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Revue: Ocean Vuong échoue dans “l’empereur de la joie”

by Antoine Girard

L’Empereur de la Joie

Ocean Vuong, après le succès retentissant de son roman “Pendant un certain temps nous sommes beaux sur Terre”, revient avec un nouveau récit poignant. Son premier livre avait été salué comme un chef-d’œuvre, se vendant à des millions d’exemplaires et touchant profondément de nombreux lecteurs.

Vuong est arrivé aux États-Unis, dans le Connecticut, avec sa grand-mère et sa mère, qui travaillait dans un salon de manucure. Les deux femmes portaient les cicatrices de la guerre du Vietnam et luttaient contre de graves problèmes de santé mentale.

Dans “L’Empereur de la Joie”, on retrouve des thèmes similaires à son œuvre précédente : une mère travaillant dans un salon de manucure, une tante Kim en prison, et son fils Sony, employé dans un fast-food. Le roman débute par une longue description poétique d’une ville de l’Est.

Le jeune Hai, personnage central, est présenté au lecteur sur un pont, prêt à mettre fin à ses jours. Mais il est interrompu par une vieille femme, Grazina, qui lui demande de descendre. Une amitié improbable naît entre eux. Grazina, originaire de Lituanie, lui propose de l’héberger et de l’aider à gérer ses médicaments. Pour Hai, c’est un salut, il trouve un ami et une occupation. Grazina souffre de démence frontale, hantée par des souvenirs de guerre traumatisants, et entraîne progressivement Hai dans un jeu de rôle complexe où ils reconstruisent son passé. La menace constante est la détérioration de la santé de Grazina et la volonté de son fils de la placer en maison de retraite, puis de vendre la maison.

Avant de se tenir sur le pont, Hai avait passé trois semaines dans un centre de désintoxication pour vaincre sa dépendance. Il avait menti à sa mère, lui disant qu’il était en formation médicale à Boston. Tout au long du roman, il continue de mentir sur ses études. Il rend visite à sa mère à vélo pour lui souhaiter bonne année, se contentant de l’observer par la fenêtre, la réjouissant par un simple appel téléphonique.

La vie avec Grazina est harmonieuse, les deux marginaux s’apportant un soutien mutuel. Cependant, l’argent manque, et Hai cherche alors du travail auprès de son cousin Sony dans le fast-food. Contre toute attente, il est embauché le lendemain, découvrant un nouveau contexte et de nouveaux collègues.

Ocean Vuong ouvre son roman avec une citation de Hamlet : “Le masque est votre seul empereur… Nous traitons tous les animaux pour nous fertiliser et nous donner aux vers.” La manipulation des animaux et de la viande dans le fast-food occupe une place importante et est décrite avec des formulations qui suscitent le dégoût. Pourtant, le personnel fait ce qu’il doit, confronté à une réalité où il faut manger pour survivre.

Un fast-food peut représenter l’un des cercles inférieurs de la société, mais le roman montre que l’amitié peut y fleurir, comme partout ailleurs. La conviction que, malgré les difficultés, nous sommes tous beaux sur Terre est maintenue en vie, même dans ce contexte. Hai est un personnage attachant, qui, malgré ses défauts, veut du bien aux autres. Il ne cherche pas à se faire remarquer, mais gagne le cœur de ses collègues. Il ne trahit pas Sony lorsqu’il panique et se dévoue à sa propriétaire atteinte de démence.

Cependant, le message d’amour et de sentimentalité dans “L’Empereur de la Joie” ne suffit pas à en faire un grand roman. Les interactions entre Hai et Grazina sont étirées à l’infini, donnant l’impression d’écouter les descriptions de rêves. L’histoire manque d’ordre, et l’intention de surprendre, de bouleverser et de divertir est trop évidente. L’écriture des dialogues est maladroite, et les répliques sonnent faux.

Le personnel du fast-food est souvent réduit à des caricatures. Vuong semble obsédé par ce qui est visible, entendu et dit, et nous offre de longues descriptions complexes, enrichies d’associations d’idées libres. Le rythme est inégal, donnant l’impression que le roman s’enlise. Une profusion de mots bruyants.

Le roman est submergé d’images et de métaphores. Parfois comiques, si l’on apprécie le tumulte et le burlesque (“le front oblique sortant du gâteau comme une pierre tombale hors de la terre”). Parfois, ou généralement répulsives (“elle a pointé avec un clou non coupé sur la pizza qui s’élève au fromage sur la couverture”).

Il a été difficile de lire ce livre, mais le traducteur, Niclas Nilsson, mérite tous les honneurs pour avoir trouvé des mots suédois appropriés pour rendre ces cascades d’images.

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