’environ 5 000 m3 et une charge initiale de 800 m3, mais les associations dénoncent un manque de transparence sur les circuits de refroidissement et les risques de pertes de glycol.

Une mobilisation qui dépasse les frontières alsaciennes

Le projet a cristallisé une opposition structurée autour d’Alsace Nature et d’Alter Alsace Énergies, mais le mouvement s’internationalise. Des représentants allemands, dont Frauke Buende de l’ONG NABU et Stephan Auchter, directeur du Bund du Bade-Wurtemberg, ont apporté leur soutien aux militants lors d’une conférence de presse le 3 juin. Cette solidarité transfrontalière souligne une tendance globale : la multiplication des centres de données suscite une colère croissante, notamment aux États-Unis, où les habitants demandent une réglementation plus stricte face aux nuisances sonores, à la pollution de l’air et à la consommation d’eau. L’enquête publique, ouverte jusqu’au 3 juillet, est désormais le terrain d’un bras de fer. Les opposants ne demandent pas seulement des ajustements, mais un moratoire immédiat et une transparence totale sur les enjeux de souveraineté et de protection des données. Une manifestation est d’ores et déjà organisée pour le 22 juin afin de transformer l’inquiétude citoyenne en pression politique.

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