Quarante-quatre ans après sa mort, l’identité de la jeune femme retrouvée sur le bord de l’Interstate 40 en Arizona a enfin été révélée grâce aux avancées de la généalogie génétique. L’adolescente, longtemps connue sous le nom de « Valentine Sally », était en réalité Carolyn Céleste Eaton, une jeune fille de 17 ans originaire du Missouri.
L’affaire, qui avait débuté le 14 février 1982, a longtemps été un mystère. Un agent de la patrouille routière avait découvert le corps en décomposition d’une jeune femme sous un cèdre, au kilomètre 151,8 de l’Interstate 40, près de Williams. La victime portait un simple jean bleu de la marque « Seasons » et se trouvait à proximité d’un pull blanc à rayures, d’un soutien-gorge et d’un mouchoir. Des marques sur son jean suggéraient qu’elle avait été traînée sur environ huit mètres.
L’autopsie n’avait pas permis de déterminer avec certitude la cause du décès, en raison de l’état avancé de décomposition et de l’action des animaux sauvages. Les médecins légistes avaient émis l’hypothèse d’une suffocation ou d’une asphyxie, notant l’absence de fractures au niveau de l’os hyoïde, souvent brisé en cas d’étranglement. Un détail troublant avait cependant attiré leur attention : une molaire inférieure avait été forée pour un canal radiculaire environ une semaine avant le décès, et contenait un fragment d’aspirine partiellement dissous.
Les premières investigations avaient permis de recueillir deux témoignages importants. Le 2 février 1982, un étudiant de la Northern Arizona University avait déclaré avoir emmené une jeune femme blonde près de Cordes Junction. Elle s’était présentée sous le nom de « Sally », originaire de Phoenix, et avait affirmé vouloir se rendre dans le New Jersey pour régler des problèmes familiaux, prévoyant de faire du stop auprès des camionneurs à Flagstaff. Le 4 février 1982, Patty Wilkins, employée au Monte Carlo Truck Stop à Ash Fork, avait vu la jeune fille entrer dans le restaurant en compagnie d’un homme plus âgé. Constatant la souffrance de l’adolescente, Patty Wilkins lui avait proposé de l’aide, et avait même émietté une aspirine pour l’appliquer directement sur sa dent douloureuse. Ce geste de compassion, involontairement, allait devenir une pièce essentielle du puzzle.
L’enquête avait connu un faux départ en 1984, lorsque la victime avait été identifiée par erreur comme étant Mélodie Cutlip, une fugue de Floride. Un odontologue légiste avait affirmé que les marques de morsure et les radiographies correspondaient. Cependant, la mère de Mélodie Cutlip avait catégoriquement refusé de reconnaître le corps, affirmant que « ce n’était pas sa fille ». Mélodie Cutlip était finalement réapparue vivante en 1986, révélant ainsi une erreur médico-légale majeure.
La résolution de l’affaire est intervenue en 2021, grâce à l’équipe des affaires non résolues du comté de Coconino, composée de bénévoles experts, dont l’ancien agent du FBI Chuck Jones. Ils ont eu recours à la généalogie génétique, une technique qui a permis de retrouver le tueur de l’État d’Or. En collaboration avec la généalogiste Barbara Rae-Venter, ils ont extrait l’ADN des échantillons de sang conservés et l’ont inséré dans des bases de données publiques (GEDmatch, FamilyTreeDNA). L’analyse a révélé une correspondance avec un cousin germain, permettant de reconstituer l’arbre généalogique d’une famille de Saint-Louis, dans le Missouri. C’est ainsi qu’ils ont identifié Carolyn Eaton, une jeune fille disparue en 1979.
L’annonce officielle a été faite le 22 février 2021 : « Valentine Sally » avait un nom. Carolyn s’était enfuie de chez elle après une dispute familiale à Noël 1981. Sa famille, qui la recherchait activement, a enfin pu obtenir des réponses.
Si l’identité de Carolyn Eaton a été établie, son assassin reste introuvable. L’ombre de Royal Russell Long, un tueur en série reconnu coupable d’autres meurtres le long de l’I-40, plane toujours sur l’affaire. Long est décédé en prison en 1993, emportant avec lui ses secrets. Le bureau du shérif du comté de Coconino continue néanmoins de rechercher toute information susceptible de faire avancer l’enquête.
« J’aimerais pouvoir marcher sur les pieds de ce coupable », a déclaré Patty Wilkins, aujourd’hui âgée, exprimant un désir de justice qui, malgré les avancées scientifiques, reste insatisfait. L’histoire de Carolyn Eaton rappelle que chaque dossier non résolu recèle une trace biologique potentielle, et que la science, en 2026, offre des outils inédits pour réparer les blessures du passé. Carolyn Eaton n’est plus une victime anonyme, mais une jeune fille du Missouri qui a enfin retrouvé son identité.
Les enquêteurs appellent toute personne ayant des informations sur le camionneur au chapeau à plumes ou ayant aperçu Carolyn Eaton faisant du stop entre le Missouri et l’Arizona durant l’hiver 1982 à se manifester.
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