L’opération militaire américaine qui a conduit à la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro divise profondément l’opinion publique aux États-Unis, selon plusieurs sondages récents. Si l’intervention a été saluée par une majorité de Républicains, elle suscite de vives inquiétudes quant à l’engagement croissant des États-Unis au Venezuela et à la légalité de cette action.
Un sondage Reuters/Ipsos, mené dimanche et lundi, révèle qu’environ un tiers des Américains soutiennent l’opération. 72 % des personnes interrogées craignent que les États-Unis ne s’impliquent excessivement dans la crise vénézuélienne. Les clivages politiques sont particulièrement marqués : 65 % des Républicains approuvent l’intervention, contre seulement 11 % des Démocrates et 23 % des indépendants.
Un autre sondage, réalisé par YouGov dans les 48 heures suivant la capture de Maduro, confirme cette tendance. 66 % des répondants Républicains se disent favorables à l’utilisation de la force militaire, contre 14 % des Démocrates et 27 % des indépendants. Au total, 36 % des adultes américains approuvent l’opération, tandis que 39 % s’y opposent et 25 % se déclarent indécis.
L’impact potentiel de cette intervention sur la situation au Venezuela est également source de désaccord. 34 % des Américains estiment qu’elle améliorera la situation, tandis que 35 % craignent qu’elle ne l’aggrave.
L’opération, la plus importante de ce type en Amérique latine depuis l’invasion du Panama en 1989, a pris de court les législateurs et l’opinion publique. L’administration Trump la présente comme une victoire, mais elle a suscité des réactions négatives à l’échelle internationale. Un porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a déclaré mardi que l’opération avait rendu « tous les États moins sûrs dans le monde ».
Plusieurs élus Démocrates ont même appelé à la mise en accusation du président Donald Trump, dénonçant un dépassement de ses prérogatives. Ils critiquent notamment sa déclaration selon laquelle les États-Unis « dirigeraient le pays » jusqu’à une « transition appropriée et judicieuse » du pouvoir. Sa décision de désigner Delcy Rodríguez, ancienne vice-présidente du Venezuela sous Maduro (2018), comme candidate probable pour prendre la direction du pays, tout en prenant ses distances avec la leader de l’opposition Maria Corina Machado, a également été vivement critiquée.
Rodríguez a officiellement prêté serment lundi en tant que présidente par intérim du Venezuela.
Un sondage du Washington Post, réalisé par SMS auprès de plus de 1 000 Américains, donne des résultats similaires : environ 40 % approuvent l’utilisation de la force militaire, contre 42 % qui s’y opposent et 18 % qui ne savent pas quoi penser. Les résultats varient également en fonction de l’affiliation politique : 74 % des Républicains approuvent, contre 13 % des Démocrates et 34 % des indépendants.
Une majorité d’Américains (63 %) estime que l’opération aurait dû être approuvée par le Congrès, selon le sondage du Post. Cette opinion est également divisée selon les partis : seulement 24 % des Républicains pensent que l’administration Trump aurait dû obtenir l’approbation du Congrès, contre 94 % des Démocrates et 70 % des indépendants.
La représentante April McClain Delaney (Maryland) a déclaré dans un communiqué lundi : « Je ne peux pas rester les bras croisés alors que mes collègues Républicains permettent au président Trump de défier l’État de droit, d’outrepasser à plusieurs reprises l’autorité du Congrès et de porter atteinte à notre sécurité nationale et au bien-être de mes compatriotes américains. Au cours du week-end, nous avons vu le président – sans autorisation ni approbation du Congrès, comme l’exige notre Constitution – lancer une attaque contre le Venezuela et exprimer son intention de « diriger » le pays. »
Environ la moitié des Américains interrogés estiment que Maduro devrait être jugé pour trafic de drogue. Maduro a plaidé non coupable lundi des accusations de narcoterrorisme et de complot en vue d’importer de la cocaïne devant un tribunal de New York, se qualifiant d’« homme honnête » et de « prisonnier de guerre ». Sa prochaine comparution est prévue le 17 mars.
