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Sangre Gitana : de la communauté au Grand Prix

by Sophie Martin

Le groupe de danse flamenco « Sang de Gitan » de Camagüey a remporté le Grand prix des enfants au Festival provincial de danse, une consécration pour cette troupe qui rayonne grâce à l’engagement de ses jeunes danseuses et de leur directrice.

La nouvelle a surpris les membres de « Sang de Gitan » alors qu’ils répétaient pour leur 24e anniversaire. Plus d’une cinquantaine de filles, originaires de différents quartiers de Camagüey, composent ce groupe dont l’énergie et la passion ont été récompensées par ce prix prestigieux.

À seulement 15 ans, Dianaris Díaz Abad a pris les rênes de la troupe après le départ du fondateur. Elle se souvient des doutes initiaux : « J’étais restée devant avec beaucoup de filles et avec des parents qui, logiquement, doutaient. J’étais aussi presque une fille », confie-t-elle. Aujourd’hui, forte de plus de 17 ans d’expérience à la direction, elle met un point d’honneur à accompagner chaque jeune danseuse et à dialoguer avec leur famille.

L’histoire de Keila María Bonet Bejerano, huit ans, illustre bien l’attrait du groupe. « Ma meilleure amie était là et je lui ai demandé si elle était dans un endroit comme ça pour danser. Elle m’a dit qu’elle était à Sangre Gitana et que je voulais y aller aussi », raconte-t-elle. Les répétitions, qui ont lieu chaque semaine de 16h à 18h, lui ont rapidement permis de maîtriser les bases, comme « l’escargot, qui est le plus important », et le claquement de pieds. « À la maison, je rendais fous mes parents », s’amuse-t-elle.

Analía Morales Sandulvides, la plus jeune du groupe avec ses cinq ans, avait déjà une passion pour la danse avant de rejoindre « Sang de Gitan ». « Ils m’ont appris beaucoup de choses, comme la danse espagnole et le flamenco », explique-t-elle, fière de porter les chaussures à talons confectionnées par un cordonnier local. Pour elle, comme pour les autres filles, l’espace de danse est un lieu de partage et de soutien, particulièrement important en cette période où sa mère et son grand-père sont malades.

Estefani Daniela Chacón Rosabal, neuf ans, danse depuis l’âge de quatre ans, accompagnée de sa sœur Diana, huit ans. Elles ont découvert le groupe grâce à des cousins et ont réussi les auditions. Estefani reconnaît que les pas avec les talons et le travail des bras ont été les plus difficiles, mais elles s’entraident à la maison : « Ma sœur a des chorégraphies et je les apprends. »

Camila Ramírez Puga, neuf ans, a rejoint « Sang de Gitan » il y a dix mois seulement. Elle a déjà tiré une leçon importante de cette expérience : « Ce n’est pas grave d’impressionner beaucoup le public ; si vous vous souciez de ce que vous faites, c’est tout. »

Les répétitions commencent toujours par un échauffement, suivi d’un travail chorégraphique. Malgré la fatigue après l’école, les filles ne se plaignent pas, motivées par leur passion et le soutien de leurs familles. « Les parents soutiennent très bien leurs enfants », souligne Camila.

Le succès de « Sang de Gitan » repose également sur l’engagement des parents. Katherine García Vizcaíno, mère d’Aitana, six ans, a naturellement inscrit sa fille au groupe, forte de son propre expérience de danseuse. « J’ai vu des aptitudes : elle improvisait, écoutait des chansons et inventait des petits pas. Je suis ravie que la fille continue et arrive là où j’aurais aimé arriver », témoigne-t-elle. Pour elle, l’art est aussi un moyen de protéger sa fille dans un monde en mutation.

Yilian Vázquez Barceló, professeure de théâtre et mère de Patricia Viamontes, sept ans, souligne l’importance de la danse et du théâtre pour le développement des enfants. « La danse et le théâtre sont étroitement liés. Nous travaillons sur les sentiments et les émotions, nous mettons sur scène le quotidien pour qu’ils puissent être transmis », explique-t-elle. Elle insiste sur le fait que les filles découvrent ainsi d’autres formes d’expression que le reggaeton, et enrichissent leur culture musicale.

Pour Dianaris Díaz Abad, chaque prix est une confirmation du chemin parcouru. « Le Théâtre Principal est devenu notre maison. Ici nous répétons, ici nous grandissons et ici les filles apprennent ce que signifie le respect de la scène », remercie-t-elle. Au-delà de la technique, elle met l’accent sur une formation complète, où la discipline, la responsabilité et l’amour de l’art sont essentiels. « Je veille beaucoup à ce que les filles vivent leur enfance, qu’elles ne manquent pas d’étapes, qu’elles comprennent que la scène est aussi un espace d’éducation », précise-t-elle.

« Sang de Gitan » sans les parents et sans les enfants ne serait rien. Ils sont ma main droite, ma main gauche et mes deux pieds », insiste Dianaris. Les témoignages des filles et de leurs familles révèlent comment l’art peut être un refuge, une école et un avenir.

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