Publié le 6 janvier 2026 à 03h00. L’éventuelle reprise de la production pétrolière vénézuélienne, promise par Donald Trump, pourrait bouleverser les stratégies de Petrobras et intensifier la concurrence pour les investissements dans le secteur énergétique en Amérique du Sud.
- Une augmentation de la production vénézuélienne pourrait obliger Petrobras à accélérer le développement de ses projets dans la marge équatoriale.
- Les tensions géopolitiques actuelles, exacerbées par l’intervention américaine au Venezuela, ont entraîné une hausse des prix du pétrole.
- L’augmentation de la production en Guyane et au Suriname ajoute une pression supplémentaire sur Petrobras pour améliorer son attractivité et son efficacité.
La perspective d’une augmentation de la production pétrolière au Venezuela, conditionnée par la promesse de Donald Trump, suscite des inquiétudes et des ajustements stratégiques au sein de Petrobras. Le Venezuela détient les plus importantes réserves de pétrole au monde, mais sa production, qui atteignait environ 3,5 millions de barils par jour dans les années 1970 et avant l’ère chaviste, est tombée à moins d’un million de barils. Une reprise significative de la production vénézuélienne pourrait modifier en profondeur la dynamique du marché pétrolier régional.
Selon Roberto Ardenghy, président de l’Institut brésilien du pétrole et du gaz (IBP), Petrobras devra s’adapter à cette nouvelle donne à moyen et long terme. Il souligne la nécessité pour l’entreprise publique d’accroître son attractivité en réduisant ses coûts et en investissant davantage dans la technologie.
« Dans deux ans, si les plans de Trump se concrétisent, la production au Venezuela pourrait atteindre environ 400 000 barils par jour. Les effets se feront donc sentir à moyen et long terme. Il y aura une lutte pour les investissements internationaux, et Petrobras devra être plus attractif. »
Roberto Ardenghy, président de l’Institut brésilien du pétrole et du gaz (IBP)
L’impact immédiat de la situation actuelle, marquée par des tensions géopolitiques suite à l’intervention américaine au Venezuela le 3 janvier 2026 et la capture de Nicolas Maduro et de son épouse Cilia Flores, se traduit par une augmentation des coûts de transport et d’assurance. Une grande partie du transport du pétrole et de ses dérivés entre le Brésil et les États-Unis transite par les Caraïbes, une zone désormais perçue comme plus risquée.
Parallèlement, la production en Guyane est en hausse, avec le projet phare d’ExxonMobil qui devrait passer de 900 000 barils par jour actuellement à 1,3 million en deux ans. Le Suriname, avec plus de 750 millions de barils récupérables, accueillera cette année sa première plateforme de TotalEnergies, dont la production devrait démarrer en 2028. Ces développements ajoutent une pression supplémentaire sur Petrobras.
Pedro Rodrigues, du Centre brésilien d’infrastructures (CBIE), met en garde contre un scénario de baisse des prix du pétrole si la production vénézuélienne augmente, car la demande ne suit pas le rythme de l’offre. Il souligne que le Venezuela pourrait devenir une destination plus attrayante pour les investissements industriels, concurrençant ainsi le Brésil.
« Avec l’augmentation de la production au Venezuela, il existe un scénario de baisse des prix, car la demande augmente moins que l’offre. Pour Petrobras, c’est mauvais. Pour la marge équatoriale également. Le Venezuela peut devenir une destination géographiquement plus attrayante pour les investissements industriels. Le Brésil est également en compétition pour ces capitaux, mais perd sa compétitivité face à un nouveau concurrent voisin. »
Pedro Rodrigues, du Centre brésilien d’infrastructures (CBIE)
Rafael Chaves, professeur à la Fundação Getulio Vargas (FGV) et ancien directeur de Petrobras, insiste sur le fait que les réserves vénézuéliennes sont bien connues et que les investissements nécessaires à leur exploitation sont relativement rapides. Il souligne donc l’importance d’accélérer l’exploration dans la marge équatoriale.
Selon une étude du CBIE, la marge équatoriale brésilienne possède des réserves estimées à 30 milliards de barils, contre environ 303 milliards au Venezuela. Cependant, les réserves vénézuéliennes sont situées sur terre et en eaux peu profondes, tandis que celles de la marge équatoriale, du Suriname et de la Guyane se trouvent en eaux profondes et ultra-profondes, ce qui rend leur exploitation plus coûteuse.
Marcus D’Elia, associé directeur de Leggio Consultoria, estime que l’exploration de la marge équatoriale est d’autant plus urgente qu’elle permettra de compenser la baisse de la production nationale prévue à partir de 2033 et 2034, et d’offrir un pétrole de meilleure qualité que le pétrole vénézuélien sur le marché international.
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