Publié le 7 janvier 2026 12:05:00. La pièce « Dublin Gothic » de Barbara Bergin, actuellement sur les planches, dépeint un siècle de vie dans un immeuble délabré du centre de Dublin, explorant les cycles de pauvreté, de traumatisme et de résilience à travers quatre générations de familles.
- La pièce suit le destin de quatre familles dont les vies sont intimement liées sur une période de cent ans.
- Honor Gately, personnage central interprété par Sarah Morris, incarne la lutte pour l’émancipation et la rupture avec les schémas du passé.
- Avec une distribution de 19 acteurs jouant plus de 120 personnages, la production est ambitieuse mais parfois submergée par sa propre ampleur narrative.
L’œuvre de Barbara Bergin, « Dublin Gothic », nous plonge au cœur d’un Dublin méconnu, celui des ruelles aux noms évocateurs – Tosser’s Pot, Cutpurse, Pokes Alley, Kiphouse Row – où la vie, dès 1880, est marquée par la précarité, la maladie et la violence. La pièce, qui s’étend sur un siècle, suit le quotidien de quatre familles dont les destins s’entrecroisent, confrontées à des traumatismes récurrents, particulièrement chez les femmes, qui rappellent l’œuvre de Seán O’Casey.
L’histoire se déroule sur fond de bouleversements historiques majeurs : grèves, révolution, guerre d’indépendance, premières années de l’État irlandais, et plus tard, les crises liées à l’héroïne et au VIH-Sida dans les années 1980. Bergin tisse un fil conducteur à travers le temps grâce au personnage d’Honor Gately, une travailleuse du sexe interprétée avec brio par Sarah Morris, qui refuse de se résigner à son sort de « fille de la famine ». Son arrière-petite-fille, également incarnée par Morris, poursuit cette quête d’émancipation en se lançant dans l’écriture d’un roman.
La pièce ne manque pas d’humour, notamment grâce au personnage du fils d’Honor, interprété par Thhommas Kane Byrne, qui apporte une touche comique en incarnant un patriote involontaire lors de l’Insurrection de Pâques de 1916. Bergin a choisi d’intégrer des figures historiques, parfois de manière caricaturale, comme des incarnations de James Joyce, Pádraig Pearse et Brendan Behan, ainsi qu’un chanteur rappelant Bob Geldof ou Bono. Un cortège d’hommes abusifs, manipulateurs ou pathétiques – politiciens, prêtres, écrivains déchus – défile sur scène, au détriment parfois d’une certaine subtilité au profit de la dynamique narrative.
Avec une distribution imposante de 19 comédiens, la narration est complexe et expansive, voire étouffante par moments. Les acteurs, véritable chœur en perpétuel mouvement, se relaient pour raconter l’histoire, incarnant plus de 120 personnages en trois heures et demie, dans un tourbillon de costumes et de changements de scène. La mise en scène de Caroline Byrne, bien que dynamique, peine parfois à pleinement exploiter le potentiel spectaculaire du décor monumental conçu par Jamie Vartan, qui représente une coupe transversale de l’immeuble. Malgré l’ambition de cette production, son ampleur foisonnante laisse peu de place à l’émergence d’idées nouvelles.
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