Home SantéSantiago Catalán Pellet, rhumatologue : « En termes de vieillissement des mains, il y a ce qui peut être modifié et ce qui ne l’est pas tellement »

Santiago Catalán Pellet, rhumatologue : « En termes de vieillissement des mains, il y a ce qui peut être modifié et ce qui ne l’est pas tellement »

by Sophie Martin

Publié le 23 octobre 2025 10h17. L’arthrose, souvent perçue comme une fatalité du vieillissement, est au cœur d’une prise de conscience médicale. Le rhumatologue Santiago Catalán Pellet dénonce les préjugés et les idées reçues sur cette pathologie, et insiste sur l’importance d’une approche proactive pour améliorer la qualité de vie des patients.

  • L’arthrose est une maladie dégénérative du cartilage, souvent liée à l’âge, mais pas inévitable.
  • Les préjugés sur la douleur liée à l’âge sont à combattre, et une prise en charge adaptée peut améliorer significativement la qualité de vie.
  • L’activité physique, l’ergonomie et la gestion du poids sont des éléments clés de la prévention et du traitement de l’arthrose.

Santiago Catalan Pellet (MN 125844), rhumatologue de troisième génération, a grandi dans un environnement médical où l’observation attentive de la mobilité des personnes âgées était une constante. Cette expérience l’a sensibilisé aux enjeux liés au vieillissement et aux pathologies articulaires.

Interrogé par Infobae sur les signes révélateurs de l’âge, le Dr. Catalán Pellet a mis en lumière la déformation des articulations, un phénomène souvent associé à l’arthrose, en particulier celle des mains. Il souligne que de nombreux patients âgés souffrent d’infections articulaires liées au processus dégénératif naturel du vieillissement.

Le rhumatologue insiste sur la nécessité de déconstruire l’idée reçue selon laquelle la vieillesse est synonyme de douleur. Il appelle également à sensibiliser les médecins à ne pas considérer l’âge du patient comme un prétexte à la résignation. Il estime qu’une approche plus active et personnalisée peut améliorer considérablement la qualité de vie des personnes atteintes d’arthrose.

À travers son compte Instagram et un podcast, le Dr. Catalán Pellet s’efforce de démystifier les idées fausses, notamment la confusion fréquente entre arthrose et arthrite, et de dénoncer les charlatans qui promeuvent des remèdes miracles à base de curcuma ou de brocoli.

Pourquoi cette déformation des articulations se produit-elle ?

« Le principal problème réside dans le cartilage qui recouvre l’os et le protège lors de ses mouvements, explique le Dr. Catalán Pellet. Ce cartilage s’amincit et, en raison des chocs répétés entre les os sans amortissement, une arthrose de la main se développe. L’amincissement du cartilage expose l’os sous-jacent et, à mesure que l’espace entre les os diminue, l’articulation devient douloureuse. C’est un peu comme un amortisseur qui doit être remplacé car il est usé. C’est ce que les gens appellent le rhumatisme. Dans ce cas, l’arthrose est due à un amincissement du cartilage. L’arthrose de la main est une variante. Ce qui se passe dans l’articulation, c’est que l’os s’élargit et que des nodules se forment, déformant les doigts. »

La douleur disparaît-elle lorsque ce nouvel os se forme ?

« Non, la douleur persiste, répond le rhumatologue. Mais la douleur de l’arthrose est différente de celle de l’arthrite. Elle apparaît avec le mouvement et dépend de l’utilisation ou de l’impact sur l’articulation. »

La cause est-elle génétique ?

« Il existe une prédisposition génétique, confirme le Dr. Catalán Pellet. L’arthrose est également plus fréquente chez les femmes. Le risque augmente avec l’âge, le sexe féminin et les antécédents familiaux. »

Peut-on éviter l’arthrose ?

« Il y a ce qui est modifiable et ce qui ne l’est pas, précise-t-il. L’âge, le sexe et la génétique sont des facteurs inévitables. Cependant, certains facteurs augmentent le risque d’arthrose : l’obésité, le syndrome métabolique (c’est-à-dire le cholestérol élevé et les troubles lipidiques), le tabagisme, la sédentarité et le diabète. Un autre facteur est la charge de travail, notamment si elle implique des tâches manuelles répétitives. Les blessures antérieures peuvent également accélérer l’usure de l’articulation. »

Quels sont les traitements disponibles ?

