Home Santé“Quiconque arrête de prendre des médicaments inutiles retrouvera son poids de départ dans un délai de deux ans”

“Quiconque arrête de prendre des médicaments inutiles retrouvera son poids de départ dans un délai de deux ans”

by Sophie Martin

Publié le 2024-02-29 14:35:00. Les médicaments destinés à favoriser la perte de poids peuvent être efficaces à court terme, mais une nouvelle étude révèle un risque important de reprise rapide des kilos après l’arrêt du traitement, bien plus important qu’avec d’autres approches.

  • Une étude de l’Université d’Oxford montre que les personnes arrêtant ces médicaments reprennent du poids jusqu’à quatre fois plus vite qu’avec d’autres méthodes.
  • La perte de masse musculaire pendant la perte de poids, combinée à un mode de vie inchangé, est un facteur clé de cette reprise.
  • Des experts soulignent que ces médicaments ne sont pas une solution miracle et nécessitent un accompagnement durable axé sur l’alimentation et l’exercice.

Les médicaments amaigrissants agissent principalement en réduisant l’appétit et en procurant une sensation de satiété plus rapide. En moyenne, les personnes qui les utilisent perdent environ huit kilos en moins d’un an. Cependant, cette perte de poids n’est pas toujours durable, comme le démontre une vaste étude menée par des chercheurs de l’Université d’Oxford et publiée dans la revue médicale The BMJ.

L’étude révèle que l’arrêt de ces médicaments est souvent suivi d’une reprise de poids plus rapide qu’avec d’autres méthodes de perte de poids. Les participants à l’étude ont pris en moyenne 0,4 kilo par mois après avoir arrêté le traitement, ce qui représente près de cinq kilos la première année. Au bout d’environ un an et demi à deux ans, la plupart d’entre eux avaient retrouvé leur poids initial.

Ce phénomène de reprise rapide est surprenant, car on sait que les personnes qui arrêtent de fumer ont également tendance à reprendre du poids, mais pas aussi rapidement. Selon la professeure en endocrinologie Chantal Mathieu, la prise de poids n’est pas directement imputable aux médicaments eux-mêmes.

« Les remèdes fonctionnent très bien, à condition que vous les utilisiez. Mais après avoir arrêté, votre corps n’a plus la même composition qu’avant. »

Chantal Mathieu, professeure en endocrinologie

Lors d’une perte de poids, on perd non seulement de la graisse, mais aussi de la masse musculaire. Or, les muscles jouent un rôle crucial dans le métabolisme, car ils aident à brûler des calories. Si l’on arrête de prendre le médicament sans adopter un mode de vie plus sain, c’est-à-dire sans améliorer son alimentation et sans faire plus d’exercice, on se retrouve avec une proportion plus importante de graisse et moins de masse musculaire, ce qui rend la prise de poids presque inévitable.

Notre corps est naturellement programmé pour ne pas gaspiller de calories, un héritage de nos ancêtres pour qui chaque calorie comptait pour la survie. Aujourd’hui, avec l’abondance de nourriture, ce mécanisme peut entraîner une reprise de poids si l’on continue à manger comme avant.

Cela soulève la question de savoir si des médicaments comme l’Ozempic et le Wegovy doivent être pris à vie. La professeure Mathieu estime que « c’est possible », soulignant qu’aucun effet secondaire dangereux n’a été constaté chez les personnes qui les utilisent depuis des années.

Cependant, elle met en garde contre le coût élevé de ces médicaments et insiste sur le fait qu’ils ne sont pas une solution miracle.

« Nous ne devrions vraiment pas les appeler des médicaments amaigrissants. Ce sont des aides pour perdre du poids, pas une solution rapide. »

Chantal Mathieu, professeure en endocrinologie

La conclusion est claire : une perte de poids durable nécessite bien plus qu’une simple injection ou une pilule.

« Perdre du poids, c’est une histoire à la fois. Les médicaments peuvent aider, mais uniquement en combinaison avec une alimentation saine et suffisamment d’exercice. Si vous le faites, vous pouvez maintenir votre poids. Si vous ne le faites pas, les kilos reviendront tôt ou tard. »

Chantal Mathieu, professeure en endocrinologie

Source : Nieuwsblad, The BMJ
Photo : Getty Images

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