Publié le 13 novembre 2023 17h27. L’insomnie touche un adulte italien sur quatre, un problème de santé publique souvent minimisé, dont les conséquences vont bien au-delà de la simple fatigue et qui peut affecter la santé cardiovasculaire, la santé mentale et même les relations sociales.
- Près de 25 % des adultes italiens souffrent de troubles du sommeil, dont 10 à 15 % d’insomnie chronique.
- Le manque de sommeil a des répercussions sur le système nerveux, l’immunité, le métabolisme et l’humeur.
- Une nouvelle campagne de sensibilisation, « Si tu veux être éveillé, dors », vise à informer le public et à encourager le diagnostic précoce.
L’insomnie, caractérisée par des difficultés d’endormissement, des réveils nocturnes fréquents, un réveil précoce ou un sommeil non réparateur, est un problème de santé en Italie. Lorsque ces troubles persistent au moins trois nuits par semaine pendant plus de trois mois, on parle d’insomnie chronique. Pourtant, ce trouble est souvent sous-estimé ou considéré comme une simple gêne passagère, alors qu’il peut avoir des conséquences profondes sur la santé physique et mentale.
« Le sommeil est un besoin primordial et un puissant facteur de prévention », explique la docteure Carolina Lombardi, directrice du Centre de Médecine du Sommeil de l’Istituto Auxologico Italiano Irccs de Milan. « Il protège le système cardiovasculaire, favorise la régénération des tissus et l’élimination des déchets de notre cerveau, réduisant ainsi le risque de maladies neurodégénératives. » Les causes de l’insomnie sont multiples : anxiété, stress, perturbations du rythme circadien (cycle veille-sommeil), troubles respiratoires pendant le sommeil ou encore dépression.
Les effets du manque de sommeil se font sentir sur l’ensemble de l’organisme, du système nerveux au système immunitaire, en passant par le système endocrinien et le système cardiovasculaire. Il influence la régulation des émotions, la température corporelle, la sensation de faim et de satiété, la tension artérielle et la fréquence cardiaque. Des études scientifiques démontrent que le manque de repos augmente le risque de troubles psychiatriques, métaboliques et cardiovasculaires. Chez les jeunes, la présence de plusieurs symptômes d’insomnie est associée à un risque accru d’hypertension artérielle à long terme. L’American Heart Association a d’ailleurs intégré le sommeil parmi les huit piliers essentiels de la santé cardiovasculaire.
Mais l’impact de l’insomnie ne se limite pas à la santé physique. « Mal dormir ne compromet pas seulement la santé : cela mine également les relations et la cohésion sociale », souligne le psychiatre Claudio Mencacci, co-président de la Société italienne de neuropsychopharmacologie. « Il existe une relation bidirectionnelle entre le sommeil et la gentillesse : ceux qui dorment peu sont plus irritables, moins empathiques et plus sujets aux conflits. Un bon sommeil, en revanche, favorise la régulation émotionnelle et des relations paisibles, qui à leur tour améliorent la qualité du sommeil. »
Un des principaux obstacles au traitement de l’insomnie est le manque de conscience du problème. De nombreux patients vivent avec ce trouble pendant des mois, voire des années, sans en prendre conscience. C’est pourquoi une campagne de sensibilisation, « Si tu veux être éveillé, dors », a été lancée. Cette initiative, promue par Neopharmed Gentili, rassemble des témoignages de personnes souffrant de troubles du sommeil et des conseils d’experts, afin de promouvoir une nouvelle culture du sommeil, considéré comme un élément essentiel de la santé globale. Des informations et des témoignages sont disponibles sur sevuoiesseresvegliodormi.it, ainsi que sur les plateformes YouTube et Spotify.
« L’insomnie est beaucoup plus répandue qu’il n’y paraît dans la pratique clinique », explique le docteur Cesare Liberali, médecin généraliste à l’ASST Milan. « De nombreux patients vivent longtemps avec ce trouble sans en parler à leur médecin, ignorant que le mauvais sommeil est souvent un signal d’alarme. Un diagnostic précoce permet d’éviter le développement de maladies chroniques et de mettre en place un traitement efficace et personnalisé, qui peut inclure une polysomnographie. » Les experts recommandent une approche progressive, débutant par des interventions non pharmacologiques – modification du mode de vie, hygiène du sommeil, thérapie cognitivo-comportementale – avant d’envisager des traitements médicamenteux spécifiques, en fonction de la cause sous-jacente de l’insomnie.
L’art a souvent exploré le thème de l’insomnie, comme en témoignent des œuvres emblématiques telles que « La Nuit » de Michel-Ange, « Le sommeil de la raison engendre des monstres » de Goya, « Nuit blanche » de Munch, « Sommeil » de Dalí, ainsi que les œuvres de Wall et Bourgeois consacrées à l’insomnie. Une exposition à Milan a récemment mis en lumière ces créations, soulignant la valeur du sommeil comme un « remède invisible ».