« Il existe ce qu’on appelle l’ergothérapie, qui est différente de la kinésithérapie. L’ergothérapie consiste en une rééducation axée sur les mouvements habituels, en analysant la manière dont on effectue chaque tâche et en apportant des modifications pour éviter une usure supplémentaire. C’est très important, car le défi majeur pour la génération Silver est de garantir que la vie continue, reste pleine de sens, avec des personnes qui vivent plus longtemps et en meilleure santé, mais qui vieillissent. »

Le surpoids a-t-il un impact important ?

« Il existe peu de maladies aussi étroitement liées au poids que l’arthrose, souligne le Dr. Catalán Pellet. Les médecins avaient l’habitude de dire à leurs patients dès leur entrée dans le cabinet : « Perdez du poids ! », parfois de manière agressive. Mais nous avons compris que le poids n’est pas toujours en cause dans les maladies dont souffre une personne. Dans le cas de l’arthrose, en revanche, il existe une relation directe entre le poids et la douleur. En perdant du poids, on soulage le genou et on diminue la douleur. »

Cela semble évident pour le genou, mais pour les mains…

« Les mains sont particulièrement sollicitées dans la vie quotidienne, explique le rhumatologue. J’ai eu des patientes, des PDG de grandes entreprises très compétitives, qui étaient au sommet de leur carrière et qui ne pouvaient plus ouvrir une bouteille de soda. Dans ces cas-là, nous essayons de voir comment l’ergothérapie peut les aider, en alternant les tâches, en utilisant des outils à manches épais, en programmant des pauses régulières, etc. Il s’agit d’une éducation au mouvement. Des attelles, des orthèses et des bains de paraffine peuvent également être utilisés. »

L’arthrose est-elle réversible ?

« Non, il n’y a pas grand-chose à faire pour inverser le processus, répond le Dr. Catalán Pellet. »

Existe-t-il des signes avant-coureurs, des signaux d’alerte indiquant que les articulations vont se déformer ?

« En général, il n’y a pas de signalement précoce de la douleur, car elle est progressive et graduelle. Elle est liée à l’utilisation de l’articulation, par exemple dans le cas de la rhizarthrose qui touche le pouce. On la constate lors de la consultation : je serre la main du patient et, à mesure que l’utilisation du muscle diminue, on observe une hypotonie. »

Quelle est l’incidence de l’arthrose ?

« Quatre personnes de plus de 65 ans sur dix développeront à un moment donné une arthrose de la main, indique le Dr. Catalán Pellet. De plus, une étude prévoit qu’une personne sur six aura plus de 65 ans d’ici 2050, ce qui signifie que l’arthrose sera l’une des causes les plus importantes d’invalidité. Les gens ne meurent pas de l’arthrose, mais des effets secondaires des médicaments qu’ils prennent pour la soulager, comme les hémorragies digestives causées par le diclofénac. »

Quels traitements peut-on envisager ?

« L’objectif est de se concentrer sur le renforcement musculaire et le déchargement de l’articulation. Le mouvement est un médicament. La réponse à la question de l’usure osseuse se trouve dans le muscle. C’est pourquoi les exercices de musculation sont fortement recommandés. Autrefois, on déconseillait les exercices à impact. Maintenant, je ne dirais pas à un patient souffrant d’arthrose de faire du CrossFit, mais le pire scénario est de rester immobile, de supporter un poids excessif et de prendre des analgésiques. »

Quels exercices de musculation faire ?

« Vous pouvez soulever des poids ou faire de nombreuses répétitions avec des poids légers. La première étape est de consulter un kinésithérapeute, qui vous aidera à cibler l’articulation touchée (hanche, genou, main) et à renforcer les muscles environnants. »

Les médicaments sont-ils efficaces ?

« Il n’existe pas de remède miracle pour l’arthrose, souligne le Dr. Catalán Pellet. Dans le cas de l’arthrite, il existe des médicaments. Pour l’arthrose, la première prévention est l’ergonomie et l’exercice. Ensuite, il existe des médicaments comme la glucosamine (de moins en moins utilisée), le sulfate de chondroïtine, la diacéréine, ainsi que des extraits d’avocat et de soja. »

Avocat et soja ?

« Oui, les pilules insaponifiables d’avocat et de soja sont disponibles. Ce sont les remèdes approuvés. Il existe également de nombreux autres produits : collagène, cartilage de requin, etc., mais ils ne sont pas homologués. Il n’existe aucun modèle pharmacologique qui guérisse l’arthrose. Certaines études suggèrent qu’ils peuvent ralentir l’usure, soulager légèrement la douleur et améliorer la fonction. On les appelle protecteurs du cartilage, mais leurs résultats sont controversés. Nous les utilisons, mais il est clair que pour un patient obèse, fumeur, sédentaire, prendre des gélules d’avocat et de soja ne suffira pas. »

Quelle est la différence entre l’arthrose et l’arthrite ?

