La Corée du Sud affiche l’un des taux d’utilisation d’antibiotiques les plus élevés de l’OCDE, malgré les risques croissants de résistance et d’effets indésirables. Une méconnaissance persistante quant à leur efficacité réelle, notamment face aux rhumes et aux infections virales, contribue à cette situation préoccupante.
Selon l’Agence coréenne de contrôle et de prévention des maladies (KDCA), la consommation quotidienne d’antibiotiques en Corée était de 31,8 pour 1 000 habitants en 2023. Ce chiffre place le pays au deuxième rang des nations de l’Organisation de coopération et de développement économiques, juste derrière la Turquie (41,1) et bien au-dessus de la moyenne de l’OCDE, qui s’établit à 19,5.
L’utilisation excessive ou inappropriée d’antibiotiques favorise l’émergence de bactéries résistantes, réduisant l’efficacité des traitements et augmentant le risque de complications graves, voire de décès. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a d’ailleurs identifié la résistance aux antibiotiques comme l’une des dix principales menaces pour la santé mondiale en 2019. Des projections alarmantes estiment que, si les pratiques actuelles se maintiennent, le nombre de décès liés à la résistance aux antibiotiques pourrait atteindre 8,22 millions par an à l’échelle mondiale d’ici 2050.
Un facteur majeur de cette situation est le manque d’information du public. Une enquête récente de la KDCA révèle que 72 % des Coréens pensent à tort que les antibiotiques sont efficaces contre le rhume. Cette perception erronée se reflète également dans la pratique médicale : 20,8 % des médecins reconnaissent prescrire des antibiotiques dans des cas où ils ne sont pas nécessaires, souvent sous la pression des patients (30,4 %) ou par crainte d’une aggravation de leur état (24 %).
« Demander des antibiotiques à un médecin ou interrompre un traitement prescrit est une mauvaise utilisation de ces médicaments », souligne la professeure Moon Song-mi, spécialiste des maladies infectieuses à l’hôpital Bundang de l’Université nationale de Séoul. « Le choix de l’antibiotique approprié doit être effectué par un professionnel de santé en fonction des symptômes et de l’évolution de la maladie. Il est donc fortement déconseillé de s’auto-médicamenter avec des antibiotiques déjà utilisés. »
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