Après treize années de gestation, Routine, un jeu d’horreur à la première personne, propose une expérience singulière, privilégiant l’ambiance et la tension psychologique à l’action frénétique. Disponible sur PC et Xbox Series S/X, et intégré au Game Pass Ultimate dès son lancement, le titre de Lunar Software se distingue par son esthétique rétro-futuriste et son approche délibérément exigeante.
L’action se déroule dans Union Plaza, une colonie lunaire abandonnée, imprégnée d’une atmosphère particulière. Le décor, évoquant à la fois les bases spatiales des films de science-fiction classiques et l’esthétique des années 1980, est un mélange de plastiques jaunis, de câbles apparents et de moniteurs cathodiques. Cette esthétique, plus soucieuse de cohérence que de prouesses graphiques, joue sur les contrastes entre la lumière lunaire, les néons délavés et l’obscurité des tunnels de maintenance, créant une ambiance visuelle marquante.
L’immersion est renforcée par un travail minutieux du son, où chaque bruit – pas, sifflements de portes, ronronnements électriques – contribue à l’oppression. Le jeu ne cherche pas à effrayer par des jump scares, mais à installer une tension progressive, basée sur la suggestion et l’anticipation. La peur naît de ce qui pourrait se cacher derrière un coin, plutôt que de ce qui est immédiatement visible.
Le gameplay de Routine se concentre sur l’interaction avec l’environnement et la gestion des ressources. Le joueur incarne un ingénieur spatial équipé du Cosmonaut Assistance Tool (CAT), un appareil modulaire qui sert à la fois d’interface de jeu et d’outil d’interaction. L’absence d’une interface utilisateur classique, avec des indicateurs de santé ou une carte, ajoute à la difficulté et à l’immersion. Le CAT peut également être utilisé comme une arme, mais son efficacité limitée contre les robots Type-05, les ennemis principaux du jeu, souligne l’importance de la prudence et de la gestion des batteries.
Les Type-05, des robots squelettiques patrouillant dans la colonie, représentent une menace constante. Ils peuvent ouvrir les portes, traquer le joueur et réagir aux bruits. Cependant, le jeu évite de transformer chaque section en une course-poursuite effrénée, alternant les moments de tension avec des phases d’exploration et de résolution d’énigmes. Ces énigmes, contextuelles et rarement complexes, sont intégrées à l’environnement et nécessitent une lecture attentive des documents et des journaux laissés par l’équipage.
L’expérience est délibérément « hostile », avec des interfaces peu intuitives et des écrans sales ou obliques. Cette difficulté d’accès renforce le sentiment d’isolement et de vulnérabilité. Le jeu oblige le joueur à prendre des décisions difficiles, comme éteindre les lumières au risque d’attirer l’attention des robots, ou entrer dans des conduits sombres. Même l’humour noir, présent dans certains éléments du décor, contribue à l’atmosphère étrange et dérangeante.
L’intrigue de Routine est relativement simple, s’inspirant des classiques du genre. Le protagoniste, un ingénieur anonyme, doit découvrir les raisons de l’abandon de la colonie. L’histoire se dévoile progressivement à travers les documents et les environnements, laissant au joueur le soin d’interpréter les événements. La conclusion du jeu, cependant, pourrait décevoir certains joueurs, en raison d’un changement de ton et d’une résolution jugée trop faible par rapport à la construction de l’atmosphère.
Avec une durée de jeu comprise entre six et huit heures, Routine n’est pas un titre massif, mais il se distingue par son identité forte et sa vision artistique. Il s’adresse aux joueurs patients, capables d’apprécier une ambiance oppressante, une interface exigeante et une tension psychologique subtile. Lunar Software ne révolutionne pas le genre de l’horreur, mais propose une expérience originale et marquante, rappelant l’importance d’une vision auteuriale dans un domaine souvent saturé.