Home AffairesReprise, inflation et partage du fardeau : 3 appels pour la zone euro

Reprise, inflation et partage du fardeau : 3 appels pour la zone euro

by Amélie Bernard

Après une année 2024 difficile, l’horizon économique de la zone euro pourrait s’éclaircir en 2026, selon les prévisions d’ING. Toutefois, cette reprise cyclique attendue est assombrie par des interrogations persistantes sur les réformes structurelles et une inflation potentiellement sous-estimée, ravivant même le débat sur la mutualisation de la dette européenne.

La banque néerlandaise anticipe un rebond du secteur manufacturier, plombé depuis 2022 par la flambée des prix de l’énergie, le renforcement de l’euro, la concurrence accrue de la Chine et les tensions commerciales. Si ces dernières n’ont pas totalement disparu, les prix du pétrole et du gaz naturel ont chuté de plus de 20 % depuis le début de l’année 2025. L’Allemagne, de son côté, prévoit de réduire significativement les coûts de l’électricité pour les industries énergivores, offrant ainsi un nouveau souffle.

La demande devrait également être soutenue par le déblocage des fonds restants du plan de relance européen en 2026, ainsi que par les investissements allemands dans les infrastructures et l’augmentation des dépenses militaires. L’utilisation des capacités de production dans l’industrie manufacturière a déjà progressé cette année, ce qui pourrait encourager les entreprises à investir davantage l’année prochaine. Malgré ces signaux positifs, la concurrence chinoise reste un défi structurel majeur.

Cependant, ING met en garde contre un risque de sous-estimation de l’inflation en 2026. Des facteurs externes, tels que la faiblesse de la demande mondiale et l’augmentation de l’offre, pourraient entraîner une baisse des prix de l’énergie inférieure aux prévisions. L’appréciation de l’euro devrait également peser sur les prix des importations. De plus, la concurrence chinoise croissante et le réorientation des producteurs européens vers le marché intérieur, au détriment des exportations vers les États-Unis, pourraient engendrer un risque de dumping et une pression à la baisse sur les prix des biens essentiels.

Dans ce contexte, une baisse de l’inflation inférieure à 1,5 % n’est pas exclue. Bien que ces facteurs soient en grande partie temporaires et que des risques inflationnistes à moyen terme persistent, la Banque centrale européenne pourrait être confrontée à des pressions pour abaisser les taux d’intérêt afin d’éviter un scénario de sous-estimation prolongée de l’inflation.

Enfin, ING soulève la possibilité d’un retour des euro-obligations, mais sous une forme nouvelle. Plus d’un an après la publication du rapport Draghi, les progrès en matière d’intégration européenne, de réduction de la réglementation et de lutte contre la fragmentation des marchés restent limités. L’implémentation complète des recommandations de Draghi en 2026 apparaît improbable. Le principal risque réside dans la priorité accordée par les gouvernements nationaux à leurs propres intérêts, reléguant la dimension européenne au second plan.

Néanmoins, l’expérience positive de l’Union européenne avec les obligations liées à des projets spécifiques et le fonds de relance pourrait ouvrir la voie à l’émission d’« obligations ukrainiennes » destinées à financer l’aide militaire ou la reconstruction du pays. Bien que les mesures de relance budgétaire de l’Allemagne aient réduit l’urgence de recourir à de nouveaux actifs refuges, une telle obligation représenterait une étape supplémentaire vers l’achèvement de l’union des marchés des capitaux et relancerait une tradition européenne : l’émission d’euro-obligations par des voies détournées.

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