Publié le 26 décembre 2025 à 18h05. Une vaste étude clinique menée aux États-Unis n’a pas démontré l’efficacité de plusieurs approches thérapeutiques pour atténuer les troubles cognitifs persistants, communément appelés « brouillard cérébral », chez les patients souffrant de Covid long. Les résultats, publiés dans la revue JAMA Neurology, soulignent la complexité de cette affection et la nécessité de poursuivre les recherches.
- Les interventions testées – entraînement cognitif, rééducation structurée et stimulation transcrânienne – n’ont pas surpassé les groupes témoins.
- L’étude RECOVER-NEURO, la plus importante de son genre, incluait 328 adultes présentant des symptômes cognitifs liés au Covid long.
- Malgré l’absence d’amélioration significative, les participants ont globalement montré une légère amélioration cognitive, suggérant un effet placebo ou une évolution naturelle de la condition.
En 2024, les Académies nationales des sciences, de l’ingénierie et de la médecine (NASEM) ont proposé une définition standardisée du « Covid long », une affection chronique survenant après une infection au SARS-CoV-2 et persistant pendant au moins trois mois. Cette définition prend en compte la diversité des manifestations possibles, qu’elles soient continues, récurrentes ou progressives, et leur impact sur un ou plusieurs systèmes organiques.
Le dysfonctionnement cognitif persistant est l’une des plaintes les plus fréquentes et invalidantes chez les personnes atteintes de Covid long. Il se manifeste par des difficultés dans des domaines clés tels que l’attention, la mémoire, la vitesse de traitement de l’information et les fonctions exécutives, affectant ainsi l’autonomie et la qualité de vie des patients.
Face à l’absence de traitements éprouvés, le consortium RECOVER, relevant des National Institutes of Health (NIH) aux États-Unis, a mis en place l’essai clinique RECOVER-NEURO. Cette étude, menée dans 22 centres nord-américains, visait à évaluer l’efficacité de différentes interventions de réadaptation cognitive.
L’essai RECOVER-NEURO a inclus 328 adultes présentant des symptômes cognitifs persistants liés au Covid long. Les participants ont été répartis aléatoirement en cinq groupes : un groupe recevant un entraînement cognitif adaptatif basé sur la neuroplasticité (BrainHQ), un autre combinant une intervention structurée de rééducation cognitive (PASC-CoRE) avec BrainHQ, un troisième bénéficiant d’une stimulation transcrânienne en courant continu (tDCS) associée à BrainHQ, un groupe témoin actif (jeux et puzzles en ligne) et un groupe témoin recevant une stimulation transcrânienne inactive (tDCS factice) combinée à BrainHQ.
Les interventions ont été appliquées à distance pendant dix semaines, cinq fois par semaine. Le critère principal d’évaluation était l’évolution de l’échelle de cognition quotidienne 2 (ECog2), un outil d’auto-évaluation des difficultés cognitives fonctionnelles, mesurée au début et à la fin de l’intervention. La sécurité des procédures a été surveillée à l’aide du questionnaire modifié sur les symptômes de DePaul, afin de détecter d’éventuelles exacerbations des symptômes liés à la fatigue post-effort.
Les résultats de l’étude ont révélé qu’aucune des trois interventions actives n’a démontré de bénéfice significatif par rapport aux groupes témoins. Plus précisément :
- BrainHQ n’a pas montré de différence significative par rapport au contrôle actif (différence ajustée = 0,0 ; IC à 95 % : -0,2 à 0,2 ; p = 0,98).
- PASC-CoRE combiné à BrainHQ n’a pas non plus présenté d’amélioration significative par rapport au contrôle actif (différence ajustée = 0,1 ; IC à 95 % : -0,1 à 0,3 ; p = 0,18).
- La stimulation transcrânienne active (tDCS) n’a pas été plus efficace que la stimulation transcrânienne factice (différence ajustée = 0,0 ; IC à 95 % : -0,2 à 0,2 ; p = 0,97).
- Enfin, PASC-CoRE combiné à BrainHQ n’a pas surpassé BrainHQ seul (différence ajustée = 0,1 ; IC à 95 % : -0,1 à 0,3 ; p = 0,17).
Il est à noter que tous les groupes, y compris les témoins, ont présenté une légère amélioration cognitive (environ 0,5 point sur l’échelle ECog2, dont le score total est de 5 points). Ce résultat pourrait suggérer un effet placebo, une amélioration spontanée ou un bénéfice non spécifique lié à la participation à une étude structurée.
En termes de sécurité, l’étude n’a pas révélé d’événements indésirables graves liés aux interventions. La stimulation transcrânienne a été bien tolérée, avec un seul cas d’irritation thermique mineure. Il n’y a pas eu d’aggravation des symptômes de malaise post-effort entre les groupes, selon le questionnaire modifié sur les symptômes de DePaul.
RECOVER-NEURO représente une première tentative systématique et à grande échelle d’évaluer les traitements de réadaptation pour le « brouillard cérébral » post-Covid. Bien que les résultats soient décevants, ils soulignent la complexité de cette affection et la nécessité de poursuivre les recherches. L’étude suggère également que des essais cliniques multicentriques à distance sont réalisables et pourraient servir de base à de futures études plus ciblées, axées sur des sous-groupes de patients présentant des déficits cognitifs spécifiques.
Implications pratiques
- Les interventions couramment utilisées en pratique clinique (entraînement cognitif en ligne, rééducation structurée et tDCS) n’ont pas démontré d’efficacité supérieure au contrôle actif chez les patients atteints de Covid long dans l’étude RECOVER.
- À ce jour, il n’existe aucun traitement validé pour le brouillard cérébral post-COVID.
- Malgré cela, les patients signalent souvent une amélioration modérée au fil du temps, ce qui suggère une évolution naturelle ou un bénéfice non spécifique lié à l’engagement thérapeutique.
- Dans la pratique clinique, la prise en charge doit rester multidimensionnelle, en mettant l’accent sur l’éducation des patients, l’optimisation du sommeil et de l’humeur, la gestion de la fatigue, une reprise progressive des activités cognitives, une approche interdisciplinaire si nécessaire et un suivi longitudinal pour identifier les sous-groupes présentant des déficits persistants.
