Un homme de 79 ans a percuté de plein fouet une ambulance roulant à contresens sur l’autoroute 20 à Lévis, relançant le débat sur le contrôle de l’aptitude à conduire des aînés après des accidents vasculaires cérébraux non signalés à la Société de l’assurance automobile du Québec.
Il était près d’une heure du matin dans la nuit du 25 au 26 février 2026 lorsque plusieurs appels d’urgence ont afflué au 911 pour signaler un véhicule utilitaire sport qui circulait à contresens sur l’autoroute 20, à Lévis, à la hauteur de l’avenue Taniata. Une quinzaine de kilomètres après avoir amorcé un virage en U interdit, le véhicule conduit par Roger Angers a heurté frontalement une ambulance.
L’homme se trouvait à plus de 30 kilomètres de son domicile situé dans l’arrondissement de Beauport, à Québec, sur un tronçon routier qu’il fréquentait rarement en pleine nuit.

Des AVC non signalés malgré les avis médicaux
Quatre ans avant le drame, le conducteur avait rempli à l’âge de 75 ans le formulaire d’autodéclaration requis par la Société de l’assurance automobile du Québec, certifiant ne souffrir d’aucun problème de santé majeur. Toutefois, sa situation médicale a profondément changé par la suite. Entre 75 et 79 ans, il a subi plusieurs accidents vasculaires cérébraux, des épisodes de confusion ainsi qu’un délirium postopératoire.
C’est en août 2024, à la suite d’un deuxième AVC survenu l’été précédent, qu’un médecin lui avait conseillé de cesser de conduire. Des séquelles cognitives avaient été documentées à son dossier, affectant particulièrement les zones du cerveau liées à la capacité d’évaluer un danger et de retenir un comportement inapproprié. Pourtant, aucun signalement n’avait été transmis à la SAAQ. Le Code de la sécurité routière permet aux professionnels de la santé d’alerter l’organisme s’ils estiment qu’un patient présente un risque grave pour le public, mais cette démarche demeure entièrement discrétionnaire.

Aucun mécanisme structuré ne permet actuellement de réévaluer l’aptitude à conduire d’un conducteur âgé entre deux contrôles statutaires de la SAAQ, et le signalement médical prévu par la loi québécoise demeure entièrement discrétionnaire.
Dr Arnaud Samson, coroner
Des failles réglementaires face au reste du pays
Depuis la fin de l’année 2021, la SAAQ n’impose plus d’évaluation médicale obligatoire pour attester des compétences au volant des personnes de 75 à 79 ans, seuil qui ne s’applique désormais qu’à partir de 80 ans. Pour la tranche d’âge précédente, le dispositif repose sur une autodéclaration où l’aîné doit signaler lui-même tout changement de santé dans un délai de 30 jours.
Le coroner souligne que le cadre juridique diffère sensiblement dans le reste du pays. Dans la majorité des provinces et territoires canadiens, incluant le Nouveau-Brunswick, le Manitoba et la Saskatchewan, la loi impose explicitement l’obligation de signaler tout problème de santé susceptible de compromettre la sécurité au volant. Au Québec, un guide du Collège des médecins indique qu’un signalement s’impose sur le plan déontologique face à un patient qui continue de conduire malgré un avis médical contraire, mais l’absence d’obligation formelle laisse place à des failles institutionnelles.
Le bilan des aînés et les recommandations du coroner
Simon-Pierre Poulin, porte-parole de la SAAQ, rappelle que les personnes de 75 ans et plus représentent 10 % des titulaires de permis mais ne sont impliquées que dans 6 % des collisions ayant causé des blessures ou des décès au cours des cinq dernières années, démontrant qu’ils ont statistiquement moins d’accidents que la moyenne des automobilistes. Environ 6 000 conducteurs de cette tranche d’âge voient chaque année leur permis suspendu partiellement ou totalement pour des motifs médicaux.
Pour éviter qu’une telle tragédie ne se reproduise, le Dr Samson formule deux recommandations principales à l’intention de la société d’État : intensifier les activités de sensibilisation auprès des professionnels de la santé concernant l’obligation de signalement et instituer un comité consultatif permanent sur l’aptitude médicale à conduire.
Pour l’instant, la SAAQ n’a pas encore statué sur ces propositions, le rapport d’investigation étant présentement en cours d’analyse.