Home DivertissementReprésentation de valse vivante et joyeuse dans une ambiance de la RDAOnline Merker

Représentation de valse vivante et joyeuse dans une ambiance de la RDAOnline Merker

by Antoine Girard

Berlin, le 22 octobre 2025. L’opérette « Die Fledermaus » de Johann Strauss a été revisitée avec brio par les étudiants de la Hochschule für Musik Hanns Eisler, dans une mise en scène audacieuse ancrée dans l’histoire de la RDA et saluée pour sa qualité musicale.

  • La production, dirigée par le professeur Claus Unzen, transpose l’action dans l’atmosphère de la fin de la RDA, intégrant des références à la vie quotidienne et aux préoccupations de l’époque.
  • L’arrangement musical pour petit orchestre (neuf musiciens) a été particulièrement apprécié pour sa finesse et son dynamisme.
  • Les interprètes, notamment Alla Khaiout dans le rôle de Rosalinde et Duagarmorn Fu dans celui d’Adèle, ont été salués pour leurs performances vocales et leur jeu d’acteur.

Le professeur Claus Unzen, à l’approche de la fin de sa carrière, a choisi de confier à ses étudiants une adaptation originale de l’opérette « Die Fledermaus ». Consciente de l’impossibilité d’une interprétation viennoise classique dans le contexte berlinois actuel, l’équipe a opté pour une approche novatrice, ancrant l’œuvre dans l’histoire de la Hochschule für Musik Hanns Eisler elle-même. Les dialogues ont été adaptés pour refléter cette nouvelle perspective, tout en préservant l’essence de la musique et des personnages.

La pièce se déroule à l’époque de la RDA, alors que le couple Eisenstein profite de vacances dans un camping (une scène nostalgique signée Ivan Ivanov). Adèle y travaille comme femme de ménage. Le complot de vengeance orchestré par le Dr Falke prend une tournure inattendue, avec l’aide d’un soldat russe du même nom qui invite l’ensemble des protagonistes dans un restaurant aux couleurs des années 80, orné d’un trophée de pêche. Parallèlement, un groupe d’étudiants proteste contre la corruption du régime communiste. L’ambiance festive du deuxième acte est ponctuée par un reportage télévisé annonçant la chute du mur de Berlin, déclenchant une fraternisation générale et invitant même le public à se joindre à une valse.

Le troisième acte voit apparaître une grenouille déguisée en Hanns Eisler, exprimant son inquiétude face aux menaces de coupes budgétaires dans le secteur culturel berlinois et célébrant les mérites pédagogiques de l’université. Cette figure singulière aborde également la culture viennoise et exprime son désir d’assister au concert du Nouvel An. La nouvelle de la chute du mur de Berlin provoque une tentative précipitée de détruire les dossiers de la Stasi. La peine de prison prononcée contre Eisenstein devient alors caduque, et l’œuvre se conclut dans la joie avec le refrain emblématique « O Fledermaus, O Fledermaus ».

L’adaptation culinaire est également présente : Eisenstein ne commande pas de bœuf bouilli, mais un poulet de chair, accompagné de Jägerschnitzel aux petits pois et au chou. Rosalinde, quant à elle, opte pour des fruits marinés dans de l’Hippocras, un vin rouge épicé et sucré.

Selon le critique Dr. Ingobert Waltenberger, ce concept sur mesure pour Berlin fonctionne étonnamment bien, même pour un public habitué à la tradition viennoise. Il souligne la joie dans les détails, l’humour subtil et l’engagement total des jeunes interprètes. Il met également en avant la qualité musicale de la production, qui a su satisfaire les mélomanes les plus exigeants.

Pierre Meister a dirigé l’ensemble avec une aisance viennoise, mettant en valeur l’arrangement pour petit orchestre de Franz Wittenbrink (neuf musiciens). Cet arrangement, d’une densité comparable à celle des orchestrations complexes de Schönberg, confère à l’opérette une sonorité à la fois moins douce et plus percutante, rythmiquement plus dynamique et plus expressive.

Les performances des sopranos Alla Khaiout (Rosalinde) et Duagarmorn Fu (Adèle) ont été particulièrement remarquées. Alla Khaiout a impressionné par sa colorature flexible et ses aigus puissants, tandis que Duagarmorn Fu a incarné une Adèle espiègle et intelligente avec une voix lyrique fraîche et maîtrisée.

Le ténor Parcequ’Ustay a interprété Eisenstein, le présentant comme un personnage corrompu et opportuniste. Janka Watermann a brillé dans le rôle d’Orlofsky, un médaillé soviétique qui révèle sa véritable identité de femme en retirant sa barbe postiche, symbolisant la libération des identités après la chute du mur de Berlin. Darius Herrmann (Frank) et Yutong Wei (Dr. Falke) ont également captivé l’attention avec leurs belles voix de baryton. Mario Icario da Silva (Dr. Blind) et Sara Wijlaars (Ida) ont complété le casting, tandis que Dzimitri Smalonski a incarné Alfred, harcelant la grenouille avec son chant incessant. Christine Schäfer, professeure de chant à la Hochschule für Musik Hanns Eisler depuis 2015/16, a donné vie au rôle de la grenouille, interprétant avec brio la « Chanson viennoise » de Hanns Eisler.

Dans cette production, la grenouille n’est pas un simple philosophe ivre et paresseux, mais un gardien de prison qui détient le sceau et l’ordre. Elle exprime son aversion pour l’opéra et les ténors, et déplore la précarité financière de l’art et de la musique.

En conclusion, cette production universitaire de « Die Fledermaus » est une réussite éclatante, une adaptation intelligente et amusante qui rend hommage à l’œuvre originale tout en la réinterprétant avec originalité. Dr. Waltenberger la juge supérieure à la production de Villazon au Deutsche Oper Berlin en 2018.

Dr Ingobert Waltenberger

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