Home MondeQue sait-on des prétendus « safaris humains » pendant la guerre en Bosnie sur lesquels l’Italie enquête ?

Que sait-on des prétendus « safaris humains » pendant la guerre en Bosnie sur lesquels l’Italie enquête ?

by Clara Dubois

Publié le 15 novembre 2023 14h30. Une enquête a été ouverte en Italie sur des allégations macabres de « safaris humains » organisés pendant le siège de Sarajevo, où des civils auraient été pris pour cible par des touristes fortunés en échange de sommes considérables.

  • Le parquet de Milan enquête sur des citoyens, principalement italiens, soupçonnés d’avoir payé pour participer à des voyages en Bosnie afin de tirer sur des civils.
  • Ces faits se seraient produits entre 1992 et 1996, pendant le siège de Sarajevo, le plus long de l’histoire moderne.
  • L’enquête a été déclenchée par une plainte de l’écrivain italien Ezio Gavazzeni, qui évoque une grille tarifaire en fonction du type de victime.

Trente ans après les événements, le scandale des prétendus « touristes de guerre » à Sarajevo refait surface en Italie. Le parquet de Milan a ouvert mercredi 12 novembre une enquête pour « homicide volontaire aggravé » contre inconnu, visant à identifier les personnes impliquées dans ces actes présumés.

Selon les plaintes et les témoignages examinés par la justice italienne, notamment grâce à l’enquête menée par l’écrivain Ezio Gavazzeni, des individus fortunés originaires d’Occident auraient déboursé des sommes importantes pour « chasser » des civils pendant le siège de Sarajevo. La ville, encerclée par les forces serbes de Bosnie suite à la déclaration d’indépendance de la Bosnie-Herzégovine en avril 1992, était plongée dans un chaos et une violence extrême.

Des citoyens italiens, ainsi que d’autres nationalités occidentales, souvent passionnés d’armes ou affiliés à des mouvements d’extrême droite, se réunissaient dans la ville de Trieste, point de passage vers l’ex-Yougoslavie. Ils participaient ensuite à ces « safaris humains », consistant à « chasser » des civils sans défense pour le simple plaisir, selon le quotidien italien La Repubblica.

Les participants prenaient l’avion avec la compagnie Aviogenex vers les collines entourant Sarajevo, où ils versaient aux milices serbes de Bosnie, fidèles au président Radovan Karadzic, de l’argent pour leur permettre de tirer sur des civils. Le coût de ces expéditions macabres atteignait l’équivalent de 100 000 euros (environ 116 400 dollars) par jour, d’après La Repubblica.

Ezio Gavazzeni, l’écrivain à l’origine de la plainte, a révélé dans une interview que les participants recevaient une véritable « grille de prix » en fonction du type de meurtre commis, les enfants étant les victimes les plus coûteuses. Il estime qu’il y avait « au moins une centaine » de ces « tireurs d’élite du week-end » italiens, tandis que le journal Il Giornale évoque au moins 200 Italiens et la présence de participants d’autres pays.

Après avoir assouvi leur macabre penchant, ces individus retournaient à leur vie quotidienne. Gavazzeni décrit leurs actions comme « l’indifférence du mal ».

L’ouverture de cette enquête en Italie fait suite à une plainte déposée par Gavazzeni et les avocats Nicola Brigida et Guido Salvini. Nicola Brigida a expliqué à l’agence EFE que la documentation fournie contient des preuves permettant d’ouvrir l’enquête et révèle que des citoyens italiens se rendaient à Sarajevo via Trieste pour tuer les habitants assiégés.

La plainte, à l’instar de l’enquête du parquet, ne mentionne pas de noms, mais se concentre sur la révélation des voyages et la présentation de documents censés prouver leur organisation, ainsi que des témoignages de militaires ou de services de renseignement. « Nous avons inclus des éléments qui pourraient permettre l’identification des personnes qui ont commis ces crimes monstrueux », a ajouté l’avocat italien.

Les prétendus « safaris humains » avaient déjà été dénoncés par le passé. En 2022, le documentaire « Sarajevo Safari » du réalisateur slovène Miran Zupancic affirmait que les tireurs d’élite venaient d’Italie, des États-Unis ou de Russie, sans toutefois citer de noms précis. Ce documentaire avait conduit Bengamina Karic, alors maire de Sarajevo, à porter plainte auprès du parquet de Bosnie-Herzégovine, qui s’était déclaré ouvert à l’analyse du dossier. L’ancien maire avait également contacté Ezio Gavazzeni pour collaborer sur le dossier.

Suite à l’annonce de l’ouverture de l’enquête en Italie, le témoignage d’Edin Subasic, ancien militaire et agent de renseignement de l’armée bosnienne, a corroboré les allégations des plaignants. Euronews rapporte que Subasic a déclaré : « L’aspect le plus morbide du ‘safari de Sarajevo’ était qu’il y avait une taxe sur le montant qu’un chasseur du week-end devait payer aux membres de l’armée de la Republika Srpska (Serbes de Bosnie) à Grbavica pour tirer sur des civils : adultes, femmes, enfants, femmes enceintes, soldats. »

L’ancien militaire a souligné que certains des participants à ces prétendus safaris étaient décédés, mais que d’autres étaient encore jeunes et « à la portée de la justice ». Selon les chiffres officiels, le siège de Sarajevo a causé la mort de plus de 11 500 personnes et fait plus de 50 000 blessés, victimes des forces serbes de Bosnie.

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