Selon une enquête représentative publiée le 10 septembre 2026 par comparis.ch AG, les ménages à faibles revenus subissent une perte nette de pouvoir d’achat, tandis que les foyers plus aisés maintiennent leur niveau de vie et continuent d’accroître leur patrimoine.
La situation financière de la population suisse demeure globalement stable en apparence, mais ce constat cache une fracture de plus en plus prononcée entre les différentes classes de revenus. Alors qu’environ trois quarts des adultes disposent en principe de liquidités suffisantes, les foyers les plus fragiles font face à des difficultés budgétaires aiguës, d’après les données recueillies par Comparis.
Un fossé de pouvoir d’achat mesuré par les revenus
L’enquête met en lumière un contraste saisissant selon le niveau de vie des foyers. Près de 41 % des ménages dont le revenu brut est inférieur ou égal à 4 000 francs estiment que leur situation financière s’est détériorée par rapport à l’année précédente. En revanche, cette proportion tombe à moins d’un cinquième (18 %) pour les foyers dont les revenus mensuels dépassent 8 000 francs.
Cette divergence se traduit directement dans la vie quotidienne. Parmi les ménages aux plus bas revenus, 6 sur 10 ont constaté une baisse de leur pouvoir d’achat. À l’inverse, plus de la moitié des personnes les plus aisées déclarent pouvoir s’offrir autant de biens et de services qu’en 2025, et un tiers environ des personnes dont le revenu du ménage dépasse 8 000 francs doit se restreindre par rapport à l’année dernière.
Le poids étouffant des primes d’assurance maladie
Au cœur de cette précarité croissante, la hausse des primes d’assurance maladie obligatoire joue un rôle déterminant. Plus de la moitié (58 %) des personnes qui déclarent se trouver dans une situation financière moins favorable en 2026 qu’en 2025 citent la hausse des primes maladie comme l’une des raisons de cette dégradation.
Près de la moitié des ménages à faible revenu ont parfois du mal à payer leurs primes maladie, et plus d’un quart des ménages à revenus modestes rencontrent régulièrement des difficultés à régler ces factures, bien que deux tiers d’entre eux bénéficient d’une aide cantonale. Dans ce contexte, l’incapacité à constituer une épargne enferme les foyers précaires dans un cercle vicieux. Un tiers des répondants à faible revenu a déclaré avoir rarement / ne jamais avoir assez d’argent de côté pour pouvoir épargner, et cette part est de 7 % pour les investissements financiers. En revanche, les deux tiers des ménages dont le revenu dépasse les 8 000 francs épargnent, et près de la moitié utilisent les fonds libérés pour des investissements financiers.
Des propositions pour atténuer la fracture sociale
Michael Kuhn, expert Argent Comparis et expert en finance de consommation, souligne la nécessité de réformer l’octroi des aides :

« Pour atténuer légèrement cette situation, on pourrait au moins accorder automatiquement à toutes les personnes éligibles une réduction de prime suffisamment élevée. »
Michael Kuhn, expert Argent Comparis
L’expert rappelle qu’aujourd’hui, selon le canton, les personnes concernées doivent elles-mêmes entreprendre les démarches nécessaires. Michael Kuhn précise également : « Il serait également avantageux de simplifier l’accès aux informations financières et aux possibilités de comparaison. »
L’expert ajoute : « L’idéal serait que toutes les personnes disposent en principe des informations financières pertinentes et puissent utiliser ces connaissances pour faire valoir leurs droits à une réduction de prime et trouver des produits moins chers. Cela aurait un effet positif sur leur porte-monnaie et leur sentiment d’efficacité personnelle. » Il insiste en outre sur le fait qu’il est d’autant plus important de déployer des efforts pour améliorer l’éducation financière dès l’âge scolaire et pour permettre aux personnes peu qualifiées et à faible revenu d’accéder sans entrave à toutes les informations financières pertinentes.
Une analyse de Comparis de mai 2026 montre par exemple que seule la moitié des ménages dont le revenu mensuel brut est inférieur ou égal à 4 000 francs utilisent des services de comparaison et réalisent ainsi des économies sur leurs achats, tandis que parmi les ménages à haut revenu, cette part est de plus de trois quarts. Michael Kuhn prévient enfin : « La Suisse évolue ainsi de plus en plus vers une société où les plus aisés continuent d’accroître leur patrimoine, tandis que les autres s’appauvrissent. »