Publié le 14 novembre 2025 à 19h54. Une enquête italienne est ouverte sur des accusations selon lesquelles de riches Occidentaux auraient payé pour chasser des civils pendant le siège de Sarajevo, un épisode sombre de la guerre de Bosnie dans les années 1990.
- Des témoignages et des documents remis aux procureurs milanais suggèrent que des individus fortunés organisaient des expéditions pour tirer sur des habitants de Sarajevo.
- L’enquête s’appuie sur des témoignages, notamment celui d’un pompier américain, et a conduit à une demande d’informations auprès du tribunal de La Haye.
- Le parquet de Milan travaille avec des experts de l’unité d’opérations spéciales des Carabiniers pour identifier d’éventuels suspects.
Une enquête judiciaire italienne a été ouverte à Milan après la remise de preuves par l’écrivain Ezio Gavazzeni, qui affirme avoir rassemblé des témoignages accablants sur des pratiques macabres survenues pendant le siège de Sarajevo, entre 1992 et 1996. Selon ces allégations, de riches Occidentaux auraient déboursé des sommes considérables pour participer à des « chasses » aux civils, tirant sur des habitants depuis les collines surplombant la ville assiégée.
Gavazzeni, épaulé par les avocats Nicola Brigida et Guido Salvini, a déposé ces documents auprès du procureur Alessandro Gobbis. Il assure avoir des preuves solides, même si l’enquête s’avère difficile.
« Même si l’enquête se passe mal, même si dans le pire des cas les Italiens qui y ont participé sont morts, je peux affirmer que ces événements se sont produits, qu’il ne s’agissait pas d’une légende urbaine. J’ai fourni des preuves importantes. »
Ezio Gavazzeni, écrivain
Les preuves recueillies reposent principalement sur des témoignages. Le parquet milanais a déjà sollicité la coopération du tribunal de La Haye pour entendre un pompier américain dont le témoignage corrobore ces accusations. L’enquête se concentre sur l’identification d’éventuels participants, et l’unité d’opérations spéciales (ROS) des Carabiniers a été mobilisée pour apporter son expertise.
L’écrivain estime que de nombreux Italiens ont pris part à ces activités, mais que beaucoup sont décédés depuis ou ont maintenant un âge avancé (entre 65 et 82 ans). Il exprime l’espoir que les enquêteurs parviennent à identifier des individus encore en vie pour les traduire en justice, bien que le droit italien ne prévoie pas spécifiquement de peines pour de tels actes.
« J’espère que deux ou trois personnes vivantes seront identifiées. »
Ezio Gavazzeni, écrivain
Ces révélations font écho à un documentaire slovène, Safari à Sarajevo (2022), réalisé par Miran Zupancic, qui avait déjà dénoncé l’existence de ces « chasses » impliquant des ressortissants italiens, américains et russes. Suite à la diffusion de ce film, le parquet de Bosnie-Herzégovine avait également ouvert une enquête à la demande de l’ancienne maire de Sarajevo, Bengamina Karic.
Selon l’avocate Brigida, les participants à ces expéditions accédaient à la zone via la ville italienne de Trieste, à la frontière avec la Slovénie. Edin Subasic, un ancien soldat et agent de renseignement de l’armée bosnienne, a également confirmé sur une radio locale avoir eu connaissance de la présence de riches Italiens impliqués dans ces pratiques pendant le siège.
Le siège de Sarajevo, l’un des épisodes les plus tragiques de la guerre de Bosnie qui a suivi la désintégration de la Yougoslavie, a fait plus de 10 000 morts, victimes de l’artillerie serbe et des tirs de snipers qui ont terrorisé la population pendant près de cinq ans.

