Publié le 14 octobre 2025 04:18:00. Une nouvelle étude révèle que les réseaux sociaux exercent une pression insoupçonnée sur les adolescents, en véhiculant des stéréotypes de masculinité rigides qui peuvent affecter leur bien-être émotionnel et leur perception d’eux-mêmes.
- 73 % des garçons sont régulièrement exposés à des contenus liés à la masculinité, dont 69 % véhiculent des stéréotypes négatifs.
- Les algorithmes des réseaux sociaux jouent un rôle majeur dans cette exposition, en proposant automatiquement ce type de contenu.
- Les garçons exposés à ces stéréotypes sont plus susceptibles d’éviter de parler de leurs sentiments et de cacher leurs émotions.
La pression sur les adolescents ne vient pas toujours de l’école, du sport ou des amis. Elle peut émaner d’une source insidieuse : leur fil d’actualité sur les réseaux sociaux. Même si un parent pense que son fils regarde principalement des vidéos humoristiques, il est probable qu’il soit également exposé, sans s’en rendre compte, à une vision étroite de la « vraie masculinité » – forte, musclée, riche et, surtout, sans faiblesse. Ce qui peut sembler anodin est en réalité une source de pression non négligeable.
Une récente étude menée par Common Sense Media met en lumière l’influence considérable des images diffusées en ligne sur la perception de la masculinité chez les jeunes garçons.
Recherche
Ces messages, souvent rencontrés de manière passive, peuvent créer une pression implicite pour adopter un certain comportement ou une certaine apparence. L’étude souligne que cela est en grande partie dû au fonctionnement des algorithmes des réseaux sociaux, qui sélectionnent et présentent automatiquement ce type de contenu aux utilisateurs.
Les chiffres sont éloquents : 73 % des garçons sont régulièrement confrontés à des contenus liés à la masculinité, et 69 % d’entre eux à des variantes problématiques qui renforcent des stéréotypes de genre négatifs.
Stéréotype
En explorant les pages des réseaux sociaux fréquentées par les adolescents, on retrouve fréquemment le même schéma : un « vrai homme » est grand, musclé, beau et prospère. Il ne pleure pas, ne manifeste ni peur ni tristesse, et affiche une confiance inébranlable. Niobe Way, psychologue du développement, explique que cela crée un faux dilemme :
« Cela glorifie un stéréotype d’un garçon qui ne valorise que son soi-disant ‘côté dur’ et non son côté doux. Les garçons sont encouragés à ne pas être féminins. Seule la moitié de leur humanité est valorisée. »
Niobe Way, psychologue du développement
Identité et image de soi
Les chercheurs ont interrogé des garçons âgés de onze à dix-sept ans, une période cruciale pour le développement de l’identité et de l’image de soi. Ils ont constaté que plus les garçons sont exposés à ce type de contenu, plus ils se sentent seuls et plus ils ont tendance à se conformer aux idées préconçues sur la masculinité.
Michael Robb, chercheur principal, nuance cependant ces résultats :
« Il serait erroné de penser que cela s’applique à tous les garçons. Le simple fait qu’un enfant utilise les réseaux sociaux ne signifie pas qu’il est exposé aux messages les plus nocifs. »
Michael Robb, chercheur principal
Distinguer
La recherche opère une distinction entre la masculinité numérique neutre (contenu lié à la forme physique ou à la réussite financière) et la masculinité numérique problématique (contenu dénigrant les femmes et les filles). Les garçons fortement exposés à ce dernier type de contenu ont tendance à :
- 67 % évitent de discuter de leurs sentiments.
- 50 % cachent leurs émotions douloureuses à leurs amis.
- 40 % pensent que partager leurs préoccupations est un signe de faiblesse.
Le rôle des algorithmes
La majorité des garçons (68 %) ne recherchent pas activement ce type de contenu ; il leur est simplement présenté par les algorithmes des plateformes telles que TikTok, YouTube et Instagram. Ces plateformes diffusent activement des messages tels que :
- 74 % des utilisateurs de TikTok voient des publications affirmant que les filles ne recherchent que des hommes riches ou beaux.
- 73 % sont confrontés à du contenu dans lequel les femmes utilisent leur apparence pour obtenir des avantages.
