Un hashtag promevant l’extrême minceur, « Skinnytok », a suscité l’inquiétude des autorités françaises et européennes malgré son interdiction sur TikTok. Cette tendance, apparue en mars 2025, expose les jeunes, en particulier les filles, à des contenus potentiellement dangereux pour leur santé mentale et physique.
L’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) a déposé une plainte auprès de la Commission européenne le 4 décembre, dénonçant l’insuffisance des mesures prises par TikTok pour bloquer efficacement le contournement de l’interdiction. Entre le 24 mars et le 24 avril 2025, le hashtag « Skinnytok » a généré 5 522 publications, impliquant plus de 3 000 créateurs de contenu et accumulant près de 100 millions de vues et 9,5 millions de « likes », selon l’Arcom.
Bien que le hashtag ait été officiellement interdit le 1er juin 2025 à l’échelle mondiale, sous la pression des autorités européennes, l’Arcom souligne que TikTok n’a pas suffisamment agi pour empêcher la prolifération de contenus similaires via l’utilisation de mots-clés détournés. L’Arcom cite également le rapport parlementaire sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs pour étayer ses accusations.
« Il a fallu attendre une mobilisation citoyenne, à travers une pétition, et l’intervention des pouvoirs publics pour que la plateforme prenne enfin des mesures concrètes », a déclaré l’Arcom.
La tendance, lancée par quelques influenceurs américains, met en scène des « astuces » alarmantes, telles que : « Tu n’es pas moche, tu es juste gros », « J’espère que ce que tu as mangé vaut la peine d’être gros cet été », « J’arrête de manger après quelques bouchées », « Je bois de l’eau quand j’ai faim », ou encore « Si la nourriture illumine ta journée, ta vie est vraiment nulle ». Ces messages promeuvent des habitudes alimentaires restrictives et des comparaisons corporelles destructrices, sous prétexte de motiver un mode de vie « sain ».
L’Arcom met en garde contre la difficulté de modérer ces contenus en raison de la proximité entre les univers du fitness, du sport et de l’alimentation saine, et la tendance « Skinnytok ». Il est crucial, selon l’Arcom, de savoir distinguer un influenceur qui encourage un sport pour la forme d’un autre qui promeut une discipline excessive pour atteindre un idéal de minceur inatteignable.
« Savoir distinguer un influenceur qui promeut un sport pour être en forme et un autre qui vend une discipline excessive pour atteindre le fantôme de la minceur », souligne l’Arcom.
La Fédération française contre l’anorexie et la boulimie (FFAB) avait déjà alerté en mai 2025 sur l’engouement pour cette tendance qui « glorifie l’extrême maigreur, culpabilise et diffuse des messages incitant à la métamorphose du corps, au prix de restrictions alimentaires à haut risque ». Bien que la pression sociale pour la minceur existe depuis des décennies, les réseaux sociaux, et TikTok en particulier, amplifient le danger en exposant les jeunes à des contenus nocifs dès un âge précoce et en diffusant ces messages à grande échelle grâce à leur algorithme.
L’Arcom insiste sur le risque pour la santé publique, en particulier pour les mineurs, qui constituent une part importante de l’audience de TikTok. Une fois l’algorithme de la plateforme activé, il est difficile de l’arrêter, et les utilisateurs sont rapidement submergés de contenus similaires après avoir visionné une seule vidéo.