L’intelligence artificielle et les technologies ambiantes pourraient bien révolutionner le quotidien des infirmières, à condition d’être conçues avec elles, et non pas pour elles. La Mayo Clinic mise sur cette approche collaborative pour alléger la charge de travail de ses équipes soignantes et améliorer la qualité des soins.
Ryannon Frédéric, directrice des soins infirmiers à la Mayo Clinic, est à l’avant-garde de cette transformation. L’établissement de santé multi-états déploie de nouvelles solutions, notamment des technologies ambiantes et un assistant virtuel basé sur l’IA générative, pour simplifier les tâches quotidiennes des infirmières.
« Le potentiel des infirmières est illimité », affirme Ryannon Frédéric, également infirmière autorisée. « Je suis convaincue que les infirmières sont l’avenir des soins de santé. L’expertise et la capacité d’innovation inexploitées qu’elles représentent constituent une opportunité immense pour notre secteur, et il est essentiel que nous l’embrassions pleinement. »
Le nouvel assistant virtuel infirmier permet d’accéder rapidement aux informations patient et aux ressources médicales, réduisant ainsi le temps consacré à la recherche dans les dossiers. « Ces technologies sont conçues pour compléter et soutenir le personnel soignant, leur donner plus d’énergie pour prodiguer des soins de qualité », explique Frédéric. « Elles ne prennent pas de décisions à leur place. L’infirmière reste toujours au cœur du processus décisionnel, et c’est un aspect fondamental. »
Lors d’un entretien avec HealthTech, Ryannon Frédéric a souligné l’importance d’impliquer les infirmières dès la phase de conception des projets, de recueillir leurs commentaires en temps réel et de trouver des solutions aux problèmes de flux de travail clinique sans compromettre les résultats pour les patients.
Selon les retours des infirmières, l’un des principaux obstacles à l’adoption de nouvelles technologies résidait dans le fait que les solutions précédentes avaient souvent alourdi leur charge de travail au lieu de la faciliter. « Si une solution n’est pas facile à adopter, les résultats seront incohérents », explique Frédéric. « Il faut donc repenser la manière dont nous abordons ces problèmes et impliquer les infirmières dans la recherche de solutions de manière radicalement différente. »
Les infirmières ont identifié trois domaines prioritaires : la documentation, la communication et la gestion des effectifs. La documentation est souvent perçue comme la tâche la plus pénible, tandis que la communication, essentielle dans le domaine de la santé, est souvent complexe et l’infirmière se retrouve en première ligne pour transmettre l’information au patient.
Pour garantir l’adhésion des utilisateurs, la Mayo Clinic met l’accent sur la co-création. Les infirmières sont impliquées dans la simulation et l’observation des flux de travail, afin de s’assurer que les solutions s’intègrent harmonieusement dans leur pratique quotidienne. « Nous insistons pour que les infirmières soient des innovatrices, des co-développeurs. Elles pilotent le projet, elles ne sont pas de simples passagères », souligne Frédéric. « Lorsque les infirmières participent activement à la conception d’une solution, elles en sont fières et s’approprient l’outil. »
Les premiers retours sur les solutions basées sur l’IA sont positifs. L’assistant virtuel infirmier, par exemple, permet aux infirmières de trouver plus rapidement les ressources dont elles ont besoin, ce qui leur fait gagner du temps et leur permet de se concentrer sur les soins aux patients. L’IA personnalise également les informations en fonction de la spécialité de l’infirmière (psychiatrie, soins intensifs, etc.).
La Mayo Clinic évalue l’impact de ces nouvelles technologies sur le temps passé avec les patients, l’expérience patient et le bien-être du personnel soignant. « Nous cherchons à développer des outils que les infirmières adorent et qu’elles utilisent », précise Frédéric.
Ryannon Frédéric insiste sur le fait qu’il n’est plus nécessaire de choisir entre des solutions qui bénéficient aux infirmières ou aux patients. « La technologie ambiante en est un excellent exemple. Elle se concentre sur les conversations entre l’infirmière et le patient, et plus elles partagent d’informations, plus la documentation est précise. Cela améliore la compréhension du patient et sa participation active aux soins. »
Enfin, Ryannon Frédéric note un changement d’attitude envers la technologie chez les infirmières au cours des cinq dernières années. Les nouvelles générations, habituées à l’IA et à l’automatisation dans leur vie quotidienne, sont plus ouvertes à l’adoption de ces outils. « Il est important que les dirigeants renforcent la confiance de leurs équipes dans ces technologies et remettent en question les pratiques établies », conclut-elle. « Il ne s’agit pas seulement de résoudre un problème spécifique, mais de repenser complètement la manière dont nous prodiguons des soins. »
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