« L’arthrite est due à une inflammation de la membrane synoviale, explique le Dr. Catalán Pellet. Je l’explique souvent sur mon Instagram car les gens confondent les deux. L’arthrite est un processus inflammatoire qui survient généralement chez les personnes plus jeunes. Si elle n’est pas traitée à temps, elle peut entraîner une déformation, mais elle se manifeste par une douleur intense, une main enflée et une incapacité à fermer le poing. Elle est six fois plus fréquente chez les femmes. Il existe également de l’arthrite chez les personnes âgées, mais elle survient généralement chez les personnes plus jeunes. »

Les gens vivent plus longtemps et généralement mieux, mais l’arthrose serait-elle une fatalité inévitable ?

« Il est vrai que l’arthrose est une maladie qui s’aggrave avec l’âge et que les gens vivent plus longtemps, ce qui crée un lien, reconnaît le Dr. Catalán Pellet. Mais je pense qu’il est important d’aborder la question sous un autre angle. Non pas en se concentrant sur ce que vous ne pouvez pas ou ne devriez pas arrêter de faire, mais en s’attaquant à la cause et en tenant compte de la capacité fonctionnelle, de la réadaptation et du mouvement comme un médicament. Comme je l’ai dit, il faut se concentrer sur le muscle. »

Les mains sont-elles celles qui révèlent le plus l’âge ?

« Et la manière de marcher, répond le rhumatologue. »

La marche, bien sûr. La question des mains est aussi une question esthétique.

« Nous nous concentrons sur la douleur et la fonction, pas tellement sur l’esthétique, précise le Dr. Catalán Pellet. Nous cohabitons avec cette usure en essayant de ralentir son évolution jusqu’à ce qu’un remède apparaisse. Je participe chaque année à une conférence, mais le remède n’est toujours pas en vue, car nous parlons d’un processus dégénératif lié au vieillissement. »

Depuis que vous exercez, avez-vous remarqué chez vos patients cette plus grande longévité dont on parle ?

« Oui, tout à fait, répond le Dr. Catalán Pellet. On le constate de plus en plus en consultation : des gens qui ne font pas leur âge. Conceptuellement, la médecine senior comprend que cette génération Silver ne se retire pas de la vie, elle la redéfinit. Ce sont des patients sexuellement actifs, engagés dans leurs relations affectives. Avec l’exercice, l’ergonomie, la gestion du poids et les thérapies appropriées, l’arthrose ne doit pas définir ce que nous pouvons faire. »

Est-il courant qu’on dise à des patients plus âgés « c’est normal à votre âge » ?

« Il faut éviter cela, insiste le Dr. Catalán Pellet. Il ne faut pas tomber dans l’âgisme. Tout au long de ma pratique, j’ai souvent entendu cela : « Eh bien, madame, que voulez-vous que je vous dise ? Vous avez 70 ans… que voulez-vous que je fasse ? » Un autre problème est l’accès à l’information. Il y a un excès d’informations. Nous devons essayer de fournir un soutien académique. Je me soigne avec du curcuma… Non, arrêtez. Il y a beaucoup de gourous du curcuma ou du brocoli. Je ne discrédite pas l’utilisation du curcuma, mais cela ne résoudra pas le problème à lui seul. »

Vous avez été responsable de la santé publique. Pensez-vous que l’État s’intéresse à cette tranche d’âge ? Voyez-vous une inquiétude sur ces aspects ?

« Je pense que l’État pourrait mettre en place des politiques publiques qui impactent ce vieillissement, répond le Dr. Catalán Pellet. Il faut tenir compte du fardeau des maladies. Il existe des pathologies qui ne tuent pas, mais qui génèrent beaucoup de comorbidités. L’arthrose est également limitante, donc l’État devrait investir dans des programmes d’exercices, de rééducation, de gestion du poids et surtout sensibiliser les médecins généralistes à ne pas associer l’âge à la douleur, à ne pas dire « ça fait mal parce que c’est normal ». Il faut comprendre qu’il y a une refonte de la vieillesse. Une étude montre que le médecin a un préjugé envers trois variables qu’il observe lors de sa consultation et pense déjà qu’elles sont la cause de tout : l’obésité, la fibromyalgie (douleur fonctionnelle non organique) et la vieillesse. Il existe une relation dans la manière dont ils prennent soin de ces patients. Il est important de briser ce stéréotype selon lequel la vieillesse implique des douleurs, ce n’est pas le cas. Une rééducation médicale est nécessaire pour éviter les messages fatalistes du type « ça y est, c’est l’âge ».

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