Publié le 8 décembre 2025 à 18h59. Des études récentes mettent en lumière un lien étroit entre les carences nutritionnelles, en particulier vitaminiques et minérales, et le risque accru de troubles de l’humeur, notamment la dépression. Comprendre cette relation pourrait ouvrir de nouvelles voies dans la prévention et le traitement de ces affections.
- Une carence en vitamines B, vitamine D, vitamine C, magnésium, zinc et fer peut exacerber les symptômes dépressifs.
- L’alimentation joue un rôle crucial dans la santé mentale, influençant directement le fonctionnement cérébral et la régulation de l’humeur.
- La supplémentation vitaminique doit être envisagée uniquement sous surveillance médicale, en raison des risques d’interactions médicamenteuses et d’effets indésirables.
L’adage d’Hippocrate, père de la médecine occidentale, selon lequel « Que ton aliment soit ton remède », résonne avec une force nouvelle à l’ère actuelle. Les preuves scientifiques s’accumulent pour démontrer l’influence directe de l’alimentation sur la santé mentale, et plus particulièrement sur le risque de développer des troubles tels que la dépression et l’anxiété.
Si les carences en micronutriments ne sont pas la cause unique de la dépression, elles peuvent néanmoins aggraver la fonction cérébrale et la régulation de l’humeur chez certaines personnes, explique le Dr William A. Wallace, médecin et créateur du podcast Valeur quotidienne. La dépression est une maladie complexe, multifactorielle, influencée par des facteurs génétiques, biologiques, environnementaux et psychologiques, comme le définit l’Organisation mondiale de la santé (OMS). On estime que près de 5 % de la population adulte mondiale est touchée par la dépression.
Des recherches récentes confirment une relation étroite entre l’alimentation et le fonctionnement du cerveau. « La dépression est une maladie complexe aux causes multiples, allant de la génétique aux traumatismes et au stress chronique en passant par l’inflammation et les déséquilibres des neurotransmetteurs. Toutes les dépressions ne sont pas dues à une carence en micronutriments. Cependant, l’insuffisance nutritionnelle peut exacerber les vulnérabilités existantes, réduire la réponse au traitement ou contribuer à une dépression résistante au traitement chez certaines personnes », souligne le Dr Wallace.
La psychiatre María Silvina Domínguez, du Service de Psychiatrie Ineco, insiste sur le caractère bidirectionnel de la relation entre santé mentale et alimentation : « Les nutriments que nous consommons affectent directement le fonctionnement du cerveau, tandis que nos émotions peuvent également modifier nos habitudes alimentaires. » De son côté, Marianela Aguirre Ackermann, spécialiste en médecine interne et nutrition, affirme qu’une alimentation équilibrée peut être un allié précieux pour améliorer l’humeur, la concentration et l’énergie mentale, tandis qu’une alimentation déséquilibrée peut favoriser l’apparition de symptômes tels que l’anxiété, la dépression et la fatigue.
Les vitamines B, en particulier la B6, la B9 (folate) et la B12, jouent un rôle essentiel dans la synthèse des neurotransmetteurs liés à l’humeur et au fonctionnement cérébral. Selon les spécialistes de la Clinique Mayo, ces vitamines participent à la production de substances chimiques cérébrales qui influencent l’humeur et d’autres fonctions cognitives. Une carence en vitamine B12 et autres vitamines du groupe B peut être liée à la dépression, et les symptômes peuvent être plus prononcés chez les personnes âgées, les végétariens ou les personnes souffrant de troubles digestifs qui entravent l’absorption de ces nutriments.
Aguirre Ackermann a souligné dans Infobae que « les vitamines du groupe B, notamment B6, B9 et B12, jouent un rôle clé dans la synthèse des neurotransmetteurs liés à l’humeur comme la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline. Leur carence peut être associée à des symptômes dépressifs, à des troubles cognitifs et à une fatigue mentale. »
La vitamine D, également au centre de nombreuses études, agit comme une hormone dans le cerveau, influençant l’expression des gènes et la régulation du calcium. Sa carence est associée à un risque accru de symptômes dépressifs, en particulier chez les personnes peu exposées au soleil. Une méta-analyse citée par Aguirre Ackermann révèle que les personnes ayant de faibles niveaux de vitamine D sont 31 % plus susceptibles de présenter des symptômes dépressifs. La carence en vitamine D est l’une des plus courantes dans le monde, au même titre que celle en vitamine B12.
