Publié le 24 octobre 2025 08:30:00. Un coup d’État militaire a renversé le gouvernement malgache, plongeant l’île dans une nouvelle période d’instabilité politique et attirant l’attention sur sa position stratégique convoitée dans un contexte de rivalités croissantes en Indo-Pacifique.
- Madagascar est désormais dirigée par une junte militaire suite à des manifestations populaires et au renversement d’Andry Rajoelina.
- La situation géostratégique de l’île, riche en ressources naturelles, attire les convoitises des grandes puissances mondiales.
- L’Union africaine a suspendu Madagascar, mais l’efficacité de cette mesure est remise en question.
Après des décennies de relative stabilité, Madagascar est à nouveau secouée par une crise politique majeure. Le renversement du président Andry Rajoelina par un coup d’État militaire, consécutif à des protestations de grande ampleur, marque le début d’une nouvelle ère incertaine pour cette nation insulaire de l’océan Indien. Le colonel Michael Randrianirina, à l’origine du coup d’État, a été investi en tant que nouveau président, mais cette transition politique a déjà entraîné la suspension de Madagascar de l’Union africaine (UA).
La situation est d’autant plus préoccupante que Madagascar occupe une position géographique stratégique de premier plan. Plus grande île de l’océan Indien, elle se trouve à un carrefour commercial vital entre l’Afrique et l’Asie. Cette localisation privilégiée, combinée à ses importantes ressources naturelles, en fait un enjeu majeur dans la compétition géopolitique qui s’intensifie en Indo-Pacifique.
Si Madagascar a traditionnellement maintenu une neutralité militaire, ses voisins ne partagent pas la même approche. En 2021, Maurice a confirmé la construction par l’Inde d’une piste d’atterrissage de 3 kilomètres de long sur l’île d’Agalega Nord . À l’est, la France dispose d’une base militaire dans les îles de la Réunion, tandis que les États-Unis et le Royaume-Uni maintiennent une présence à Diego Garcia, à plus de 3 000 kilomètres de Madagascar . La Chine, quant à elle, a établi une base militaire à Djibouti, dans la Corne de l’Afrique.
Dans ce contexte de course à la domination en Indo-Pacifique, Madagascar est perçue comme un emplacement idéal pour l’implantation de nouvelles bases militaires. Pour les puissances occidentales cherchant à contrer l’influence croissante de la Chine, l’île représente une opportunité stratégique unique. L’Inde, en particulier, craint que Madagascar ne devienne un nouveau point d’appui pour les intérêts chinois, d’autant plus que de nombreux pays en développement d’Asie et d’Afrique sont de plus en plus dépendants des prêts chinois dans le cadre de l’initiative « la Ceinture et la Route ». La France et l’Europe, de leur côté, s’inquiètent de la montée en puissance de nouvelles juntes militaires en Afrique, susceptibles de se tourner vers la Russie pour l’acquisition d’armes et de mercenaires, un schéma déjà observé au Tchad, au Mali, au Soudan et en Guinée équatoriale. Pour la Chine, Madagascar s’inscrit dans le cadre de sa stratégie du « Collier de Perles » .
Au-delà des considérations géopolitiques, Madagascar est également un acteur important sur le marché des matières premières. Le pays est l’un des principaux producteurs mondiaux de cobalt, de granit et de nickel, des matériaux essentiels à la fabrication des batteries au lithium. Il est également le quatrième fournisseur de graphite des États-Unis, et le Japon et la Corée du Sud importent respectivement un quart et un tiers de leur nickel de Madagascar. Ces ressources sont cruciales pour les secteurs de l’aéronautique, de l’énergie nucléaire et des énergies renouvelables.
La demande croissante en ressources naturelles, alimentée par la course aux armements et la transition énergétique, exerce une pression accrue sur les petits États insulaires de l’Indo-Pacifique. Des manifestations populaires, similaires à celles qui ont secoué Madagascar, ont déjà éclaté au Sri Lanka en 2022, au Bangladesh en 2024 et au Népal en 2025 , . Des troubles similaires ont également été signalés au Kenya et en Tanzanie. Ces événements témoignent d’une période de turbulences imminente pour les petits États de l’Indo-Pacifique.
La nouvelle administration malgache, dirigée par le colonel Randrianirina, devra relever de nombreux défis. L’isolement diplomatique imposé par la suspension de l’UA pourrait la pousser à se rapprocher de la Chine et de la Russie. Si la Russie, malgré son engagement en Ukraine, continue d’étendre son influence en Afrique grâce à la diplomatie énergétique et aux mercenaires, la Chine reste le troisième partenaire commercial de Madagascar. Cependant, l’économie malgache reste fortement dépendante des importateurs occidentaux de matières premières, ce qui oblige la nouvelle administration à trouver un équilibre délicat entre les intérêts divergents des grandes puissances. Cette tâche s’annonce d’autant plus ardue que la junte militaire est déjà isolée sur la scène internationale .
L’avenir de Madagascar, et plus largement celui des petits États de l’Indo-Pacifique, dépendra de leur capacité à naviguer dans un environnement géopolitique de plus en plus complexe et compétitif. La multiplication des crises politiques et des manifestations populaires, exacerbées par les tensions économiques et les rivalités entre les grandes puissances, laisse présager une période d’instabilité durable dans la région.
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