Robb met en garde contre le fait que les algorithmes créent une sorte de « programme de masculinité » qui façonne les garçons pendant une période vulnérable de leur développement. « Les entreprises technologiques doivent prendre conscience de la facilité avec laquelle ce type de messages parvient aux enfants, dont le cerveau est encore en pleine maturation », souligne-t-il.
Influenceurs
Les influenceurs des réseaux sociaux exercent une influence émotionnelle importante : 60 % des garçons les trouvent inspirants et 56 % estiment recevoir un soutien pratique de leur part. Way a été surprise de constater que de nombreux garçons suivent en réalité des créateurs de contenu positifs : « Les garçons recherchent la connexion et se tournent vers ceux qui peuvent leur en offrir. »
Cette exposition a cependant un coût émotionnel. Les garçons se sentent obligés d’avoir une apparence musclée et parfaite. 91 % d’entre eux sont exposés à du contenu lié à l’apparence physique, et 75 % spécifiquement à des vidéos sur le développement musculaire. Les garçons les plus exposés sont plus susceptibles de signaler une faible estime de soi (14 %) et un sentiment de solitude (30 %).
Industrie
Selon Robb, les changements les plus importants doivent venir de l’industrie technologique, par exemple par la mise en place de « coupe-circuits de contenu » qui limiteraient la diffusion de messages nuisibles. Les chercheurs prodiguent également des conseils concrets aux parents pour aider leurs fils à naviguer dans ce monde de masculinité numérique, non pas avec jugement, mais avec curiosité.
Engagez la conversation sur les algorithmes
Commencez par des questions qui témoignent de votre intérêt : « As-tu remarqué que ton fil d’actualité te propose beaucoup de vidéos sur la façon de gagner de l’argent ou de jouer à des jeux ? » ou « Quels types de publications vois-tu le plus souvent ? » Expliquez ensuite que cette étude montre que les garçons reçoivent souvent des messages sur la masculinité, même s’ils ne les recherchent pas activement. Discutez ensemble : « Pourquoi penses-tu que les entreprises technologiques croient que les hommes veulent voir ce genre de contenu ? » ou « Qu’est-ce que cela te fait de savoir qu’ils te ciblent de cette façon ? »
Parlez ouvertement de l’image corporelle. Apprenez ensemble des sujets tels que la bigorexie (une obsession malsaine pour le développement musculaire) ou les troubles de l’alimentation chez les garçons, qui passent souvent inaperçus. Question : « Les réseaux sociaux montrent beaucoup de choses sur le fait d’être musclé, vois-tu aussi ce genre de vidéos ? » et « Qu’est-ce que cela vous fait ? »
Explorez leurs influenceurs. Au lieu de juger, montrez un véritable intérêt. « Quels créateurs vous inspirent ? » ou « Quels conseils recevez-vous des gens en ligne ? » Vous pouvez ensuite encourager la réflexion : « Est-ce qu’ils disent parfois quelque chose avec lequel vous n’êtes pas d’accord ? »
Encouragez l’expression émotionnelle. Les garçons ont non seulement besoin d’entendre, mais aussi de voir que les hommes expriment leurs émotions.
Renforcez les liens réels. Donnez la priorité au temps passé en famille, encouragez les amitiés et créez des espaces sûrs où toutes les émotions sont les bienvenues.
Utilisez des communautés en ligne positives. Aidez votre fils à trouver des jeux ou des groupes en ligne sécurisés avec une modération respectueuse et intervenez en cas de haine ou d’intimidation.
Reliez les intérêts numériques au monde réel. Votre fils aime les jeux ? Pensez aux clubs locaux, aux équipes d’e-sports ou aux cours de codage où il peut établir des contacts hors ligne.
Créez des zones sans jugement. Faites en sorte qu’il soit normal de parler de ce qu’il voit en ligne, sans craindre d’être puni ou de se faire interdire l’accès à son écran.
Attention : nous ne sommes pas médecins. Si vous avez des inquiétudes, consultez toujours un professionnel de la santé.
Vous souhaitez en savoir plus sur la règle parentale essentielle que tout parent devrait suivre selon un psychologue ? Lisez cet article.
Source : Common Sense Media
