Singapour témoigne d’une ruée sur l’or physique tandis que New York affiche des signes de fragilité sur le marché des contrats à terme. Ces mouvements, conjugués à des décisions stratégiques de géants financiers comme JP Morgan, pourraient signaler un basculement du centre de gravité du marché de l’or vers l’Asie.
La semaine dernière, le marché de l’or a connu des événements marquants. Des files d’attente considérables se sont formées devant BullionStar, un négociant singapourien, où les investisseurs se pressaient pour acquérir des lingots d’or et d’argent. En l’espace d’une semaine, près de 6 tonnes d’argent ont été vendues, dépassant parfois en valeur les ventes d’or. Un acheteur a pu tenir dans ses mains un lingot de 400 onces (environ 11,3 kg), habituellement réservé aux banques centrales.
Ce phénomène coïncide avec une décision surprenante de JP Morgan : le transfert complet de son bureau de négociation sur l’or, composé de plus de 50 traders et de leurs familles, de New York à Singapour. Cette relocalisation, annoncée par simple courriel interne, s’est produite en pleine suspension inexpliquée des échanges sur le COMEX, la bourse américaine des contrats à terme, pendant 11 heures, au moment où JP Morgan réalisait une livraison physique d’or sans précédent depuis 2008.
« La demande augmente. Certains jours, nous avons vendu trois fois plus d’argent que d’or en valeur », a déclaré un contact chez BullionStar sur LinkedIn. « Ce n’est pas de la spéculation. Il s’agit d’un changement de confiance. »
Plusieurs autres signaux confirment cette tendance : les pays membres des BRICS ont vendu pour 93 milliards de dollars (environ 86 milliards d’euros) de bons du Trésor américain, accélérant ainsi leur désengagement des actifs libellés en dollars. Singapour, quant à elle, s’impose comme un centre névralgique pour le commerce des matières premières, notamment grâce à l’absence de droits de douane sur l’importation d’or et à ses liens étroits avec la bourse chinoise de l’or de Shanghai.
Parallèlement, les banques centrales continuent d’accumuler des réserves d’or à un rythme record, privilégiant le rapatriement du métal plutôt que de le conserver auprès de dépositaires occidentaux.
Selon des experts, ces éléments convergent pour indiquer un transfert progressif du pouvoir sur le marché de l’or, passant d’un système occidental basé sur les contrats dérivés et le levier financier à un modèle asiatique axé sur la possession physique du métal. Le déplacement de JP Morgan ne serait pas une simple question d’efficacité opérationnelle, mais une reconnaissance du nouveau centre de gravité du marché.
L’or, traditionnellement considéré comme un baromètre de la confiance dans le système financier, semble ainsi annoncer un changement profond. Les perturbations observées à New York et la ruée vers l’Asie pourraient bien signaler une évolution durable, avec des implications potentielles sur le dollar américain lui-même.
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