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Quatre-vingts ans de terreur nucléaire

by Clara Dubois

La menace d’une guerre nucléaire, latente depuis les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki en août 1945, s’intensifie. Alors que les arsenaux s’étoffent et les tensions internationales s’exacerbent, le mouvement pour le désarmement nucléaire doit se réveiller pour éviter un désastre.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la logique implacable de la dissuasion nucléaire a conduit les grandes puissances à accumuler des quantités colossales d’armes atomiques. Les deux bombes larguées sur le Japon ont fait entre 110 000 et 210 000 victimes, principalement civiles. Les essais nucléaires qui ont suivi ont causé la mort de centaines de milliers de personnes supplémentaires à travers le monde, sans compter les victimes de l’extraction de l’uranium.

Malgré la prise de conscience du danger, les gouvernements ont privilégié la sécurité nationale, estimant que la puissance militaire restait primordiale dans un monde instable. Cette course aux armements a conduit à plusieurs crises, notamment lors de la crise des missiles de Cuba en 1963, de la guerre israélo-arabe d’octobre 1973, et à d’autres moments de forte tension.

Face à cette menace, une forte opposition populaire s’est manifestée. Des organisations telles que le Comité national pour une politique nucléaire sensée aux États-Unis et la Campagne pour le désarmement nucléaire au Royaume-Uni ont fait pression pour le contrôle et le désarmement des armes nucléaires. Ces efforts ont abouti à des premiers succès, comme l’arrêt des essais nucléaires en 1958 et la signature du Traité d’interdiction partielle des essais nucléaires en 1963.

Dans les années 1980, un nouveau mouvement populaire a contribué à inverser la tendance à la course aux armements, entraînant une réduction significative des arsenaux nucléaires mondiaux : d’environ 70 000 en 1986 à environ 12 240 en 2025. En 2009, les dirigeants des grandes puissances nucléaires ont même appelé à la construction d’un monde sans armes nucléaires lors d’une réunion extraordinaire du Conseil de sécurité de l’ONU.

Cependant, ces avancées sont aujourd’hui menacées. L’affaiblissement du mouvement populaire et la montée des conflits internationaux ont relancé la course aux armements. Selon des experts de la Federation of American Scientists, tous les pays dotés de l’arme nucléaire améliorent leurs systèmes d’armes, et certains augmentent même leurs arsenaux. Parmi les nouvelles armes en développement figurent des missiles de croisière à longue portée, des torpilles nucléaires sous-marines autonomes, des planeurs hypersoniques et des armes nucléaires spatiales.

Le coût financier de cette modernisation nucléaire est colossal. Les États-Unis prévoient de dépenser plus de 1 700 milliards de dollars (1,7 trillion) dans ce domaine. Parallèlement, les grandes puissances nucléaires se retirent des principaux traités de contrôle des armements, comme le traité START, qui prendra fin en février 2026.

La situation est d’autant plus préoccupante que des menaces publiques de guerre nucléaire ont été proférées par les gouvernements de Corée du Nord, des États-Unis et de Russie. Fin 2024, la Russie a même annoncé avoir abaissé le seuil d’utilisation de ses armes nucléaires.

En réponse à ces développements alarmants, l’Horloge apocalyptique du Bulletin des scientifiques atomiques a été fixée à 89 secondes avant minuit, son niveau le plus dangereux depuis sa création en 1947.

L’histoire depuis 1945 montre qu’une catastrophe nucléaire peut être évitée. Pour cela, il est impératif de relancer la pression publique en faveur du désarmement, en exigeant un arrêt de la course aux armements et des mesures concrètes de contrôle et de désarmement. Il est également crucial de renforcer les institutions internationales, comme l’ONU, afin de résoudre pacifiquement les conflits et de saper la croyance selon laquelle les armes nucléaires sont indispensables à la sécurité nationale.

Le mouvement pourrait également se concentrer sur la promotion du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, adopté en 2017 et entré en vigueur en 2021. Signé par 94 nations et ratifié par 73, ce traité offre un cadre pour un monde sans armes nucléaires. Bien qu’aucune des puissances nucléaires ne l’ait encore signé, une pression populaire accrue et une sécurité internationale renforcée pourraient les inciter à le faire. La survie de l’humanité en dépend.

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