Un hommage vibrant et déconstruit à la légendaire Miriam Makeba, surnommée « Mama Africa », est présenté au public britannique avec Mimi’s Shebeen, la nouvelle création de la chorégraphe Alesandra Seutin. La pièce explore l’exil, la résilience et l’héritage musical de l’artiste sud-africaine à travers la danse, la musique live et la parole.
« En Afrique du Sud, parler de Miriam Makeba, c’est comme évoquer une reine », confie Alesandra Seutin. L’œuvre, qui a débuté sa tournée à Bruxelles en 2023, ne se veut pas une simple biographie, mais plutôt un rituel de souvenir, une sorte de cérémonie funéraire revisitée, oscillant entre éloge, célébration et provocation. Au cœur de ce spectacle se trouve la chanteuse sud-africaine Tutu Puoane, qui donne une nouvelle vie aux chansons emblématiques de Makeba.
Mimi’s Shebeen s’inspire du concept du « shebeen », ces lieux de rassemblement informels en Afrique du Sud où l’on déguste de l’alcool de fabrication artisanale et où les conversations vont bon train. Ces établissements étaient souvent tenus par des femmes, comme la mère de Makeba, Christina, une « shebeen queen » arrêtée pour avoir illégalement fabriqué de l’alcool alors que sa fille n’avait que 18 jours. Christina fut emprisonnée pendant six mois, emmenant avec elle son bébé, marquant ainsi le début d’une vie hors du commun pour Miriam.
La recherche sur la vie de Makeba a été initiée par Seutin alors qu’elle accompagnait sa mère, atteinte d’un cancer, à l’hôpital à Londres. « Elle me demandait constamment de la musique de Miriam Makeba. Nous chantions ensemble, et cela lui apportait beaucoup de joie », se souvient la chorégraphe. Ses investigations ont révélé des facettes méconnues de la vie de l’artiste, notamment son propre combat contre le cancer du sein à l’adolescence, la mort de sa fille Bongi en 1985, et l’impossibilité d’assister aux funérailles de sa mère en raison de son exil.
« On a tendance à ne voir que le succès des gens, et on oublie qu’ils traversent des épreuves comme tout le monde », observe Seutin. L’exil de Makeba, qui lui a valu d’être interdite de retour en Afrique du Sud pendant 30 ans après son départ en 1959 en raison de son engagement anti-apartheid, et son interdiction ultérieure aux États-Unis après son mariage avec l’activiste des Black Panthers, Stokely Carmichael, sont des thèmes centraux de la pièce.
Au-delà de la biographie de Makeba, Mimi’s Shebeen aborde également la question du déplacement et de la dépossession contemporaine. Seutin imagine une seconde protagoniste, une migrante d’aujourd’hui, et invite le public à se reconnaître dans ces différents personnages.
Sur scène, les danseurs, issus de divers horizons, ne semblent pas simplement interpréter, mais être possédés par le rythme, en parfaite symbiose avec les musiciens. La chorégraphie de Seutin, enrichie de ses expériences en tant que co-directrice artistique de l’École des Sables au Sénégal (de 2020 à 2024), intègre des influences variées, allant des danses traditionnelles africaines aux styles urbains comme le krump.
Seutin a été surprise de constater que certains des jeunes danseurs, non originaires d’Afrique du Sud, ne connaissaient pas l’œuvre de Miriam Makeba, décédée en 2008 après un malaise cardiaque survenu sur scène en Italie. « Je pense qu’elle inspirerait les jeunes à défendre leurs convictions avec grâce et authenticité », affirme-t-elle. « Elle savait dire des choses fortes tout en offrant une beauté musicale incomparable. »
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