Home SantéQu’est-ce qui a tué l’armée de Napoléon ? Des scientifiques trouvent des indices dans l’ADN des dents de soldats tombés au combat : Coups de feu

Qu’est-ce qui a tué l’armée de Napoléon ? Des scientifiques trouvent des indices dans l’ADN des dents de soldats tombés au combat : Coups de feu

by Sophie Martin

Publié le 24 octobre 2025 à 15h00. Une étude révolutionnaire menée sur les restes de soldats de la Grande Armée de Napoléon révèle la présence de maladies infectieuses insoupçonnées, offrant un éclairage nouveau sur les causes de la débâcle russe de 1812 et les souffrances endurées par les troupes.

  • L’analyse d’échantillons dentaires provenant d’une fosse commune en Lituanie a permis d’identifier la présence de bactéries responsables de la fièvre paratyphoïde et de la fièvre récurrente.
  • Ces découvertes, combinées à des recherches antérieures, suggèrent que les soldats napoléoniens ont été confrontés à une attaque microbienne massive, exacerbée par le froid, la faim et les conditions insalubres.
  • Les avancées récentes en matière de paléogénomique ont permis d’extraire et d’analyser l’ADN ancien contenu dans les dents, offrant une fenêtre unique sur les maladies qui ont ravagé les armées du passé.

En 1812, Napoléon Bonaparte régnait en maître sur une grande partie de l’Europe. Il avait réussi à imposer un blocus continental visant à isoler la Grande-Bretagne, et son mariage avec Marie-Louise, fille de l’empereur d’Autriche, symbolisait le sommet de sa puissance. Il est à noter qu’un somptueux collier d’émeraudes et de diamants, offert à Marie-Louise, a été dérobé lors d’un récent cambriolage au Louvre.

Cependant, la Russie résistait à ses efforts pour interrompre tout commerce avec les Britanniques. Cet été-là, Napoléon ordonna à une armée de près de 600 000 hommes d’envahir le territoire russe. Une décision qui allait s’avérer désastreuse.

« Il s’agit de l’une des campagnes militaires les plus tristement célèbres des derniers siècles », explique Nicolas Rascovan, responsable de l’unité de paléogénomique microbienne à l’Institut Pasteur de Paris. « Il croyait pouvoir conquérir le monde, ou presque. C’était probablement le début de la fin. »

En octobre, Napoléon ordonna la retraite de ses troupes après avoir rencontré une résistance acharnée de la part de l’armée russe. Ce n’était pas une défaite totale, mais certainement pas une victoire. Le retour vers l’ouest fut marqué par l’arrivée précoce d’un hiver rigoureux.

« Ils ont commencé à mourir de froid, de faim et de maladies infectieuses », précise Rascovan. Des centaines de milliers de soldats périrent au cours de cette retraite.

Une nouvelle étude, publiée dans la revue Current Biology, révèle que ces maladies incluaient deux agents pathogènes inattendus qui ont contribué à accélérer la disparition des soldats : la fièvre paratyphoïde et la fièvre récurrente.

Un bouton de la Garde Impériale a été découvert lors des fouilles du charnier.

Un bouton de la Garde Impériale a été découvert lors des fouilles du charnier.

Michel Signoli / UMR 6578 Aix-Marseille Université, CNRS, EFS


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Michel Signoli / UMR 6578 Aix-Marseille Université, CNRS, EFS

L’étude s’appuie sur l’analyse de 13 dents extraites de la fosse commune découverte en 2001 près de Vilnius, en Lituanie. Les techniques de paléogénomique ont permis d’extraire l’ADN ancien contenu dans ces dents, offrant ainsi un aperçu unique des maladies qui ont affecté les soldats de Napoléon.

« Si vous avez de l’ADN de l’agent pathogène dans votre sang parce que vous avez une infection, cet ADN peut pénétrer dans la dent », explique Rascovan. « C’est donc une sorte de machine à remonter le temps dans laquelle vous pouvez vraiment voir le sang de l’individu à l’époque. »

Les chercheurs ont dû décontaminer les dents, les réduire en poudre et dissoudre la poussière d’os pour isoler l’ADN ancien. Ce dernier était fragmenté et chimiquement modifié, ce qui a nécessité des techniques d’analyse sophistiquées.

« Une fois que nous avons une liste énorme de toutes les choses qui ont été détectées, nous essayons de trouver quelles sont les espèces qui correspondent à un agent pathogène humain », explique Rascovan. « C’est comme faire un puzzle. »

« Cet article démontre clairement la complexité de ce type d’analyses et le niveau d’expertise requis pour travailler avec ces données », souligne Leslie Quade, paléopathologiste à l’Institut archéologique autrichien, qui n’a pas participé à la recherche. Elle explique que comprendre l’émergence, la propagation et l’évolution des maladies dans le passé peut nous aider à mieux gérer les agents pathogènes actuels.

« Comprendre comment certains agents pathogènes se sont développés peut nous donner une meilleure chance d’anticiper leurs prochaines étapes », explique Quade. De plus, si un agent pathogène autrefois répandu est devenu rare aujourd’hui, ces événements historiques chargés d’infections peuvent offrir des leçons pour l’empêcher de réapparaître et pour contenir d’autres agents pathogènes modernes similaires.

Ces découvertes nous rappellent que la guerre a toujours été synonyme de souffrances, souligne Binder. « Nous avons ces peintures dans les musées représentant des soldats en armures brillantes, Napoléon sur son cheval, de jeunes hommes en bonne santé marchant au combat. »

« Mais lorsque nous examinons les restes humains, nous voyons une image totalement différente », conclut-elle. Une image de malnutrition, de pieds brisés par de longues marches et de corps ravagés par la maladie. « Leurs os racontent une histoire de difficultés. »

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