Publié le 24 octobre 2025 10:15:00. Une équipe de chercheurs a mis au point une méthode révolutionnaire pour détecter des traces d’hormones liées à la grossesse dans les restes squelettiques humains, ouvrant de nouvelles perspectives sur l’histoire reproductive des populations passées.
- Des analyses récentes ont permis d’identifier des hormones telles que la progestérone, les œstrogènes et la testostérone dans les os, la dentine, l’émail et le tartre dentaire.
- La présence de niveaux élevés de progestérone, associée à un manque de testostérone, pourrait indiquer une grossesse au moment du décès.
- Cette avancée pourrait permettre de mieux comprendre la vie des femmes à travers les âges, au-delà des indices traditionnels comme les restes fœtaux.
L’identification de femmes enceintes à partir de restes squelettiques est un défi pour les archéologues. La présence d’os fœtaux dans la région pelvienne est un indicateur, mais peut être difficile à déterminer en cas de dégradation des squelettes, de perturbation des tombes ou d’erreurs d’identification. De plus, cette méthode ne fonctionne pas si la mère et l’enfant ne sont pas enterrés ensemble, ou si le bébé a survécu.
Des chercheurs de l’Université de Sheffield ont relevé le défi en s’inspirant des études sur les mammifères marins, où l’identification d’hormones dans les dents et les défenses s’est avérée fructueuse. L’équipe interdisciplinaire a cherché à établir un protocole pour identifier les hormones sexuelles dans les tissus squelettiques humains, ce qui constituerait une première pour les hormones stéroïdes sexuelles dans les dents humaines modernes ou anciennes et le tartre dentaire. Auparavant, seules les hormones œstrogènes et testostérone avaient été détectées dans les cheveux et les os, mais la conservation des cheveux est rare dans les contextes archéologiques.
Pour tester leur méthode, les chercheurs ont analysé des échantillons provenant de trois hommes et sept femmes issus de quatre cimetières différents, datant du 1er au 19e siècle après J.-C. Parmi les femmes, deux présentaient des restes fœtaux in utero, deux autres étaient enterrées avec des restes de nouveau-nés, une avait eu une grossesse antérieure (confirmée par l’analyse de l’ADN, qui a identifié l’un de ses enfants décédé entre 10 et 12 ans), et l’histoire des deux dernières était inconnue. Les échantillons d’os, de molaires et de tartre dentaire ont été pulvérisés, incubés dans du méthanol, centrifugés et déshydratés, puis analysés à l’aide d’un test immuno-enzymatique (ELISA).
Les résultats ont révélé la présence d’œstrogènes, de progestérone et de testostérone dans les os, la dentine, l’émail et les racines des molaires. La progestérone et la testostérone ont également été détectées dans le tartre dentaire. Les deux femmes enceintes in utero n’ont montré aucune trace de testostérone, mais l’une d’entre elles présentait un taux élevé de progestérone dans ses os et ses dents, ainsi que des œstrogènes, ce qui en fait un cas unique dans l’étude. Les deux femmes enterrées avec des restes de nouveau-nés présentaient des taux élevés de progestérone dans leur tartre dentaire, sans testostérone détectée dans leurs os ou leurs dents (bien que l’une d’entre elles ait présenté de la testostérone dans son tartre, reflétant potentiellement les niveaux hormonaux pendant la grossesse).
Ces découvertes suggèrent que des niveaux élevés de progestérone dans les dents et le tartre dentaire, la présence d’œstrogènes dans les os et l’absence de testostérone dans les tissus durs pourraient être des indicateurs de grossesse au moment du décès. Les prochaines étapes de la recherche consisteront à déterminer comment ces hormones se déposent dans les tissus durs, quand elles s’y incorporent et combien de temps elles y restent. Comprendre ces processus est essentiel pour interpréter les concentrations hormonales et identifier non seulement la grossesse, mais aussi potentiellement la puberté et la ménopause. Cette nouvelle méthode ouvre des perspectives prometteuses pour mieux comprendre l’histoire de vie des femmes dans le passé.
Texte : Kathryn Krakowka / Image : Dr Hugh Willmott, Université de Sheffield
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