Publié le 6 novembre 2024 à 15h17. À la veille de la COP30, l’ONU lance un appel à une transformation radicale de nos villes face à la menace croissante des vagues de chaleur, qui transforment déjà des métropoles entières en véritables fournaises.
- Plus de 1,6 milliard de personnes pourraient être confrontées à des vagues de chaleur intenses d’ici 2050, selon les experts.
- Une nouvelle campagne, « Battre la chaleur », sera lancée à la COP30 au Brésil pour mobiliser gouvernements, maires, urbanistes et acteurs technologiques.
- La végétalisation des villes, l’ombrage des espaces publics et l’utilisation de nouveaux matériaux de construction sont autant de pistes pour lutter contre les îlots de chaleur urbains.
De nos jours, les villes se réchauffent à un rythme deux fois plus rapide que la moyenne mondiale, en raison de la concentration de matériaux absorbant la chaleur comme le béton et l’asphalte, ainsi que du manque d’espaces verts. Ce phénomène, connu sous le nom d’îlot de chaleur urbain, peut entraîner des écarts de température de 5 à 10 degrés Celsius par rapport aux zones environnantes.
L’ONU s’alarme de l’impact croissant de ces vagues de chaleur, qui mettent en danger des vies et des moyens de subsistance, d’Athènes à Delhi. Eleni Myrivili, responsable du dossier « chaleur » à l’ONU, témoigne de la situation alarmante à Athènes, sa ville natale :
« L’été a radicalement changé cette décennie. Nous subissons désormais au moins une vague de chaleur longue et intense chaque année, avec des journées souvent supérieures à 40 degrés. Au-dessus de 35 degrés, il est très difficile de fonctionner, de travailler, de se déplacer ou même de dormir car la ville ne se rafraîchit pas la nuit. Cela peut être mortel. À Athènes, 20 % de notre population a plus de 60 ans. De nombreuses personnes meurent pendant les nuits extrêmement chaudes, notamment les retraités qui n’ont pas les moyens de se payer la climatisation. »
Eleni Myrivili, responsable du dossier « chaleur » à l’ONU
La Grèce n’est pas un cas isolé. Les villes situées autour de l’équateur sont particulièrement vulnérables, car elles sont déjà confrontées à des températures élevées. La combinaison de la chaleur et de l’humidité représente un danger accru, exacerbé par la croissance rapide de nombreuses métropoles comme Lagos et Jakarta.
Face à cette urgence, l’ONU lance la campagne « Battre la chaleur » à l’occasion de la COP30 qui se tiendra au Brésil à partir du 11 novembre. Cette initiative vise à mobiliser plus de 100 villes, ainsi que des pays et des organisations partenaires, pour mettre en œuvre des solutions concrètes.
Parmi les solutions envisagées, la végétalisation des villes apparaît comme une priorité. Des exemples comme Medellín en Colombie, qui a créé 30 couloirs verts et de nombreux espaces verts, ou Singapour, Paris et Freetown, qui intègrent massivement la nature en milieu urbain, montrent qu’il est possible de réduire les températures de 2 à 6 degrés Celsius.
D’autres mesures sont également à l’étude, comme l’ombrage des espaces publics, la promotion de modes de déplacement alternatifs à la voiture, l’utilisation de matériaux de construction innovants (verre intelligent, peintures réfléchissantes) et l’intégration d’éléments aquatiques dans la conception urbaine. L’intelligence artificielle et les données satellitaires permettent désormais de cartographier avec précision les îlots de chaleur et d’optimiser l’implantation des espaces verts.
Si une prise de conscience s’opère, Eleni Myrivili souligne que la chaleur extrême n’est pas encore une priorité pour les décideurs politiques, alors qu’elle représente désormais le risque climatique le plus meurtrier. L’initiative « Battre la chaleur » vise à combler ce fossé et à rendre les villes plus vivables et résilientes face aux défis du changement climatique.
(Reportage d’Emma Batha ; édité par Lyndsay Griffiths.)
