Home AffairesRubin Rally de Super Micro : le retour du serveur AI est-il réel ?

Rubin Rally de Super Micro : le retour du serveur AI est-il réel ?

by Amélie Bernard

Après une période d’incertitude, le fabricant de serveurs Super Micro Computer semble avoir surmonté ses difficultés, porté par un nouveau contrat avec Nvidia et une amélioration de sa situation financière. Les investisseurs, initialement méfiants, se montrent désormais plus optimistes, mais restent attentifs à la capacité de l’entreprise à maintenir ses marges dans un marché concurrentiel.

L’action Super Micro a bondi d’environ 5 % le 5 janvier, se stabilisant entre 30 et 31 dollars, suite à une annonce commerciale encourageante. Pendant une grande partie de 2024 et 2025, l’entreprise avait été confrontée à des questions existentielles : respect des délais de publication de ses résultats financiers, risque de radiation du Nasdaq… Des craintes qui semblent aujourd’hui s’éloigner. Le débat à Wall Street a évolué : il ne s’agit plus de savoir si Super Micro allait survivre, mais si elle peut réellement tenir ses promesses.

L’élément déclencheur de ce regain de confiance est la confirmation que Super Micro a étendu sa capacité de production pour prendre en charge les plateformes Vera Rubin et Rubin AI de Nvidia. Ce signal fort confirme la solidité de la relation entre les deux entreprises, Nvidia étant un acteur majeur du marché des puces d’intelligence artificielle (IA). Avec la levée des restrictions comptables, les investisseurs se concentrent désormais sur les fondamentaux, et les données suggèrent une accélération opérationnelle significative en 2026.

La situation financière de Super Micro s’est considérablement améliorée. L’entreprise a retrouvé sa pleine conformité avec les exigences d’inscription au Nasdaq en février 2025. Cette étape, combinée à la nomination de BDO USA comme auditeur indépendant et à la conclusion d’une enquête interne qui n’a révélé aucune fraude de gestion, a rassuré les marchés. Fin décembre 2025, Super Micro a également finalisé une nouvelle ligne de crédit renouvelable de 2 milliards de dollars (environ 3,1 milliards d’euros), un vote de confiance des banques qui témoigne de sa solvabilité.

La construction de serveurs d’IA nécessite des investissements importants, notamment pour l’achat des coûteuses puces de Nvidia. Cette situation crée une tension sur la trésorerie, nécessitant des milliards de dollars d’avance pour honorer les commandes. La ligne de crédit de 2 milliards de dollars permet donc de pallier ce besoin de financement.

Au-delà de la solidité financière, Super Micro dispose d’un avantage technologique majeur. Les nouvelles puces Rubin de Nvidia génèrent une chaleur considérable, rendant les systèmes de refroidissement traditionnels inefficaces. Super Micro a investi massivement dans la technologie de refroidissement direct par liquide (DLC) et est déjà en mesure de produire plus de 2 000 racks refroidis par liquide par mois. Cette solution permet de réduire les coûts énergétiques des centres de données jusqu’à 40 %. L’architecture modulaire de l’entreprise lui permet d’intégrer rapidement de nouvelles plaques de refroidissement liquide, lui conférant une agilité que ses concurrents n’ont pas.

Les prévisions financières de Super Micro sont ambitieuses. Le chiffre d’affaires du premier trimestre de l’exercice 2026 (clos le 30 septembre 2025) s’est élevé à environ 5 milliards de dollars (environ 7,7 milliards d’euros), un chiffre déjà conséquent, mais inférieur aux 6,5 milliards de dollars (environ 10 milliards d’euros) attendus par Wall Street. Cependant, la direction prévoit une accélération spectaculaire au deuxième trimestre, avec un chiffre d’affaires estimé entre 10 et 11 milliards de dollars (environ 15,4 à 16,9 milliards d’euros), ce qui équivaudrait à un doublement en un seul trimestre.

Cette croissance rapide s’accompagne toutefois d’une compression des marges bénéficiaires. Les marges brutes sont récemment tombées à environ 9,3 %, contre une fourchette historique de 15 à 17 %. Cette baisse est due à une guerre des prix avec Dell, qui contrôle environ 20 % du marché des serveurs d’IA et utilise sa puissance financière pour proposer des prix plus bas. Super Micro a choisi de s’aligner sur ces prix pour préserver sa part de marché, misant sur la difficulté pour ses clients de changer de fournisseur une fois leurs racks refroidis par liquide installés.

Bien que l’action Super Micro se négocie encore en dessous de ses plus hauts historiques, les investisseurs qui acceptent de prendre des risques pourraient y trouver une opportunité intéressante. La crise de gouvernance est résolue, les problèmes de liquidité sont maîtrisés et le partenariat avec Nvidia se renforce. Le principal défi reste la pression sur les marges, mais la feuille de route technologique de l’entreprise laisse entrevoir un potentiel de croissance significatif dans le secteur en plein essor de l’IA.

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