Le Dr Wallace ajoute que de faibles niveaux de ces vitamines « peuvent perturber la production d’énergie mitochondriale et la signalisation des facteurs de croissance, ce qui altère la synthèse des neurotransmetteurs. »
Pour assurer un apport adéquat en vitamines, la Mayo Clinic recommande une alimentation variée comprenant des produits maigres d’origine animale, des légumes à feuilles vertes, des légumineuses, des céréales complètes, des œufs et des produits laitiers. Cependant, les études sur l’efficacité des suppléments de vitamine B12 pour réduire les symptômes dépressifs sont mitigées, et aucun supplément ne doit remplacer les traitements médicaux conventionnels.
Outre les vitamines B et D, d’autres micronutriments jouent un rôle important dans la santé mentale. Le Dr Wallace mentionne que la vitamine C, le zinc et le magnésium aident à stabiliser la libération des neurotransmetteurs et des défenses antioxydantes. De faibles niveaux de ces nutriments sont associés à la fatigue, à une faible résilience au stress et aux troubles de l’humeur.
Dominguez souligne que la vitamine C est essentielle au fonctionnement du cerveau, car elle participe à la protection antioxydante, à la synthèse des neurotransmetteurs et à la modulation de la réponse au stress.
Aguirre Ackermann ajoute que le magnésium est nécessaire à la fonction neuronale et à l’équilibre émotionnel, que le zinc est impliqué dans les synapses et la neurogenèse, et que le fer est essentiel au transport de l’oxygène vers le cerveau et à la production de neurotransmetteurs.
Les carences en vitamines et minéraux peuvent être dues à une alimentation inadéquate, mais aussi à des problèmes d’absorption, à un âge avancé, au végétarisme ou à des maladies digestives comme la maladie cœliaque ou la maladie de Crohn. Les personnes âgées, les personnes suivant un régime alimentaire restrictif et celles souffrant de troubles digestifs constituent les groupes les plus vulnérables. Les spécialistes recommandent d’effectuer régulièrement des analyses de sang pour détecter d’éventuelles carences avant l’apparition des symptômes.
La meilleure stratégie pour prévenir les carences en vitamines est de maintenir une alimentation équilibrée et variée, riche en légumes, fruits et protéines maigres. La supplémentation ne doit être envisagée que sous surveillance médicale, car les suppléments peuvent interagir avec d’autres médicaments ou provoquer des effets indésirables s’ils sont consommés à fortes doses. Il est essentiel de consulter un professionnel de santé avant de commencer toute cure complémentaire, même s’il s’agit de produits en vente libre.
La correction des carences en vitamines peut compléter, mais non remplacer, les traitements médicaux conventionnels contre la dépression, tels que la thérapie psychologique et les antidépresseurs. L’intégration d’aliments riches en vitamines et minéraux essentiels peut contribuer à améliorer l’humeur et les fonctions cérébrales, offrant ainsi un outil complémentaire dans le traitement de la dépression et d’autres troubles de l’humeur.
Une étude publiée en avril 2025 dans Frontières de la nutrition a mis en évidence une association entre les carences en vitamines et un risque accru de dépression chez les personnes âgées. L’analyse a révélé que le manque de nutriments tels que la vitamine D, le complexe B, la C, la E et la K peut aggraver les symptômes dépressifs et accélérer le déclin cognitif chez les personnes âgées. Les faibles niveaux de vitamine D (inférieurs à 20 ng/ml) sont particulièrement associés à une augmentation de l’incidence de la dépression. La supplémentation combinée de vitamines B6 et B12 a montré des avantages dans la réduction des symptômes dépressifs, en particulier chez les sous-groupes présentant des carences nutritionnelles.
Le rôle des vitamines dans la santé du cerveau s’explique par leur intervention dans des processus tels que la régulation des neurotransmetteurs, le métabolisme énergétique et la défense contre le stress oxydatif. Par exemple, la vitamine B1 favorise la production d’ATP dans le cerveau, et la niacine (B3) améliore la fonction mitochondriale, ce qui peut soulager les symptômes dépressifs. La biotine (B7) et le pantothénate (B5) ont également montré des effets positifs dans la modulation de l’inflammation et de l’équilibre des neurotransmetteurs.
L’étude, menée par un groupe de chercheurs de différentes universités chinoises, a examiné 28 études pertinentes sélectionnées parmi 7 980 articles, et a conclu que l’intégration de suppléments vitaminiques dans le traitement de la dépression chez les personnes âgées pourrait optimiser les résultats thérapeutiques, à condition que les particularités individuelles soient prises en compte et que des progrès soient réalisés vers des modèles d’intervention plus précis.
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