Publié le 11 octobre 2024 03:59:00. De plus en plus de Néerlandais se tournent vers des thérapies alternatives comme la chiropractie, malgré des risques potentiels pour la santé et un manque de preuves scientifiques de leur efficacité. Cette popularité croissante soulève des questions sur le rôle des assureurs maladie dans la légitimation de ces pratiques.
- Environ un quart des Néerlandais disposent d’une assurance complémentaire couvrant les médecines alternatives.
- La moitié des patients traités par un chiropracteur subissent des dommages physiques, et dans certains cas, des complications graves, voire mortelles, peuvent survenir.
- Les assureurs maladie sont critiqués pour leur contribution à la légitimation de pratiques inefficaces et potentiellement dangereuses en les incluant dans leurs offres d’assurance complémentaire.
Le nombre de personnes consultant un chiropracteur pour des problèmes de cou ou de dos est en augmentation aux Pays-Bas. Bien qu’il soit difficile d’obtenir des chiffres précis, on estime qu’il y a plus de 300 chiropracteurs actifs dans le pays, réalisant environ un million de traitements par an. Au cours des cinq dernières années, leur nombre a augmenté de 45 %. À titre de comparaison, aux États-Unis, environ 11 % des adultes consultent un chiropracteur chaque année.
La chiropratique, comme d’autres thérapies alternatives, n’est pas sans risque. Les données disponibles indiquent que la moitié des personnes traitées par un chiropracteur subissent des dommages physiques. Dans des cas rares mais graves, des manipulations cervicales peuvent entraîner une compression de l’artère carotide, pouvant provoquer un accident vasculaire cérébral ou un infarctus, avec des conséquences potentiellement fatales.
Malgré ces dangers, la popularité des thérapies alternatives reste forte aux Pays-Bas. Les dépenses annuelles des Néerlandais dans ces pratiques s’élèvent à un demi-milliard d’euros. Le pays compte plus de 20 000 praticiens de différentes disciplines alternatives, et le nombre de professeurs de yoga a connu une augmentation significative ces dernières années.
Selon une enquête menée en 2018, 11 % des adultes néerlandais ont consulté un guérisseur alternatif au cours de l’année précédente. Entre 2013 et 2018, un adulte sur cinq a eu recours à ces thérapies. Outre les chiropracteurs, les ostéopathes et les acupuncteurs sont les praticiens les plus consultés.
Les femmes, les personnes âgées de 15 à 65 ans et les individus ayant un niveau d’éducation élevé sont plus susceptibles de consulter des praticiens alternatifs. En revanche, les personnes d’origine non occidentale le font moins fréquemment. Les utilisateurs expriment généralement un haut niveau de satisfaction, ce qui pourrait s’expliquer par le temps plus important consacré par les praticiens à leurs patients, leur écoute attentive et la création d’attentes positives quant à la résolution de leurs problèmes de santé. Un quart des Néerlandais accordent même autant d’importance aux médecines alternatives qu’aux soins de santé conventionnels, une tendance particulièrement marquée chez les femmes et les personnes âgées de 15 à 65 ans.
Il est frappant de constater que parmi les adultes qui n’ont pas consulté un guérisseur alternatif, seuls 15 % invoquent une plus grande confiance dans les soins de santé réguliers. Seulement 11 % ne croient pas à l’efficacité des médecines alternatives, ce qui révèle un manque de connaissances significatif sur le sujet.
Ce manque de connaissances est alimenté par les fausses attentes créées par les praticiens alternatifs, qui s’appuient souvent sur des recherches douteuses et pseudo-scientifiques pour prouver l’efficacité de leurs traitements. Les mentions telles que « allégation de santé en attente d’approbation européenne » dans les publicités de certains produits homéopathiques renforcent l’impression que l’approbation officielle du remède est imminente.
Le rôle des assureurs maladie dans la légitimation de ces pratiques est également remis en question. Presque toutes les compagnies d’assurance proposent une assurance complémentaire couvrant les médecines alternatives. Une enquête réalisée par l’émission de télévision Radar a révélé qu’en 2021, près d’un quart des Néerlandais disposaient d’une telle assurance.
Pour être remboursés par l’assurance maladie de base, les traitements doivent être basés sur « l’état de la science et de la pratique » et faire partie des soins habituels. Les nouveaux médicaments ne sont inclus dans le remboursement que s’ils ont prouvé leur efficacité et si leur prix est proportionnel aux bénéfices pour la santé qu’ils apportent. Ce n’est que si un traitement est efficace qu’il est inclus dans le forfait de base et que l’assurance maladie peut le rembourser.
Cette exigence ne s’applique pas à l’assurance maladie complémentaire, et cette différence n’est pas toujours claire pour les assurés, qui peuvent penser que le remboursement par l’assurance implique une validation de l’efficacité du traitement. En proposant ces assurances complémentaires, les assureurs maladie légitiment ainsi des soins dont l’efficacité n’est pas prouvée et qui peuvent être dangereux, contribuant ainsi à des dommages sanitaires parfois graves.
Les assurances complémentaires encouragent également le recours aux médecines alternatives, car la couverture totale ou partielle des frais abaisse le seuil pour y avoir recours. Les assureurs maladie encouragent ainsi des pratiques comme la chiropractie, qui sont potentiellement dangereuses et néfastes pour la santé, ce qui entraîne des coûts plus élevés pour les soins réguliers et des primes d’assurance inutilement élevées pour l’assurance de base obligatoire.
En décembre, les Néerlandais auront la possibilité de changer d’assurance (complémentaire). D’ici là, les compagnies d’assurance feront tout leur possible pour convaincre les citoyens de souscrire une assurance maladie complémentaire auprès d’elles. Il est impératif qu’elles soient honnêtes et indiquent clairement que les méthodes de traitement alternatives ne sont pas efficaces (prouvées) et que les gens ne devraient pas s’adresser à un praticien alternatif.
Les charlatans ne devraient pas être légitimés par les assureurs maladie. Même si les assureurs-maladie tirent profit de la vente d’assurances complémentaires, ils ont également une responsabilité sociale d’empêcher leurs assurés de recourir à des soins inutiles et inefficaces, qui peuvent également être néfastes et entraîner des coûts plus élevés pour tous les assurés. Les compagnies d’assurance devraient donc décider ensemble de cesser de proposer une assurance complémentaire pour les méthodes de traitement alternatives.
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