Publié le 26 février 2024. Une étude menée par des chercheurs de Harvard et du centre médical Beth Israel Deaconess révèle que le syndrome post-COVID, ou « long COVID », serait lié à une inflammation chronique persistante et à un dysfonctionnement immunitaire, ouvrant de nouvelles perspectives thérapeutiques pour les millions de personnes touchées.
- Les patients atteints de long COVID présentent des marqueurs d’inflammation chronique et de perturbations métaboliques non observés chez ceux qui se sont complètement rétablis.
- L’intensité de la réponse inflammatoire initiale au virus semble corrélée à la probabilité de développer des symptômes persistants.
- L’étude identifie des cibles potentielles pour des traitements visant à calmer l’inflammation et à restaurer une fonction immunitaire saine.
Des scientifiques de la Harvard Medical School et du Beth Israel Deaconess Medical Center ont mis en évidence des mécanismes biologiques distincts chez les patients souffrant de long COVID, par rapport à ceux qui ont guéri complètement de l’infection initiale. Leur recherche, publiée dans la revue Nature Immunology, pourrait permettre de développer des traitements plus efficaces contre cette affection invalidante qui touche une part importante de la population.
Selon les données récentes du ministère américain de la Santé et des Services sociaux, environ 15 millions d’Américains sont affectés par le long COVID. Les symptômes, qui peuvent persister des mois voire des années après l’infection initiale, incluent une fatigue intense, des troubles cognitifs (« brouillard cérébral »), un essoufflement et une intolérance à l’effort.
L’équipe dirigée par Dan H. Barouch a analysé des échantillons de sang de plus de 140 participants, comparant les réponses immunologiques et inflammatoires de patients atteints de long COVID à celles de personnes ayant guéri sans séquelles et de personnes n’ayant jamais été infectées par le SARS-CoV-2. Une approche « multi-omique », intégrant des données sur l’immunité, la présence virale, l’expression des gènes (transcriptomique) et les protéines plasmatiques (protéomique), a permis d’établir un profil détaillé du système immunitaire.
Les analyses ont révélé des différences significatives dans les voies de signalisation cellulaire chez les patients atteints de long COVID. Ces derniers présentaient des signes d’inflammation chronique, d’épuisement du système immunitaire et de perturbations du métabolisme cellulaire. De plus, les patients ayant manifesté la plus forte inflammation au début de l’infection étaient plus susceptibles de développer des symptômes persistants, suggérant que la réaction initiale du corps au virus pourrait, dans certains cas, favoriser l’apparition du long COVID.
« Il n’existe actuellement aucun traitement spécifique pour le long COVID, et la plupart des essais cliniques se sont concentrés sur l’élimination du virus résiduel potentiel. Nos résultats montrent que le long COVID se caractérise par une activation persistante des voies inflammatoires chroniques, ce qui ouvre de nouvelles pistes thérapeutiques. »
Dan H. Barouch, directeur du Centre de virologie et de recherche sur les vaccins à Beth Israel et professeur de médecine à la Harvard Medical School
Malika Aid Boudries, première auteure de l’étude et professeure adjointe de médecine à la Harvard Medical School, souligne l’importance de cette approche intégrative :
« L’intégration de données multi-omiques nous a permis d’obtenir une vue d’ensemble du paysage immunitaire du long COVID et d’identifier les voies clés qui pourraient être ciblées thérapeutiquement. Ce pont entre les données et l’action clinique est essentiel pour améliorer la prise en charge des patients. »
Malika Aid Boudries, professeure adjointe de médecine à la Harvard Medical School
Les chercheurs ont identifié des protéines immunitaires et inflammatoires spécifiques, ainsi que des signatures moléculaires, qui pourraient servir de cibles pour des thérapies visant à réduire l’inflammation chronique et à restaurer une fonction immunitaire optimale. L’étude a été financée par les National Institutes of Health.